
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-10-18 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-027923)
32 cailles japonaises reçoivent une injection intramusculaire de mésotocine ou de solution saline, puis une prise de sang à la veine de l’aile, dans des procédures déclarées d’un niveau de souffrance léger. Le porteur écrit pourtant que cette injection, jamais pratiquée jusqu’ici sur cette espèce, pourrait causer un stress supplémentaire et qu’il serait « plus raisonnable » de la classer en gravité modérée. L’objectif est de mettre au point une mesure de la mésotocine, hormone candidate comme marqueur d’émotions positives, dans un contexte que le porteur relie à l’industrie de la volaille et à ses arguments commerciaux. Aucune caille ne sera tuée : seize seront réutilisées, seize confiées à une association de réhabilitation ou à des familles d’accueil.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’existence d’états subjectifs chez l’animal, comme les états émotionnels, reste encore largement débattue. De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence l’expression d’émotions négatives chez l’animal dont l’identification aujourd’hui est utilisée dans l’évaluation du mal-être. Actuellement des marqueurs physiologiques de ce mal-être tel que le niveau de testostérone, corticostérone ou le stress oxydatif sont utilisés pour évaluer le bien-être animal, une augmentation de ces marqueurs reflétant une diminution du bien-être animal. Cependant, les études récentes ont mis en évidence que le bien-être d’un animal résulte à la fois de la diminution de ses expériences négatives mais également de sa capacité à exprimer des émotions positives. Plusieurs marqueurs physiologiques des émotions positives ont été suggérés dans la littérature, telle que l’ocytocine et ces homologues : la mésotocine chez les oiseaux, reptiles et amphibiens ; et l’isotocine chez les poissons. L’ocytocine est une excellente candidate, car cette hormone (neuropeptide) apparaît impliquée dans la régulation du stress et de l’anxiété (effet anxiolytique), mais aussi impliquée dans les liens d’attachements entre partenaires sociaux ou sexuels. Cependant, ces effets ont été largement étudiés chez les mammifères alors qu’ils restent peu étudiés chez les oiseaux malgré leur importance économique et sociétale. En effet, depuis 2012, la consommation de viande de volailles a dépassé la consommation de viande bovine et l’industrie de la volaille représente près 380 millions de dollars à l’échelle mondiale en 2023. La recherche de marqueurs physiologiques du bien-être chez les volailles est d’autant plus importante que les consommateurs portent de plus en plus d’attention sur le bien-être des volailles qu’ils consomment, devenant même un argument marketing. Ainsi, les enjeux sont donc d’identifier des marqueurs physiologiques d’émotions positives chez les oiseaux, ceci pouvant permettre la mise en place de nouveaux outils d’évaluation du bien-être animal. Cependant, la mesure de la mésotocine circulante reste peu documentée dans la littérature et cantonnée à quelques espèces d’oiseaux. Dans ce contexte, notre projet se veut de mettre au point une méthode efficace de mesure de la mésotocine dans le plasma des oiseaux, mais aussi dans leurs fèces afin de développer une méthode de prélèvement non-invasive.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Grâce à cette étude, nous espérons pouvoir d’un côté valider un protocole expérimental permettant la manipulation et la mesure des niveaux de mésotocine circulante chez la caille japonaise que cela soit au niveau du plasma ou des fèces. Cette mise au point permettra ensuite de développer notre recherche sur le lien entre la mésotocine et l’expression des émotions positives chez l’oiseau. Ces marqueurs sont encore peu nombreux et peu étudiés chez l’oiseau. Ils permettraient d’en apprendre davantage sur les capacités émotionnelles des oiseaux, mais aussi sûrement chez les reptiles dus à leur similarité physiologique avec les oiseaux. Ces marqueurs pourront à l’avenir être utilisés pour évaluer les effets de divers facteurs, tels que l’histoire de vie ou la complexité environnementale, sur les états émotionnels. Enfin l’identification de tels marqueurs pourrait trouver des applications dans l’évaluation et l’amélioration du bien-être des oiseaux d’élevage.