
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 10/08/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-007159)
10 000 souris vont être utilisées dans des procédures d’un niveau de souffrance léger à modéré, toutes tuées à l’issue. Un quart des femelles gestantes subissent trois séances de contention de trente minutes par jour pendant sept jours consécutifs, puis une injection et un prélèvement sanguin submandibulaire, avant une perfusion intracardiaque de fixateur sous anesthésie qui provoque leur mort. Les femelles gestantes sont tuées pour permettre le prélèvement des fœtus, eux-mêmes tués pour les analyses. Les femelles nées de ces gestations sont tuées à leur tour, le porteur indiquant qu’elles ne sont pas « nécessaires aux analyses réalisées dans ce projet », qui portent sur le développement testiculaire et la fertilité masculine.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le testicule est un organe vulnérable aux perturbations hormonales pendant la grossesse. Toute altération d’un des type de cellule du testicule peut induire des problèmes durables de fertilité masculine. Ce projet vise à comprendre comment l’exposition aux hormones du stress pendant la gestation perturbent le développement testiculaire et programment des défauts de fertilité à l’âge adulte. Cette étude est indispensable pour plusieurs raisons. La dexaméthasone est un médicament qui imite une hormone naturelle du stress et qui est utilisé chez la femme enceinte en cas de risque d’accouchement prématuré. Malgré son efficacité clinique, ses effets secondaires à long terme sur la reproduction masculine restent mal connus. Aussi, le stress est devenu très fréquent dans la vie moderne, en raison des contraintes environnementales, professionnelles et sociales. Il augmente durablement les hormones du stress dans l’organisme mais les répercussions pendant la grossesse sont largement sous-estimées. Enfin, de nombreuses causes connues d’infertilité masculine comme les perturbateurs endocriniens, l’obésité, les infections, les maladies chroniques s’accompagnent d’une augmentation des hormones de stress, suggérant un rôle mécanistique encore insuffisamment exploré. L’objectif du projet est d’identifier comment ces expositions modifient l’état des cellules du testicule en étudiant en particulier la protéine qui permet aux cellules de répondre aux hormones du stress. Le projet analysera également les conséquences à long terme sur la spermatogenèse et la fertilité adulte, ainsi que la possible transmission de ces effets aux générations suivantes. En améliorant la compréhension des mécanismes biologiques impliqués, ce projet contribuera à réévaluer l’utilisation de ces traitements pendant la grossesse et à prévenir les effets à long terme sur la fertilité masculine.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Le projet vise à améliorer la compréhension des mécanismes par lesquels le stress gestationnel et les glucocorticoïdes synthétiques, tels que la dexaméthasone, influencent le développement du testicule, la fertilité masculine et la production hormonale. À court terme, ce travail permettra d’identifier de manière précise les effets cellulaires et moléculaires induits par ces expositions au cours de la gestation. Les données obtenues fourniront des informations inédites sur les étapes critiques du développement testiculaire sensibles aux variations hormonales maternelles, ainsi que sur le rôle du récepteur des glucocorticoïdes dans ces processus. À plus long terme, ce projet pourrait contribuer à une meilleure évaluation du risque associé au stress maternel chronique ou à l’utilisation de glucocorticoïdes pendant la grossesse. Les résultats permettront d’identifier des mécanismes responsables d’éventuelles altérations persistantes ou transmissibles de la fertilité masculine. Ces connaissances sont importantes pour améliorer le conseil clinique concernant l’usage de la dexaméthasone en contexte obstétrical et pour renforcer la prévention des expositions délétères durant la gestation. Enfin, en mettant en lumière les mécanismes cellulaires impliqués dans la programmation fœtale de la fertilité, ce projet pourrait à terme favoriser le développement de stratégies thérapeutiques visant à limiter ou corriger les effets néfastes d’expositions précoces. Ces avancées bénéficieraient potentiellement à la santé reproductive humaine et animale, dans un contexte de baisse globale de la fertilité et d’augmentation documentée des situations de stress environnemental.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
