
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/09/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-141417)
189 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dont 165 dans des procédures de gravité sévère et 24 opérées puis tuées sans reprise de conscience. Elles subissent une chirurgie d’infarctus par ligature d’une artère coronaire, avec des douleurs post-opératoires possibles pendant plusieurs jours, puis des injections et des prélèvements de sang répétés. Le projet teste l’effet protecteur de la clusterine après un infarctus, sur des souris génétiquement modifiées et leurs congénères. Le porteur affirme qu’aucune méthode alternative ne modélise l’ischémie-reperfusion et que seul un système intégré in vivo reproduit la pathologie.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de notre projet est d’étudier l’effet protecteur de la clusterine au cours de l’infarctus. La clusterine est une molécule capable de neutraliser les signaux de danger libérés par les cellules mortes au cours de l’infarctus. Nous utiliserons pour cela un modèle de souris déficientes en clusterine et leurs congénères contrôles. Nous utiliserons un modèle d’infarctus chez la souris, nous permettant d’étudier l’effet de la clusterine sur la taille d’infarctus après 7 jours. Nous étudierons également la cinétique de libération dans le sang de la clusterine et des signaux de dangers qu’elle neutralise, les niveaux d’expression de clusterine et des marqueurs de l’inflammation dans le tissu cardiaque ainsi que le rôle protecteur de la clusterine in vitro sur des cellules isolées de coeur de souris.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’infarctus du myocarde aigu est aujourd’hui une cause majeure de mortalité et morbidité dans le monde.. Malgré les progrès réalisés ces dernières années dans la prise en charge précoce de l’infarctus du myocarde, qui a permis de diminuer considérablement la mortalité aigue grace à la revascularisation, il existe toujours un risque élevé pour les patients de développer une insuffisance cardiaque dans le long terme. L’arsenal thérapeutique disponible actuellement a permis des progrès cliniques mais la morbi-mortalité reste élevée (50 % de mortalité à 5 ans) et les traitements ne sont pas curatifs. A ce jour, le remodelage du myocarde après un infarctus constitue un problème majeur de santé publique en France et il apparait indispensable de développer de nouvelles approches thérapeutiques. Cela nécessite de mieux comprendre les mécanismes qui régissent l’altération de la fonction cardiaque post-infarctus à partir de modèles expérimentaux qui reproduisent les différentes composantes de la pathologie humaine. Ceci est un gage d’une meilleure transposition vers la clinique dont le besoin de nouveaux traitements est urgent. Le but du présent projet est de démontrer que la clusterine pourrait constituer une stratégie thérapeutique prometteuse et originale pour le traitement de l’infarctus du myocarde.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une procédure chirurgicale d’infarctus du myocarde par ligature coronaire. La durée totale de l’intervention est d’environ 60 min, dont 15 min entre l’intubation oro-trachéale et l’accès au coeur, 30 min de ligature coronaire et 15 min pour la fermeture du thorax. 3 injections iv (dans la veine caudale) de clusterine (avant la ligature coronaire, à J2 et à J3) et/ou 1 injection de molécules neutralisées par la clusterine (avant la ligature coronaire) seront réalisées. 4 prélèvements de sang seront réalisés (avant l’occlusion, à H4, H24 et J7).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Au cours de la procédure chirurgicale, les nuisances ou effets indésirables (qui seront surveillés) sont l’hypotension et le refroidissement corporel pouvant causer un stress modéré. Après la chirurgie thoracique (thoracotomie), d’éventuelles douleurs post-opératoires modérées pendant plusieurs jours au niveau des nerfs intercostaux pourront avoir une incidence sur le bien être des animaux. Ces douleurs pourront être réduites par injection d’analgésiques.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Mise à mort de tous les animaux sous anesthésie profonde pour récupérer les tissus cardiaques pour les analyses de protéines et ARN, pour l’analyse de la taille d’infarctus et l’isolement des cardiomyocytes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le développement des pathologies est un processus complexe et intégré qui est mieux reproduit dans un modèle animal. Par exemple, les lesions d’ischémie-reperfusion myocardique mettent en jeu, entre autres, des systèmes hormonaux, neuro-humoraux, des adaptations des systèmes circulatoire, rénal, central si bien que seul un système intégré in vivo permet de reproduire toutes les composantes. Ainsi, le remplacement d’animaux ne sera pas possible dans cette étude car actuellement, il n’existe pas de méthode alternative ni de modélisation possible pour l’ischémie-reperfusion myocardique. De plus, les études in vivo répondent mieux au potentiel thérapeutique de la cible même si elles ne présagent pas des résultats qui vont être obtenus dans d’autres espèces ou en clinique.