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Injection intramusculaire de solution saline 0.9% ou de solution de mésotocine: 1 injection par animal en moins de 2 minutes Prélèvement sanguin au niveau de la veine alaire : 1 prélèvement par animal en moins de 2 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le transport et l’isolement des individus pendant la phase d’administration des traitements peuvent perturber les cailles, mais ce, sur une courte période (degré de sévérité léger). Les prélèvements sanguins sont également une source de stress et d’inconfort (degré de sévérité léger). Les traitements par injection intramusculaire peuvent être une expérience inconfortable et stressante pour l’animal. En temps normal, ce type de procédure serait classé comme une procédure de classe légère car ne dépassant pas l’introduction. Cependant, dans notre cas, certains individus seront injectés pour la première fois chez la caille japonaise, ce qui pourrait induire un stress supplémentaire. Il est donc plus raisonnable de considérer cette procédure comme degré modéré.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront gardés en vie. La décision a été prise par les responsables du projet. Les animaux que nous ne garderons pas pour de futures expériences seront confiés à une association s’occupant de réhabiliter les animaux de laboratoire ou bien proposés à l’adoption par des familles d’accueil.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Dans cette étude nous étudions les réponses comportementales à des traitements hormonaux (i.e. mésotocine), il est donc nécessaire de travailler directement sur l’animal vivant, ce qui exclut tout type de remplacement.
2. Réduction
Le nombre d’animaux choisi (32 cailles) permet d’avoir un effectif suffisant pour les analyses physiologiques, et des analyses statistiques robustes tout en tenant compte d’un possible effet sexe.
3. Raffinement
Les oiseaux seront hébergés dans des cages individuelles couvertes au sol d’une litière de copeaux de bois, leur permettant de faire des bains de poussière et d’un abri. Ils seront nourris et hydratés ad libitum à l’aide d’une mangeoire et d’un abreuvoir (nourriture et eau à volonté). La procédure implique de pouvoir rapidement manipuler les oiseaux pour les tests, ce que permet un hébergement individuel. Cependant, les cages seront grillagées et tous les animaux seront maintenus dans la même salle d’élevage, permettant aux oiseaux de garder un contact visuel et auditif entre eux. Il est à noter que les mâles adultes ne peuvent pas être maintenus en groupe de par leur caractère territorial et agressif. Afin d’éviter toutes influences potentielles des conditions de maintenance (i.e. en cage individuelle avec contact visuel et auditif vs. En groupe), mâles et femelles devront être hébergés dans les mêmes conditions, Ainsi les femelles seront également maintenues en cage individuelles. Lors de la phase expérimentale, les oiseaux seront déplacés et manipulés par des personnes compétentes et expérimentées. Les oiseaux seront soignés et suivis quotidiennement par un personnel expérimenté. Ce même personnel tiendra à jour un cahier des charges consignant les changes, les prises alimentaires ainsi que toute anomalie (e.g. changement de comportement, maladie ou blessures). La détection d’une anomalie, entraînera la mise en quarantaine du ou des individu(s) concerné(s) pour l’administration de traitements et ne sera remis dans l’animalerie que si leur rétablissement est complet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les cailles japonaises sont domestiquées depuis des siècles. En raison de leur petite taille et de leur développement rapide, elles sont rapidement devenues populaires aussi bien en agriculture qu’en recherche scientifique. Leurs caractéristiques comportementales peuvent être clairement identifiées par des tests validés scientifiquement. Leurs capacités cognitives et émotionnelles sont néanmoins encore trop peu étudiées. Nous utiliserons des cailles adultes (i.e. âgées de plus de 4 mois). À cet âge, leur profil comportemental et physiologique est relativement stable (plus stable qu’à des stades plus précoces), permettant ainsi l’observation des variabilités interindividuelles robustes, incluant les variabilités liées au sexe.