25% des femelles gestantes subiront une contention à raison de trois séances par jour, d’une durée de trente minutes chacune, pendant 7 jours consécutifs. Puis, elles reçoivent une injection deux heures avant la mise à mort (durée de l’injection : moins de 1 minute). Puis un prélèvement sanguin réalisé une seule fois, juste avant la mise à mort (durée du prélèvement : moins de 1 minute, incluant la contention, la ponction et l’hémostase). 50% des femelles gestantes reçoivent une injection unique d’un médicament ou un placébo (durée de l’injection : moins de 1 minute) une fois par jour, sur une durée de sept jours consécutifs. Puis, elles reçoivent une injection deux heures avant la mise à mort (durée de l’injection : moins de 1 minute). Puis un prélèvement sanguin réalisé une seule fois, juste avant la mise à mort (durée du prélèvement : moins de 1 minute, incluant la contention, la ponction et l’hémostase). 25% des femelles gestantes reçoivent une injection deux heures avant la mise à mort (durée de l’injection : moins de 1 minute). Puis un prélèvement sanguin réalisé une seule fois, juste avant la mise à mort (durée du prélèvement : moins de 1 minute, incluant la contention, la ponction et l’hémostase). Les mâles reçoivent une injection deux heures avant la mise à mort (durée de l’injection : moins de 1 minute). Puis un prélèvement sanguin réalisé une seule fois, juste avant la mise à mort (durée du prélèvement : moins de 1 minute, incluant la contention, la ponction et l’hémostase). Un anesthésique sera administré par injection pour permettre la perfusion intracardiaque d’un fixateur histologique. Les souris sous anesthésie sub-létale/profonde en moins de 5 minutes. La perfusion (10 minutes) résulte en la mort de l’animal.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets indésirables potentiels incluent un stress transitoire lié à la manipulation et à la contention, une douleur légère et brève au point d’injection ou de prélèvement, ainsi qu’une baisse temporaire de l’activité ou de la prise alimentaire après les procédures répétées. La contention répétée et les injections de médicament qui imite une hormone naturelle du stress induisent une élévation attendue des hormones de stress et une légère perte de poids. Elles induisent une augmentation temporaire de l’activité de l’axe du stress, se traduisant par une élévation des hormones glucocorticoïdes et un stress comportemental modéré chez les femelles gestantes. Ces effets sont attendus pendant la durée des séances de contention et sont réversibles après la fin du protocole qui n’excèdera pas 7 jours consécutifs. Aucun effet physique durable n’est attendu. Les injections répétées induisent un risque limité de rougeur, d’hématome ou d’inflammation locale. Le prélèvement sanguin submandibulaire peut entraîner un saignement transitoire et une ecchymose locale. La perfusion intracardiaque terminale est réalisée sous anesthésie profonde, éliminant toute perception douloureuse.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Toutes les femelles gestantes sont euthanasiées afin de permettre le prélèvement des fœtus. Elles ne peuvent pas être gardées en vie, réutilisées ou replacées. Les embryons et fœtus prélevés sont euthanasiés pour la réalisation d’analyses moléculaires et histologiques. Ils ne peuvent pas être gardés en vie, réutilisés ou replacés. Les mâles issus des femelles gestantes expérimentales sont mis à mort afin de permettre le prélèvement des testicules nécessaires aux analyses moléculaires, histologiques et immunohistochimiques visant à étudier le développement testiculaire, la spermatogenèse et les mécanismes associés. Les femelles issues des femelles gestantes expérimentales sont mises à mort car elles ne sont pas nécessaires aux analyses réalisées dans ce projet, qui portent spécifiquement sur le développement testiculaire et la fertilité masculine.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le développement du testicule fœtal, la mise en place des interactions entre cellules de Sertoli, cellules germinales, cellules de Leydig et macrophages testiculaires, ainsi que la mise en route de la spermatogenèse, sont des processus hautement intégrés qui dépendent de signaux hormonaux, paracrines et systémiques impossibles à reproduire dans des modèles in vitro. Les organoïdes testiculaires et les cultures cellulaires existantes permettent d’étudier certaines fonctions isolées, mais ne reproduisent ni l’organisation tridimensionnelle, ni la vascularisation, ni l’environnement endocrinien maternel, ni les variations physiologiques des glucocorticoïdes. Ils ne permettent pas non plus de modéliser un stress gestationnel, lequel implique une réponse neuroendocrinienne complexe propre à l’organisme entier. De plus, l’étude des effets du stress ou de la dexaméthasone sur la transmission transgénérationnelle nécessite la prise en compte de la reprogrammation épigénétique germinale, processus qui ne peut être étudié qu’in vivo. Le remplacement par des méthodes n’impliquant pas l’animal vivant n’est pas possible pour atteindre les objectifs de ce projet.
