
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/10/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-073851)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les mutations non sens sont responsables d’environ 10% des maladies génétiques. La conséquence d’une mutation non sens est la dégradation rapide de l’ARNm porteur de la mutation par un mécanisme de surveillance des ARNm appelé NMD (pour nonsense-mediated mRNA decay). Certaines molécules sont capables de restaurer l’expression d’un gène porteur d’une mutation non sens. Ce type de molécules représente des candidats médicaments pour le traitement de certains patients atteints de maladie génétique. Nous recherchons au laboratoire des molécules capables de corriger les mutations non sens. Pour cela nous criblons des chimiothèques puis validons les molécules sur des lignées cellulaires. Une étude est ensuite entreprise pour déterminer la toxicité des molécules sélectionnées et leur mode d’action. L’étude préclinique est achevée après avoir démontré que les molécules sont capables de corriger les mutations non sens in vivo au sein d’un organisme complexe tel qu’une souris. L’étude in vivo consistera à déterminer la voie d’exposition, la concentration la plus efficace et la cinétique d’action de la molécule. Pour cela, les voies d’exposition qui seront testées sont la voie orale en gavant la souris avec différentes quantités de molécules et la diffusion sous-cutanée au moyen d’une pompe osmotique. Pour évaluer l’efficacité des molécules, nous effectuerons des mesures de croissance tumorale puis une analyse moléculaire sur les tumeurs après mise à mort des animaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La validation de l’efficacité de molécules permettant de corriger des mutations non-sens (entraînant la production de protéines généralement non-fonctionnelles) dans un organisme complexe comme la souris permettra à terme le développement de futurs médicaments pour traiter l’Homme souffrant de maladies génétiques telle que le cancer.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
L’ensemble des animaux (1800) seront anesthésiés par voie gazeuse afin de procéder à l’injection des cellules tumorales au niveau de leur flanc (durée de l’anesthésie : 10 minutes). L’ensemble des souris seront pesées 1 fois par semaine (1 minute) et la croissance des tumeurs sera mesurée 3 fois par semaine au moyen d’un pied à coulisse (2 minutes). Deux voies d’administration de traitement seront ensuite évaluées. – Traitement par voie orale : une partie des animaux (900) recevront une à deux fois par jour un traitement ou son placebo par voie orale (30 secondes). Le traitement durera au maximum 28 jours. – Traitement par voie sous-cutanée : une partie des animaux (900) auront une implantation au niveau du dos d’un système permettant la délivrance en continu du traitement ou de son placebo (Chirurgie pour implanter une pompe osmotique : 10 minutes). Une semaine après l’intervention, les agrafes sont retirées sous anesthésie gazeuse (1 minute). Le traitement durera au maximum 28 jours.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Ce projet a pour but de valider l’utilisation de nouvelles molécules comme éventuel candidat médicament. Bien que des tests de toxicité auront été effectués au préalable sur culture cellulaire, l’effet de ces molécules sur un organisme entier doit être évalué. Pour cela, nous veillerons à ce que ces molécules ne portent pas atteinte aux libertés individuelles de l’animal définies comme étant l’absence de faim, de soif et de malnutrition, l’absence de peur et de détresse, l’absence de stress physique et/ou thermique, l’absence de douleur, de lésions et de maladie ainsi que la liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce. Cette observation servira à détecter une nuisance sur du long terme d’exposition à la molécule étudiée. Au cours des procédures, les animaux seront soumis à un stress léger de courte durée lors des anesthésies (par voie gazeuse ou par injection). De même, le traitement par voie orale, bien accepté par l’animal, pourra générer un stress léger et de courte durée lors de la contention. L’implantation de la pompe, réalisée sous anesthésie, ne devrait pas générer de gêne au mouvement de l’animal (placée sous la peau dans le dos) mais pourrait conduire à une douleur post-opératoire qui sera gérée par analgésiques. L’injection des cellules tumorales sera réalisée de manière à ne pas entraver les mouvements de l’animal.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à la fin de l’expérience afin de pouvoir procéder à l’analyse moléculaire des tumeurs et d’autres tissus.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Dans la première partie du projet, nous disposons d’un programme de caractérisation des nouvelles molécules que nous identifions et sélectionnons basé sur le criblage cellulaire. Cette étape in vitro préalable est essentielle afin de déterminer la dose efficace en culture cellulaire (ce qui nous permet d’extrapoler pour définir une fenêtre de doses qui seront utilisées chez la souris), la toxicité cellulaire et le mode d’action. Cette étape permettra de remplacer l’animal dans la phase de sélection des molécules et d’évaluation des conditions optimales d’utilisation. Cependant, bien qu’une grande partie de l’étude se réalise in vitro remplaçant ainsi le modèle animal, l’expérimentation in vivo demeure nécessaire afin de pouvoir étudier l’effet de ces molécules sélectionnées avec soin dans un modèle physiologique pertinent reflétant la mutation étudiée à l’échelle de l’organisme entier.
2. Réduction
Le projet est conforme aux exigences de réduction puisqu’une phase exploratoire avec un nombre réduit d’animaux par lot (lot de 5) sera effectuée afin d’identifier la voie d’exposition, la concentration et la cinétique d’action de la molécule étudiée et ce afin d’abaisser au minimum le nombre d’animaux qui seront ensuite utilisés pour la démonstration de l’efficacité d’action de la molécule in vivo. Ce nombre sera de 40 ce qui correspondra à deux séries d’expériences avec 10 animaux par condition (avec et sans la molécule). La répétition de l’expérience est nécessaire pour s’affranchir d’un éventuel effet biaisé lié à la préparation de la molécule, au lot d’animaux ou à un stress survenu pendant l’expérience. Le nombre de 10 animaux par condition et par série afin de pouvoir réaliser ensuite un « student test » qui est le test statistique utilisé dans les expériences permettant d’évaluer l’efficacité d’un traitement.
3. Raffinement
Enfin, concernant le raffinement, l’expérience sera toujours menée de façon à prévenir ou à réduire au maximum toute souffrance. Ainsi, la voie d’exposition efficace la moins invasive sera privilégiée (la voie orale plutôt que sous-cutanée) et une anesthésie sera effectuée lorsque cela est compatible avec l’expérience. Des analgésiques seront utilisés pour pallier toute douleur pouvant survenir à la suite de l’implantation du système de diffusion sous-cutané. Les conditions d’hébergement seront telles que les animaux pourront bénéficier d’un enrichissement de leur environnement permettant une réduction de leur stress.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris présente l’avantage d’avoir un mécanisme de reconnaissance des codons stop prématurés étudié dans notre projet semblable à celui de l’Homme. De plus, la souris a un cycle de vie compatible avec le test in vivo sur plusieurs semaines de molécules à visées thérapeutiques. Les animaux seront utilisés à partir de la quatrième semaine après la naissance et jusqu’à 6 mois maximum après la naissance. La limite inférieure correspond à l’âge de maturité du système immunitaire chez la souris et la limite supérieure a été fixée à 6 mois car après, nous les considérons comme trop âgées ce qui pourrait compliquer l’interprétation des résultats.