
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-07-18 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-243137)
Entre une et quatre injections intraveineuses espacées de deux semaines, un prélèvement sanguin, et pour une partie des animaux une chirurgie de vingt minutes suivie immédiatement de la mise à mort avant tout réveil. 1 330 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant des niveaux de souffrance légers à modérés. Le projet évalue des oligonucléotides antisens contre la dystrophie myotonique de type 1, avec l’objectif déclaré d’amener un composé jusqu’à l’essai clinique. Le porteur écrit que ces souris n’ont « aucun problème à bouger, ni à s’alimenter » et sont « non discernables » des souris non modifiées, tout en en déclarant 610 dans la catégorie de souffrance modérée.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La Dystrophie Myotonique de type 1 (DM1) est une des maladies neuromusculaires les plus fréquentes chez l’adulte. Cette maladie est caractérisée par de multiples symptômes parmi lesquels des atteintes musculaires (faiblesse et fonte musculaire, problème de relaxation), cardiaques (trouble du rythme) et neurologiques, particulièrement invalidantes. Actuellement il n’existe pas de traitement pour cette maladie mais de nombreuses approches thérapeutiques sont évaluées en laboratoire et en essais cliniques chez l’homme. En particulier l’utilisation d’oligonucléotides antisens a montré des résultats très prometteurs. Néanmoins, des défis persistent pour augmenter le potentiel thérapeutique de ces molécules et l’utilisation de modèles animaux qui reproduisent des symptômes moléculaires et fonctionnels de la maladie est cruciale pour ces études. L’objectif de ce projet est donc d’évaluer dans un modèle murin de la dystrophie myotonique de type 1, l’efficacité de plusieurs composés thérapeutiques originaux. L’objectif à long terme est d’identifier un composé thérapeutique capable d’aller en essai clinique chez l’homme et à terme devenir un médicament.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La dystrophie myotonique de type 1 est la maladie musculaire la plus commune chez l’adulte (entre 1 personne sur 2500 et 1 personne sur 8000) et est très invalidante. Il n’existe actuellement pas de médicament spécifique à la maladie. L’attente pour un traitement ciblé est donc très forte. L’objectif principal de ce projet est l’identification d’un composé (oligonucléotide antisens) qui pourrait aller en essai clinique. À long terme, cette étude pourrait ouvrir la voie au développement d’un médicament pouvant théoriquement bénéficier à l’ensemble des patients atteints de cette maladie. Des dérivés des composés que nous allons évaluer, sont actuellement utilisées pour d’autres pathologies soit dans un essai clinique, soit dans les dernières phases d’études toxicologique avant un essai par une compagnie pharmaceutique, démontrant ainsi le fort potentiel de notre projet.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux modèle de la dystrophie myotonique de type 1 n’ont pas de phénotype dommageable et ne montrent que des défauts moléculaires et un défaut très temporaire (de l’ordre de la seconde) de relaxation musculaire qui apparait uniquement lorsque qu’il est induit par le manipulateur. Ces souris n’ont aucun problème à bouger, ni à s’alimenter et sont ainsi non discernables des souris non génétiquement modifiées. Les animaux seront soumis à des injections par voie intraveineuse. Il y aura entre 1 et 4 injections espacées de 2 semaines. Chaque injection prend moins de 5 min par souris. Les souris feront également l’objet d’un prélèvement sanguin. Cette intervention de moins de 5 min ne se fera qu’une seule fois. Enfin, une partie des animaux fera l’objet d’un protocole de mesure de force nécessitant une intervention chirurgicale, d’environs 20 min, sous analgésie et sous anesthésie profonde et qui sera immédiatement suivie par l’euthanasie des animaux avant leur réveil
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux utilisés n’ont pas de phénotype dommageable et n’ont pas de problème à se déplacer ou se nourrir. Ainsi, les seules nuisances ou effets indésirables qu’elles pourraient expérimenter seront liés aux procédures dont elles feront l’objet. Donc les souris pourraient ressentir une douleur de courte durée au point d’injection/prélèvement sanguin et une détresse légère lors des manipulations (comme la mesure du poids chaque semaine à partir du début du protocole ou la contention pour les injections). Les animaux pourraient également subir un stress thermique dû à l’anesthésie. Concernant les effets indésirables dus au traitement, des versions similaires aux composés qui seront évalués dans cette étude ont déjà été injectées dans des modèles murins d’autres pathologies musculaires et n’ont pas montré de signes évidents d’effets secondaires délétères.