2. Réduction
Dans le respect de la règle des 3R, nous réduirons le nombre d’animaux à maximum 12 souris par groupe. Ce nombre est basé sur notre expérience. C’est le nombre minimal qui permet d’assurer la robustesse des résultats pour évaluer au mieux le rôle de protéines dans l’ischémie-reperfusion myocardique , sans qu’il soit excessif en terme d’animaux à inclure. Une analyse statistique des résultats sera ainsi réalisée. Seules les expériences indispensables seront réalisées et il n’y aura pas de répétition inutile d’expérience. Afin de limiter le nombre d’animaux utilisés, nous réaliserons toute une série de collecte de données sur une même souris: prélèvement sanguin, histologie, expression génique et protéique.
3. Raffinement
Nous raffinerons cette étude par un hébergement des animaux selon la réglementation en vigueur avec un enrichissement du milieu. Les animaux sont élevés avec une attention particulière (passage du personnel minimum 2 fois/jour et observation de l’état général). Les manipulations sont réduites au minimum afin de limiter le stress des animaux. La souffrance de l’animal sera réduite au maximum ou supprimée par l’utilisation d’anesthésique avant la chirurgie et d’analgésique à différents temps (avant la chirurgie, après la chirurgie et si l’animal montre des signes de douleurs). Notre objectif est d’offrir aux animaux la meilleure qualité de vie possible et de garantir que toute nuisance ou souffrance due aux procédures scientifiques soit détectée et réduite le plus rapidement possible. Une période d’acclimatation d’au moins 7 jours sera respectée après réception des animaux. Pour éviter tout stress, les animaux seront hébergés selon la réglementation en vigueur : – dans des cages aux normes suivant leur âge et leur poids – en groupe social au sein de l’animalerie – en leur mettant à disposition un enrichissement du milieu (cabannes, tunnels, papier, coton pour la confection de nids). Une grille d’évaluation des points limite sera mise en place pour évaluer l’état de l’animal après la chirurgie et mettre en évidence un éventuel point limite. La décision de garder en vie les souris sera prise par le responsable du projet en concertation avec la structure de bien-être animal (SBEA). La mise à mort sera réalisée par un protocole adapté en vue des prélèvements post-mortem.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle d’infarctus du myocarde chez la souris est parfaitement maitrisé au laboratoire et mime le développement de la pathologie humaine. Il existe dans cette espèce une grande disponibilité d’outils d’étude biologiques nécessaires à l’évaluation de la cardioprotection. La souris est ainsi un excellent modèle pour la maladie humaine, car l’organisation de son ADN et l’expression de ses gènes sont très similaires à celles de l’homme. De plus, une partie du projet utilisera des souris génétiquement modifiées (CLU). C’est le seul modèle animal disponible qui présente une déficience en CLU. Les souris génétiquement modifiées sont des outils précieux dans la plupart des domaines de recherche médicale et permettent d’étudier des mécanismes cellulaires et moléculaires. Nous utiliserons des souris de 3-4 mois (jeunes adultes) pour réaliser les interventions chirurgicales de manière optimale chez des animaux matures et pour éviter la sensibilité accrue à l’ischémie-reperfusion liée au vieillissement.