
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 06/02/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-309633)
Les souris dont le phénotype dommageable risque de s’exprimer avec l’âge seront tuées avant l’apparition des symptômes. 808 souris génétiquement modifiées, dont une partie immunodéprimée et hébergée en animalerie protégée des pathogènes, vont être utilisées dans des procédures déclarées de niveau léger. 712 subissent au sevrage une biopsie d’un millimètre de la queue et un prélèvement de sang sous anesthésie, et 96 des prises de sang toutes les six semaines jusqu’à l’âge de quarante-huit semaines. 370 des souris génotypées retournent à l’élevage, 246 sont tuées faute d’avoir les bonnes caractéristiques génétiques, et aucune de celles engagées dans la seconde procédure n’est gardée en vie.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’immunoglobuline A (IgA) est une protéine clé du système immunitaire, jouant un rôle prépondérant dans la défense des muqueuses contre les organismes étrangers. Cependant, une production excessive et/ou altérée d’IgA peut être à l’origine de pathologies, comme la néphropathie à IgA (NIgA). Cette affection rénale est caractérisée par l’accumulation de dépôts d’IgA1 au niveau des reins, entraînant une inflammation persistante pouvant conduire, dans les cas les plus sévères, à une insuffisance rénale. A ce jour, cette maladie est encore mal comprise, et les traitements actuels visent à principalement ralentir la progression de la dégradation rénale sans véritable spécificité. Plusieurs modèles murins ont été développés afin de mieux comprendre les mécanismes de la maladie et ainsi proposer des traitements plus ciblés. Cependant, ces modèles ne reproduisent toujours pas pleinement les symptômes et caractéristiques de la NIgA. Afin de surmonter ces limites et de progresser dans le développement d’un modèle reproduisant fidèlement la maladie, nous envisageons de croiser un modèle murin dans lequel l’IgA murine a été remplacé par l’humaine avec des modèles dont les mutations auront la possibilité d’augmenter ou réduire les dépôts précédemment observés chez ces souris. Cela aura pour conséquences d’activer ou non des cellules particulières que nous supposons être les cellules productrices de ces IgA1 dysfonctionnelles. Ces nouvelles lignées seront de meilleurs modèles d’aggravation ou d’amélioration pour étudier la NIgA. Les objectifs du projet sont donc les suivants : d’une part, créer et maintenir en élevage pendant cinq ans les lignées actuelles et nouvellement créées, ainsi que constituer des cohortes de suivi en analysant les caractéristiques géniques chaque animal issu des croisements par une biopsie de l’extrémité de la queue et un prélèvement sanguin au moment du sevrage ; d’autre part, évaluer le bien-être animal de ces deux nouvelles lignées et enfin d’étudier le développement de la maladie induite par les mutations exprimées dans ces nouvelles lignées, grâce à des prélèvements sanguins réguliers effectués chez des cohortes d’animaux d’âges différents, afin de suivre l’évolution de la maladie par la quantification du taux d’IgA1 dans le sang.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet est indispensable car, bien que l’IgA soit l’immunoglobuline la plus abondante et diversifiée chez l’homme, sa complexité et les pathologies qui lui sont associées restent encore largement méconnues. Actuellement, la néphropathie à dépôts mésangiaux d’IgA est la glomérulopathie la plus fréquente et constitue l’une des principales causes d’insuffisance rénale. Pourtant, elle est très mal comprise, ce qui entraîne un cruel manque de thérapies spécifiques. En développant des modèles murins plus précis, ce projet permettrait de mieux modéliser la NIgA, afin d’en découvrir les mécanismes sous-jacents, ouvrant ainsi la voie à des tests plus spécifiques pour traiter la maladie de manière plus ciblée et efficace. En conséquence, d’ici cinq ans, des avancées significatives pourraient être réalisées, offrant aux patients atteints de meilleures options de diagnostic et de traitement.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux de ce projet seront sujets pour 712 d’entre eux, au moment du sevrage, à un prélèvement de sang et de tissu (biopsie d’1mm à l’extrémité de la queue) après avoir été anesthésiés. 96 autres, feront l’objet d’un prélèvement sanguin, toutes les 6 semaines, sur une période allant de 6 à 48 semaines après la naissance.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les différents prélèvements réalisés sur les souris de ce projet tels que la biopsie et le prélèvement sanguin pour des analyses génétiques et le suivi du développement de la maladie sur les deux nouvelles lignées ainsi que leur contrôle ne devraient entraîner une douleur que de courte durée après leur réveil suite à l’anesthésie. Les animaux immunodéprimés sont maintenus dans des conditions particulières afin que leur phénotype dommageable ne s’exprime pas et qu’ils ne soient pas en contact avec des agents infectieux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Concernant la première procédure, nous estimons devoir génotyper 712 animaux. Parmi eux, 96 seront utilisés en continue pour rentrer dans la deuxième procédure. Pour les restants, 60% soit 370 animaux auront les bonnes caractéristiques génétiques et seront replacés dans l’élevage et les 40% soit 246 restant ne l’ayant pas seront euthanasiés. Aucun des animaux de la seconde procédure ne sera gardé en vie. Nous souhaitons analyser les effets des mutations sur le développement de la maladie chez les deux nouvelles lignées créées dans ce projet en réalisant des analyses plus complètes que celles faites avec les prélèvements sanguins.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La néphropathie à dépôts mésangiaux d’IgA est une maladie complexe et hétérogène. Elle est multifactorielle du fait que plusieurs facteurs contribuent à son apparition. Les modèles cellulaires ne parviennent pas à reproduire la complexité des mécanismes moléculaires et physiologiques, notamment les interactions tissulaires et cellulaires propres à l’organisme dans son ensemble.
