
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 30/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-074854)
Exposés à la lumière bleue jusqu’à détruire une partie de leurs photorécepteurs, 1 800 rats vont être utilisés dans des procédures déclarées au niveau de souffrance le plus faible, léger. Ils reçoivent des collyres jusqu’à six à huit fois par jour, des injections dans l’œil sous anesthésie locale une à deux fois par semaine, des examens ophtalmologiques sous anesthésie et des prises de sang sur animal vigile. La quasi-totalité est tuée pour analyse histologique de la rétine, le porteur estimant que 10 % des rats, écartés après l’électrorétinographie initiale, pourront être réutilisés dans d’autres procédures. La durée d’exposition à la lumière bleue, qui produit la lésion, n’est indiquée que comme « une certaine période », et le porteur écrit que le développement de ces maladies de la rétine n’est pas douloureux.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le but de ce projet est d’utiliser un modèle de dégénérescence rétinienne induit par exposition à la lumière chez le rat afin de tester l’efficacité de substances à protéger les photorécepteurs. La rétine assure la conversion d’un signal lumineux en un influx nerveux, elle est composée de deux tissus : la rétine neurale (neurorétine) et l’épithélium pigmentaire de la rétine. La neurorétine est un tissu composé de six types de cellules neuronales (deux types de photorécepteurs : cônes et bâtonnets, des cellules horizontales, bipolaires, amacrines et ganglionnaires) et de trois types de cellules gliales (cellules gliales de Müller, astrocytes et cellules microgliales). Les dégénérescences de la rétine, dont la dégénérescence maculaire liée à l’âge sous sa forme sèche (DMLA sèche) ou la rétinite pigmentaire, font partie des causes de cécité les plus fréquentes dans les pays industrialisés. Ces atteintes conduisent à une atrophie progressive des photorécepteurs et à la perte de la vision centrale et peuvent entrainer un handicap chez les patients. Ce modèle consiste à exposer des rats à la lumière bleue pendant une certaine période, et à produire des altérations de la rétine au niveau des photorécepteurs et de l’épithélium pigmentaire rétinien. Ces lésions sont dues à l’activation du stress oxydatif, à la mort cellulaires par apoptose et par nécrose, elles sont comparables à celle observées dans les pathologies humaines telles que la DMLA sèche ou la rétinite pigmentaire. Le projet s’étale sur 5 ans nous estimons pouvoir réaliser 4 études de test d’efficacité de molécules par an, ces études comporteront au maximum 6 groupes de 15 animaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet contribuera au développement de médicaments luttant contre la DMLA sèche, qui n’a actuellement pas de traitement, ou toute autre maladie entrainant la perte des photorécepteurs (rétinite pigmentaire, maladie de Leber, dystrophie rétinienne ou encore certains cas de glaucome ou de rétinopathie diabétique). La DMLA sèche concernerait environ 5 millions de personnes dans le monde et potentiellement 10 millions d’ici 2040 avec le vieillissement de la population.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les examens ophtalmologiques qui nécessitent l’immobilisation complète de l’animal seront pratiqués sous anesthésie, ce type d’examen ne dure que quelques minutes. Les administrations de produits se feront soit par instillations (gouttes oculaires), soit par voie sous cutanée, soit par voie intramusculaire ou intrapéritonéale. Ces instillations ou injections nécessitent le maintien de l’animal afin de l’immobiliser. Ces procédures sont extrêmement rapides et ne prendront pas plus d’1 ou 2 minutes. Les gouttes oculaires peuvent être administrées plusieurs fois avec généralement une moyenne de 3 administrations et un maximum de 6 à 8 administrations par jour. Les administrations de produit par injection au niveau de l’œil se feront sous anesthésie locale et générale si besoin, leurs fréquences sont plus limitées, une à deux fois par semaine. Ces procédures sont aussi un peu plus longues et nécessitent de placer l’animal sous un microscope chirurgical. Il faudra compter quelques minutes (en général 5 minutes par animal) pour réaliser de telles administrations. Des prélèvements de sang pourront être réalisés au cours des procédures expérimentales afin de doser le principe actif du traitement administré ou tout autre marqueur d’intérêt. Ces prélèvements se feront sur animal vigile et le temps nécessaire aux prélèvements ne dépassera pas les 5 minutes par animal.