Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le cancer colorectal est le 3° cancer le plus répandu et le 2° cancer qui tue le plus de patients au monde. Le nombre de patient atteints d’un cancer colorectal ne cesse d’augmenter et il reste difficile à traiter en raison de la grande différence qui existe entre les tumeurs qui se développent chez les patients. La classification des patients et le développement de thérapies plus ciblées sont donc d’une importance majeure. L’analyse des tumeurs des patients a permis d’identifier 4 sous-types et les tumeurs de Type4 sont associées au pronostic le plus sombre pour lesquels les cliniciens ont peu de solutions thérapeutiques à proposer. Ce projet est centré sur l’étude de nouvelles molécules chimiques capables de freiner la croissance des tumeurs de Type4. Ces nouvelles molécules ciblent : (a) soit des molécules sur-exprimées par les cellules tumorales et qui leur permettent de résister aux traitements anticancéreux classiques ; (b) soit des modifications du squelette de la cellule qui apparaissent dans les cellules tumorales les rendant insensibles à la chimiothérapie. Les modèles animaux de cancer colorectal constituent des outils importants pour étudier le déclanchement de la maladie et le développement des tumeurs. Par exemple, ils permettent de suivre les changements des tumeurs depuis une tumeur bégnine à une tumeur plus agressive comme cela a été observé chez l’homme. Enfin, dans notre cas, le modèle animal que nous utilisons développe préférentiellement des tumeurs de Type4 et nous permettra de tester de nouvelles molécules et étudier la réponse des tumeurs à ces nouveaux traitements potentiels avant de les proposer en clinique humaine.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet permettra, à court terme, de vérifier chez l’animal si ces nouvelles molécules, sont capables de bloquer le développement des tumeurs dans un modèle animal de cancer colorectal de Type4 et ainsi d’évaluer les bénéfices obtenus dans la globalité de l’organisme. A long terme, ces nouvelles molécules pourront être proposées dans le traitement des patients atteints de cancer colorectal de Type4 pour lesquels les cliniciens ont peu de solutions thérapeutiques.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les interventions sur animal vigile prévues dans cette étude sont de trois types : un gavage quotidien, 4 prélèvements sanguins et 2 injections intrapéritonéales sur une période de 60jours. Le gavage, pour administrer les composés testés, est réalisé chaque jour pendant toute la procédure et ne dure pas plus de 15 secondes pour chaque animal. Les prélèvements sanguins (un avant l’expérience et trois à 20 jours d’intervalle pendant l’expérience) sont réalisés par les personnels de l’animalerie et ne durent pas plus de 15secondes pour chaque animal. Ils serviront à surveiller le bon état physique des animaux en mesurant les constantes des reins, du foie, du pancréas ainsi que leur bilan sanguin. Les 2 injections intrapéritonéales sont celles de l’agent inducteur de mutation pour induire le cancer. Étant donné notre expérience, chaque intervention ne dure pas plus de 5secondes avant que l’animal ne revienne dans sa cage. Ces gestes seront réalisés par du personnel qualifié et expérimenté. Tous les prélèvements d’organes seront réalisés après anesthésie et euthanasie de l’animal.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

