
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/07/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-571659)
Soumises à des injections répétées de morphine, de cocaïne ou d’un mélange des deux, jusqu’à douze administrations par animal, 320 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Le sevrage qui suit produit environ une semaine de symptômes physiques, avec une activité fortement réduite, puis quatre semaines de symptômes émotionnels. Cinq tests comportementaux s’échelonnent sur huit semaines, sans que le porteur précise lesquels. Toutes seront tuées pour des contrôles histologiques et le prélèvement de leur cerveau.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
En Europe et en France la consommation de substances psychoactives illicites ne cesse de croitre. Notamment, la cocaïne, un psychostimulant, est la 2ème drogue illicite la plus consommé et est impliquée dans ~25% des accidents provoqués par les substances d’abus. De leur côté, les opioïdes sont moins consommés (~2% de la population française) mais sont impliqués dans ~70% des cas de décès par overdose. Enfin, une étude récente, analysant les résidus des seringues, a montré que le mélange de substance le plus souvent retrouvé est celui mettant en jeu psychostimulants et opioïdes. Ainsi, mieux comprendre les conséquences de l’usage, notamment le sevrage, de chacun de ces deux types de substance mais aussi les conséquences de leur usage simultané représente un enjeu de santé publique majeur. Dans ce cadre, ce projet vise à décrire avec précision les symptômes de sevrage physique et émotionnel faisant suite à la prise d’opioïdes, psychostimulants ou leur consommation conjointe et de mieux comprendre les mécanismes neurobiologiques sous-jacents, notamment au niveau cérébral. Il est important de noter que des différences intersexuelles importantes existent dans les comportements associés à la consommation de substances. Ainsi, afin de mieux comprendre ces différences, ce projet cherchera également à décrire les conséquences des différents traitements chez des individus des deux sexes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet a pour but de décrire le décours temporel des symptômes de sevrage provoqué par des opioïdes, psychostimulants ou un mélange de ces deux substances. De plus, l’analyse post mortem de différents organes permettra l’étude des conséquences physiologiques et notamment le recrutement neuronal, dans l’ensemble du cerveau, lors des phases de sevrage faisant suite à l’utilisation de ces différentes drogues d’abus. A long terme ce projet permettra de mieux comprendre les trajectoires de consommation et notamment les comportements observés chez les patients lors de phases de sevrage plus ou moins longues et ainsi améliorer l’aide aux patients lors de cette phase critique du trouble.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Lors de ce projet les animaux subiront des administrations chroniques de morphine, cocaïne ou un mélange de ces deux drogues d’abus. Un animal recevra un maximum de 12 administrations, à raison de 2 administrations par jour maximum (espacées de 6h au mimimum). Ces administrations se feront sur animaux vigiles (durée de l’injection inférieure à 30 sec). Un maximum de 5 tests comportementaux (entre 5 et 30 min de test) sera effectué par chaque animal, à raison d’un test par jour espacé de minimum 24h, sur une total de 8 semaines.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Ce projet vise à étudier les symptômes de sevrage à la morphine, la cocaïne et leur usage simultanés. Ainsi, des souris recevront un traitement chronique puis subiront une période de sevrage. Ce sevrage étant spontané et non pas provoqué, il engendre des symptômes physiques transitoires, essentiellement visible par une réduction de l’activité de l’animal (durée : ~1 semaine). Suite à ces symptômes physiques, des symptômes émotionnels se développent sur une période plus longue (~4 semaines) avant de progressivement disparaitre. Les injections peuvent provoquer une douleur aigüe transitoire, une inflammation ou des hématomes. Leur répétition peut provoquer un stress et des indurations.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour réaliser les contrôles histologiques et prélèvements.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ce projet a pour but de déterminer les mécanismes neurobiologiques du sevrage, notamment les modifications de comportements sociaux des individus. Ainsi, l’animal entier, vivant et se comportant, est nécessaire et ne peut être remplacé par un autre modèle. La nécessité des prélèvements de cerveau oblige l’utilisation d’une espèce sur laquelle de tels prélèvements sont possibles et surtout chez laquelle des régions cérébrales homologues à celles des humains sont retrouvées. Ainsi, la souris apparait comme une espèce adaptée à notre étude.
2. Réduction
Au regard des données de la littérature, de notre expérience et de la variabilité phénotypique individuelle, nous avons réalisé une analyse statistique de puissance qui a déterminé que les données sont statistiquement exploitables et publiables avec des cohortes de 24 animaux/groupe pour le comportement. Les analyses statistiques du comportement seront essentiellement réalisées à l’aide d’analyse de la variance à un ou plusieurs facteurs, selon les comparaisons.
3. Raffinement
L’utilisation du dispositif « live mouse tracker » permet l’hébergement en groupes sociaux importants (8/système) et l’enregistrement continu des souris. De ce fait, l’enrichissement de l’environnement des animaux est important (groupe social, bâtonnets à ronger, cotons compressés pour faire des nids, dômes en polycarbonate). Les enregistrements continus permettront la surveillance quotidienne des animaux et d’ainsi s’assurer de leur bien-être et de détecter rapidement tout changement de comportement afin que la prise en charge soit la plus efficace et rapide possible. Nous avons établi des points limites standards tels que des signes comportementaux d’inconfort, des signes cliniques qui seront recherchés quotidiennement par visionnage des cages et lors de la visite quotidienne de la pièce d’hébergement, par l’expérimentateur. En casde comportement aggréssif, une augmentation de l’enrichissement serait effectuée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous avons choisi d’utiliser des souris pour ce projet car leur cerveau est suffisamment complexe pour nos études. En effet, nous retrouvons des régions cérébrales homolgues à celles présentes chez l’humain. De plus, leurs réponses comportementales aux différentes drogues utilisées dans le projet ressemblent à celles observées chez l’humain. Enfin, la consommation de substances comme la morphine et la cocaine concerne principalement les adultes, c’est pourquoi toutes les souris utilisées seront adultes (8 semaines) au moment des expériences.