2. Réduction
Notre laboratoire possède une expertise dans l’élevage et la création de lignées murines, ce qui nous permet d’anticiper avec rigueur le nombre nécessaire d’animaux reproducteurs et de générations pour ce projet. Grâce à cette expérience, nous pouvons également optimiser l’utilisation des ressources tout en garantissant des résultats scientifiques fiables. Les expérimentations seront menées de manière structurée et éthique, avec une organisation soignée des groupes témoins afin d’éviter les redondances et de maximiser l’efficacité. Les manipulations seront équitablement réparties entre mâles et femelles, réduisant ainsi le nombre d’animaux nécessaires, tout en assurant des données robustes. Enfin, toutes les souris seront euthanasiées en fin d’expérimentation, conformément aux normes éthiques, et tous les organes d’intérêt seront prélevés pour les analyses.
3. Raffinement
Les procédures de ce projet seront réalisées pour limiter au maximum le stress et la souffrance des animaux. Tous les prélèvements seront effectués sous anesthésie générale gazeuse par du personnel qualifié, et les souris seront surveillées jusqu’à leur réveil complet. Des observations régulières permettront de suivre leur comportement et leur état de santé. Si un animal montre des signes de souffrance, il sera immédiatement euthanasié pour éviter toute douleur prolongée. Pour les animaux susceptibles de présenter un phénotype pouvant nuire à leur bien-être, une surveillance renforcée sera mise en place. Ces souris seront hébergées dans un environnement contrôlé, appelé animalerie SOPF (sans pathogènes opportunistes et spécifiques), afin de les protéger contre des infections. Si des problèmes liés à ce phénotype apparaissent avec l’âge, les animaux seront euthanasiés avant que ces symptômes ne se manifestent.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Travailler avec des modèles murins est justifié par la forte ressemblance de plusieurs paramètres entre l’homme et la souris. En effet, ce modèle est particulièrement pertinent en raison de la similitude de sa physiologie rénale avec celle de l’homme, ainsi que de la proximité de son système immunitaire. Notre étude vise à identifier les tenants et aboutissants de cette maladie et donc nécessite l’utilisation des souris génétiquement modifiés pour répondre de la meilleure façon aux problématiques actuelles. Dans ce projet, les animaux pourront être mis en reproduction à partir de l’âge de 8 semaines après la naissance, âge pour lequel les animaux seront sexuellement matures. Cette période de reproduction pourra être emmené jusqu’à 20 semaines, après quoi les animaux commenceront à présenter des difficultés à se reproduire. Le génotypage par biopsie de la queue et prélèvement sanguin de tous les animaux engendrer à la suite d’accouplements sera réalisé à partir de 4 semaines, c’est-à-dire au moment du sevrage. Enfin, les premiers prélèvements sanguins de la seconde procédure seront réalisés à partir de la sixième semaine après la naissance, âge pour lequel les premiers dépôts apparaitront de même que l’augmentation du taux d’IgA1 humaine dans le sang. Ces prélèvements prendront fin à l’âge de 42 semaines après la naissance étant donné que cette maladie possède un charactère chronique et une évolution lente au fil du temps. Réaliser ces prélèvements sur les souris nous permettra d’obtenir une vue complète de son développement et d’identifier les changements progressifs.