
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/11/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-240002)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de ce projet est d’utiliser un modèle in vivo d’uvéite chronique induite par l’antigène Mycobacterium Tuberculosis inactivé (H37RA) chez le lapin afin d’évaluer de nouveaux traitements dans la prévention de récidive de l’uvéite. Les uvéites sont des inflammations intraoculaires, souvent d’origine auto-immune, pouvant représenter une réelle menace pour la vision des patients. Dans les pays occidentaux, l’incidence des uvéites serait de 17 à 52 cas pour 100 000 habitants par an. Chaque année, environ 17% des patients atteints d’uvéites actives présente une diminution ou une perte de l’acuité visuelle. Les formes sévères d’uvéite antérieure et postérieure nécessitent souvent des doses élevées de corticoïdes pouvant entraîner des effets secondaires. Lorsque ces traitements sont inefficaces ou mal tolérés ils peuvent être remplacés par des immunosuppresseurs. Cependant, les uvéites ne guérissent pas définitivement et les symptômes reviennent périodiquement après arrêt des traitements. Le praticien se retrouve donc très limité en ce qui concerne le traitement et la prévention de récidive.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices attendus seront de participer à l’élaboration de traitement luttant contre les uvéites et leur récidive, pour améliorer la vue de patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Au début de l’étude, tous les animaux reçoivent deux injections espacées de 15 jours afin d’induire une uvéite, une inflammation touchant plusieurs zones de l’œil. L’évaluation de cette pathologie se fait par des examens ophtalmologiques rapides, durant seulement quelques minutes. Une anesthésie peut être pratiquée si une immobilisation complète de l’animal est nécessaire. Le traitement à tester est administré par un seul mode choisi pour chaque animal : soit par injection intraoculaire, soit par collyre, soit par voie orale. Ces procédures sont très brèves, ne dépassant généralement pas 1 à 2 minutes. Les collyres peuvent être appliqués plusieurs fois par jour, avec une moyenne de trois administrations et un maximum de six à huit. Les injections intraoculaires sont réalisées sous anesthésie locale, voire générale si nécessaire. Leur fréquence est plus limitée, à raison d’une à deux fois par semaine. Ces interventions, un peu plus longues, nécessitent l’utilisation d’un microscope chirurgical et prennent environ cinq minutes par animal. Les prélèvements sont effectués sur des animaux vigiles, sans anesthésie, et ne durent pas plus de cinq minutes, à raison d’une fois par semaine maximum. Enfin, certains lapins seront hébergés individuellement dans leur cage pendant la durée de l’étude maximum 10 semaines.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le modèle entraine une uvéite, une inflammation des structures oculaires chez le lapin, chez l’homme les uvéites provoquent des rougeur, troubles, larmoiements, démangeaisons et douleurs au niveau de l’œil. Les risques liés aux administrations de produits sont l’apparition de signes d’inflammations, de saignements au site d’injection ainsi qu’une grosseur due à l’injection sous cutanée au moment de l’induction de la pathologie. Au cours de l’anesthésie jusqu’au réveil, une baisse de la température corporelle pouvant induire un stress est attendue. Elle sera minimisée par l’utilisation de tapis chauffant.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de la procédure, tous les animaux qui auront suivi la totalité de la procédure expérimentale : examens, induction de la pathologie et traitements, seront mis à mort pour permettre de réaliser les évaluations ex vivo (évaluations histologiques, dosage de produit…). Mais nous estimons qu’une proportion de 10% animaux ne suivra pas la totalité de la procédure. Ces animaux auront suivi la procédure jusqu’aux examens « baseline » qui servent à révéler un défaut ou une particularité anatomique ou physiologique susceptible de biaiser les résultats. Ces animaux n’auront pas reçu d’induction de la pathologie, ni d’administration de traitement, seulement des examens qui ne sont pas invalidants mais qui potentiellement nécessitent une anesthésie. Ils pourront être réutilisés dans d’autres procédures expérimentales compatibles avec l’avis du vétérinaire.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Malgré les recherches pour développer des modèles alternatifs, les systèmes in vitro comme les organoïdes ou les organes sur puces, ne représentent pas complètement la complexité d’une maladie comme l’uvéite qui implique l’interaction entre les différents tissus de l’œil et aussi le système immunitaire. En effet, l’œil est composé de différents tissus (vasculaires, rétinien neuronal, vitréen, cornéen, humeur aqueuse …) de physiologie différente et soumis aux variations environnementales, aux interactions des tissus et organes voisins. Les études in vivo permettent d’observer les réponses physiologiques d’un traitement dans un organisme vivant en tenant compte des pharmaco cinétiques, des métabolites générés. Compte tenu de la complexité de l’organe nous aurons donc recourt à des animaux.
2. Réduction
Le nombre maximum d’animaux prévu pour ce projet a été déterminé en fonction de la distribution théorique rencontrée dans les données bibliographiques et tient compte des variations du métabolisme, de la robustesse des mesures et de notre expérience. Ce nombre limité doit nous permettre de conclure sur l’efficacité ou non d’un traitement. L’effet d’un traitement sera évalué à l’aide des tests statistiques avec possibilité d’effectuer des comparaisons multiples. Chaque groupe traité sera comparé à celui du groupe témoin. Un calcul de l’effectif sera réalisé avant chaque étape afin d’ajuster et de revoir à la baisse si possible le nombre d’animaux à inclure dans les procédures. Des évaluations non invasives de la pathologie sont utilisées tout au long de l’étude pour éviter la mise à mort de l’animal.
3. Raffinement
Un suivi quotidien des animaux sera effectué afin de minimiser au maximum l’impact des procédures sur leur bien-être. Les animaux seront hébergés en binôme, avec différents enrichissements adaptés à l’espèce, enrichissement collectif (ambiance sonore, hébergement à plusieurs, interaction visuelle, sonore et olfactive) et enrichissement individuel nutritif (rondin végétal par exemple) et non nutritif comme des buchettes de bois ou balle de cellulose. Les examens choisis pour évaluer les signes cliniques de la maladie sont non invasifs et semblables à ceux pratiqués chez l’homme en cabinet d’ophtalmologie ou chez l’animal en clinique vétérinaire. Afin de réduire le stress de l’animal lors d’examens nécessitant l’immobilisation de l’animal, une administration d’anesthésique sera réalisée. Lors des anesthésies des substituts de larmes sont régulièrement instillés sur les cornées pour éviter le dessèchement, un dispositif est prévu pour éviter l’hypothermie (tapis chauffants, ou lampe). Des points limites adaptés, suffisamment prédictifs et précoces permettent de limiter une éventuelle douleur à son minimum.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le lapin a une physiologie, une anatomie et un métabolisme largement décrits dans la bibliographie scientifique. L’extrapolation à l’homme des effets sur l’œil en est d’autant plus facilitée. Le système immunitaire possède des similitudes avec celui de l’homme dans le cas des uvéites. De plus, les modèles expérimentaux concernant cette pathologie sont largement utilisés et décrits sur cette espèce, les publications de référence sur laquelle le projet est basé. Les animaux seront de jeunes adultes à leur arrivée dans notre animalerie. Les lapins inclus dans l’études auront 2 à 3 mois conformément aux publications de référence qui servent de base à ce modèle. Ils entrent en étude après une période d’acclimatation d’un minimum de 5 jours.