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sur les animaux sont essentiellement celles causées lors de l’induction de la pathologie, comme le maintien des animaux dans un environnement différent des conditions normales d’hébergement pendant quelques heures (exposition à une lumière bleue). Les examens pratiqués pour évaluer les signes cliniques de la maladie ne sont pas invasifs. Ils sont semblables à ceux pratiqués chez l’animal en clinique vétérinaire ou chez l’homme en cabinet ophtalmologique où ces examens sont d’ailleurs pratiqués sans anesthésie. Ici la gêne occasionnée sera le maintien de l’animal ou l’administration de l’anesthésie dans le cas où l’immobilisation est nécessaire. L’administration topique des produits notamment des traitements devrait engendrer une gêne transitoire de et éventuellement une hyperémie des conjonctives comme on peut le constater chez l’homme. L’administration par injection intraoculaire, en sous cutanée ou en transdermique pourra occasionner une petite inflammation transitoire avec l’apparition de rougeurs sans conséquence. Une administration d’anesthésiant locale dans le cas des injections intraoculaires réduira la gêne à son maximum. Les animaux vont avoir une baisse de la vision, mais leur comportement, déplacement dans leur cage, prise de poids n’est pas altéré. Le développement de ces maladies de la rétine n’est pas douloureux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de la procédure, tous les animaux qui auront suivi la totalité de la procédure expérimentale : examens, induction de la pathologie et traitements, seront mis à mort pour permettre de réaliser les évaluations ex vivo (évaluations histologiques, dosage de produit…). Mais nous estimons qu’une proportion de 10% animaux ne suivra pas la totalité de la procédure. Ces animaux seront potentiellement exclus de l’étude après l’électrorétinographie pratiquée en baseline qui sert à révéler un défaut anatomique ou physiologique. Ces animaux n’auront pas reçu d’induction de la pathologie, ni d’administration de traitement, seulement des examens qui ne sont pas invalidants mais qui potentiellement nécessitent une anesthésie. Ils pourront être réutilisés dans d’autres procédures expérimentales compatibles avec l’avis du vétérinaire.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
A ce jour, aucune méthode alternative ne permet de mimer l’œil dans son environnement et dans sa globalité fonctionnelle. Les lignées cellulaires ou les systèmes alternatifs comme les organoïdes ne permettent d’étudier qu’une partie des mécanismes. En effet, l’œil est composé de différents tissus (vasculaires, rétinien neuronal, vitréen, cornéen, humeur aqueuse …) de physiologie différente et soumis aux variations environnementales, aux interactions des tissus et organes voisins, avec notamment l’influence du système immunitaire. Les études in vivo permettent d’observer les réponses physiologiques d’un traitement dans un organisme vivant en tenant compte des pharmaco cinétiques, des métabolites générés.
2. Réduction
Le nombre maximum d’animaux prévu pour ce projet a été déterminé en fonction de la distribution théorique rencontrée dans les données bibliographiques et historiques de l’établissement, du nombre d’études estimées et tient compte des variations du métabolisme, de la robustesse des mesures et de notre expérience. Ce nombre limité doit nous permettre de conclure sur l’efficacité ou non d’un traitement. L’effet d’un traitement sera évalué à chaque moment à l’aide des tests statistiques. Un calcul de l’effectif sera réalisé afin d’ajuster et de revoir à la baisse si possible le nombre d’animaux à inclure dans les procédures. De plus, dès que les procédures expérimentales le permettront, des évaluations non invasives seront choisies tout au long du projet pour améliorer la condition animale et éviter la mise à mort inutile des animaux.
3. Raffinement
Un suivi quotidien des animaux sera effectué afin de minimiser au maximum l’impact des procédures sur leur bien-être. Les animaux seront hébergés en groupe, avec différents enrichissements adaptés à l’espèce. Les examens choisis pour évaluer les signes cliniques de la maladie sont non invasifs et semblables à ceux pratiqués chez l’homme en cabinet d’ophtalmologie ou chez l’animal en clinique vétérinaire. Afin de réduire le stress de l’animal lors d’examens nécessitant l’immobilisation de l’animal, une administration d’anesthésique sera réalisée. Lors des anesthésies des substituts de larmes sont régulièrement instillés sur les cornées pour éviter le dessèchement, un dispositif est prévu pour éviter l’hypothermie (enceinte chauffante, coussin, ou lampe). Des points limites adaptés, suffisamment prédictifs et précoces permettent de limiter une éventuelle douleur à son minimum.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’espèce animale choisie a une physiologie, une anatomie et un métabolisme largement décrits dans la bibliographie scientifique. L’extrapolation à l’homme des effets sur l’œil en est d’autant plus facilitée. De plus, les modèles expérimentaux concernant cette pathologie sont largement utilisés et décrits sur ces espèces dans les publications de référence sur laquelle le projet est basé. Les animaux seront des jeunes adultes âgés au minimum de 6 semaines pour les rats correspondant à la maturité de la rétine.