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux qui entreront dans ce projet (soit un maximum de 1330 souris) seront euthanasiés à la fin de la procédure à laquelle ils seront associés. En effet, dans le cadre de l’évaluation d’approches thérapeutique comme celle décrite dans ce projet, nous devons vérifier la correction des symptômes moléculaires au niveau des organes atteints. Dans le cas du modèle murin de la maladie que nous étudions (Dystrophie myotonique de type 1), nous devons vérifier l’efficacité de notre traitement au niveau des muscles (et nous devons en vérifier au moins 3 différents par souris) ce qui rend strictement nécessaire l’euthanasie en fin de procédure afin de prélever ces organes. Les marqueurs moléculaires que nous analysons, sont très spécifiques à la maladie et corrèlent très bien avec l’état de sévérité et donc également avec l’efficacité du traitement. Ces études d’efficacité seront complétées par l’analyses de marqueurs sanguins pour déceler une éventuelle toxicité.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Dans un objectif de REMPLACEMENT, une sélection in vitro des séquences dans des modèles cellulaires de la maladie sera effectuée avant toute utilisation dans un organisme vivant. Cependant les modèles in vitro de cellules musculaires restent imparfaits puisqu’ils ne reproduisent pas le contexte tissulaire adulte de la fibre musculaire qui est une cellule hautement spécialisée et différenciée. L’évaluation in vivo de l’efficacité des composés thérapeutiques nécessite d’avoir recours à des modèles de souris transgéniques qui expriment la mutation observée chez les patients et reproduisent la maladie au niveau moléculaire et surtout physiologique. Ainsi, seuls les composés thérapeutiques montrant une forte efficacité dans les cellules en culture sans effet toxique seront évalués dans les souris.
2. Réduction
Afin de REDUIRE et d’optimiser le nombre d’animaux, le protocole d’étude a été développé avec une réduction du nombre d’animaux utilisés dans la mesure où tous les animaux issus des croisements (sans distinction de sexe) seront utilisés. De plus, le protocole est établi de manière à ce que chaque animal testé permette d’obtenir le plus de résultats possibles en physiologie, biologie moléculaire, histologie et ce, sur plusieurs tissus. Enfin ce projet se déroulera en plusieurs étapes. Ainsi la réussite de la première étape détermine la poursuite, la mise en place et l’utilisation d’animaux supplémentaires prévue dans la seconde étape, et ainsi de suite. Pour ce projet, nous aurons donc besoin, au maximum, de 1330 animaux. Nos études précédentes (vérifiés par des tests de puissance), nous ont permis de déterminer le nombre minimum de souris à utiliser par groupe afin de nous permettre d’évaluer de façon correcte les paramètres observés, assurer la distribution normale de nos données et effectuer les tests statistiques adéquats pour interpréter de manière fiable les résultats.
3. Raffinement
Finalement, dans le but RAFFINER le protocole et, en conformité avec la réglementation, toutes les précautions seront prises afin de réduire à son maximum le stress et la souffrance animale. L’entretien des souris, la surveillance quotidienne ainsi que les différents protocoles expérimentaux seront assurés par du personnel qualifié et le bien-être des animaux sera amélioré par la mise en place d’un enrichissement de milieu (par ex. avec des nid de lanière kraft ou des abris en carton). Les animaux sont stabulés dans des conditions optimales en accord avec la législation et l’isolement est évité au maximum. Afin de réduire la souffrance et le stress des animaux, des points limites (spécifiques à chaque protocole mis en place) ont été établis et un suivi du bien-être des animaux sera réalisé régulièrement. Des modifications importantes de comportement laissant supposer une douleur ainsi qu’une de perte de poids importante seront considérés comme critères d’arrêt en cours d’expérimentation et conduiront à l’euthanasie des animaux concernés. Par ailleurs au cours des différentes procédures, tout acte le nécessitant sera accompagné d’une anesthésie et d’un traitement préventif de la douleur. De plus, une surveillance accrue des animaux sera effectuée pendant une à deux heures après chaque acte.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’efficacité d’une approche thérapeutique pour la Dystrophie Myotonique de Type 1 (DM1) doit être validée sur un modèle animal de cette pathologie. A ce jour, des modèles murins, drosophile et poisson-zèbres ont été décrits pour la maladie. Cependant seuls les modèles murins montrent des symptômes robustes (physiologiques et moléculaires) similaires à ce qui est observé chez les patients. L’étude des différents modèles murins a permis la compréhension de plusieurs symptômes observés chez les patients. Aucune mortalité n’est observée. Pour le projet, les souris seront utilisées à l’âge adulte, quand tous les organes, et surtout les muscles, sont bien développés et que la croissance est terminée.