2. Réduction
Pour obtenir des résultats statistiquement significatifs au risque de se tromper de 5%, aux stades intéressants, nous aurons besoin d’un nombre d’animaux assez important à savoir 10 individus par condition, par stade et par génotype. Plusieurs mesures ont été mises en place pour réduire le nombre total d’animaux. Les accouplements sont planifiés de manière à produire simultanément des animaux contrôles et mutants au sein des mêmes portées, limitant le nombre de reproducteurs nécessaires. Les analyses embryonnaires sont réalisées sur des stades choisis de façon ciblée, sur la base des phénotypes observés, afin d’éviter des prélèvements multiples et inutiles. Pour les adultes, seules les étapes développementales pertinentes seront examinées : aucun animal ne sera utilisé si les résultats des phases précédentes ne justifient pas la poursuite des analyses. Les tissus prélevés sont systématiquement partagés entre analyses histologiques, immunologiques ou moléculaires, de manière à éviter l’utilisation d’animaux supplémentaires pour des examens complémentaires. Les analyses intégratives, incluant par exemple des approches combinant transcriptomique et épigénomique, permettent également de réduire le nombre d’animaux en regroupant plusieurs types de données à partir des mêmes échantillons. Enfin, l’absence d’études pilotes supplémentaires limite l’utilisation d’animaux, car les protocoles reposent sur des méthodes déjà établies dans la littérature ou validées au sein de l’équipe.
3. Raffinement
Les femelles gestantes font l’objet d’un suivi quotidien après l’induction du stress et lors des périodes de traitement ; incluant l’évaluation quotidienne du poids et du comportement spontané. Toute absence de prise de poids, diminution de mobilité, ou altération de l’état général entraîne une action immédiate avec mise à disposition d’une alimentation en gel et surveillance trois fois par jour. Le stress gestationnel est induit par une contention dans un tunnel ventilée, sur une durée et fréquence standardisée, ne provoquant ni douleur physique ni lésion. Les périodes de contention sont réalisées dans un environnement calme afin de limiter les stimulations additionnelles. Les femelles sont remises immédiatement dans leur cage d’origine après la procédure et leur comportement est contrôlé après chaque session. Les administrations de médicaments ou de substances sont réalisées avec des volumes minimaux et des aiguilles adaptées afin de réduire l’impact de la procédure. Le volume des prélèvements sanguins sont limités au strict nécessaire pour les dosages hormonaux. Les animaux sont hébergés en groupes sociaux afin de limiter le stress et de respecter leurs besoins comportementaux. Des mesures de raffinement supplémentaires pourront être intégrées tout au long du projet comme des maisonnettes, des batônnets à ronger, une limitation du changement de cage et une mise à disposition de matériel de nidification supplémentaire. Des points limites ont été définis, en cas de souffrances constatés des mesures correctives adaptés seront mises en œuvre.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris a été choisie car elle constitue l’espèce la plus pertinente pour étudier le développement testiculaire, la fonction des glucocorticoïdes et les effets du stress gestationnel. Son organisation testiculaire, la dynamique de la spermatogenèse et la régulation endocrinienne du développement reproducteur présentent de fortes similarités avec celles de l’Homme. De plus, le développement embryonnaire du testicule y est décrit de manière très détaillée, ce qui en fait un modèle de référence. Le projet repose sur une approche de génomique fonctionnelle ciblant spécifiquement certaines cellules testiculaires, pour laquelle la souris est particulièrement adaptée en raison de son temps de génération court et de la disponibilité de nombreux outils génétiques. Son faible temps de gestation et sa descendance abondante facilitent les études intergénérationnelles. L’utilisation des femelles se limite aux fonctions reproductrices nécessaires à la production des animaux utilisés et à l’application des traitements gestationnels. Les femelles seront mises en accouplement entre 8 et 16 semaines d’âge, période correspondant à une maturité reproductive optimale. Les embryons et fœtus permettent d’analyser la différenciation sexuelle du testicule, la prolifération des cellules de Sertoli, la quiescence des cellules germinales, la mise en place de la vascularisation et la production de testostérone fœtale, tous processus sensibles aux variations hormonales maternelles et aux expositions gestationnelles expérimentales. Les nouveau-nés sont examinés pour le maintien de la quiescence des cellules germinales, la localisation et la prolifération des macrophages testiculaires anti-inflammatoires, ainsi que le développement initial des organes sexuels. Les stades néonatals correspondent à la reprise de la prolifération germinale, au début de la méiose et à l’apparition des progéniteurs de cellules de Leydig adultes. Les stades prépubères permettent d’étudier la maturation des cellules de Sertoli et la différenciation des cellules de Leydig immatures, la progression de la méiose et l’émergence des macrophages pro-inflammatoires. Les souris adultes permettent d’étudier la maturité sexuelle et le vieillissement testiculaire. Ces stades sont essentiels pour évaluer la spermatogenèse, la production hormonale, la fertilité et les conséquences à long terme des expositions gestationnelles.