L’injection en intrapéritonéal représente le premier effet indésirable attendu chez les animaux. Notre pratique régulière de ces injections nous permet de réduire au maximum le temps de contention et d’injection. Les cages restent sous surveillance rapprochée au moins 20minutes après toute injection pour détecter le plus rapidement possible les signes de souffrance chez les animaux (prostration). L’administration par gavage des molécules testées implique une manipulation journalière des animaux ainsi qu’un geste technique délicat (introduction de la canule de gavage). Ces manipulations représentent des effets indésirables légers car elles seront pratiquées par des personnes formées et expérimentées. Les effets secondaires attendus, suite à l’administration des composés, sont légers et peuvent être d’ordre métabolique et hépatique, sans risquer la mort de l’animal. Les autres effets indésirables attendus chez les animaux résultent essentiellement de la prise dans l’eau de boisson, du traitement qui induit une inflammation localisée au niveau du colon. La prise du traitement pendant 6 ou 7 jours induit une altération de la paroi du colon qui provoque une perte de poids entre 5 à10% chez les souris. Cette perte est due à une mauvaise absorbation des aliments et une perte d’eau suite à des diarrhées. Ces effets apparaissent au jour 6 après le début du traitement pour une perte maximale à jour 8 ou 9, puis les souris reprennent très vite du poids pour revenir à leur poids initial en 3-4 jours. Nous n’avons jamais observé une prise d’eau augmentée par les souris au cours de cette procédure, montrant qu’une déshydratation des animaux est peu probable. D’après la littérature et notre expérience de cette procédure, la perte de poids survient majoritairement lors du 1er cycle de traitement car il est courant que les souris perdent moins de poids lors des cycles suivants. Enfin, nos observations des projets précédents montrent que les souris sont susceptibles de développer de multiples tumeurs du côlon avec ce modèle, sans que leur mobilité, leur appétit et leurs relations sociales soient altérées. Comme chez l’homme, la présence de polypes intestinaux est souvent asymptomatique.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux utilisés dans chaque procédure de ce projet seront euthanasiés pour le prélèvement d’organes.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Il est tout à fait envisageable d’utiliser des cellules intestinales de patients déjà diagnostiqués pour étudier l’impact direct des composés sur leur développement et ceci est déjà fait par nos collaborateurs. Nous nous basons d’ailleurs sur ces résultats pour choisir les composés à tester sur les animaux. Par contre, Il n’existe pas d’alternative autre que l’utilisation d’animaux auxquels nous avons induit un cancer colorectal pour évaluer avec précision et pertinence, l’impact des composés testés sur le développement de la maladie. En effet, la procédure d’induction de cancer colorectal utilisée dans cette demande permet de produire des tumeurs ressemblant fortement aux tumeurs humaines de Type4 pour lesquelles les cliniciens ont très peu de solution thérapeutique (types de mutations géniques, variabilité des tumeurs, implication du système immunitaire). Cette étude permettra donc d’appréhender les bénéfices des composés testés dans la globalité de l’organisme.

2. Réduction

3R / Réduction :

La demande de projet actuelle reprend des procédures déjà réalisée sur d’autres lignées de souris (dans des demandes précédentes). Ceci nous permet de réduire au maximum le nombre de souris suffisant par lot, pour chaque procédure, afin de générer des données statistiquement robustes tout en prenant en compte une éventuelle variation inter-individuelle ou expérimentale. Ce nombre a été validé par le service de statistique de notre institut pour atteindre un chiffre permettant de valider statistiquement les résultats observés par un test ANOVA avec un risque alpha de 5%.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les colites (induites par la prise, dans l’eau de boisson, du traitement qui induit une inflammation localisée du colon) entrainent une douleur pour laquelle il n’est pas possible d’administrer de traitement analgésique ni anti-inflammatoire, qui interféreraient avec le processus de régénération/cancérisation et donc modifieraient les résultats de l’expérience. La surveillance des animaux se fera de manière accrue lors de visites quotidiennes. Certaines souris pouvant être gênées plus que d’autres par la colite, de la nourriture pourra également être placée à même le sol de la cage pour s’assurer que toutes les souris puissent se nourrir correctement. De plus, elles auront à leur disposition dans la cage de la pâtée alimentaire (riche en eau) en complément de leurs croquettes habituelles pour favoriser leur réhydratation. L’administration du produit permettant l’induction du cancer se fera par voie intrapéritonéale, en changeant d’aiguille à chaque souris pour éviter que celle-ci ne s’émousse et provoque de la douleur chez les animaux. Un enrichissement des conditions d’hébergement est prévu grâce à l’ajout dans les cages de cabanes en carton et de cotons à décortiquer. Un fond musical est assuré pour éviter les variations sonores possibles entre les périodes d’expérimentation et les périodes de repos, ce qui pourraient générer un stress supplémentaire chez les animaux.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Le protocole d’induction du cancer colorectal que nous utilisons est bien standardisé chez la souris et largement admis comme le modèle de référence mimant les étapes du développement du cancer suite à une inflammation chronique. Ce modèle d’induction de cancer colorectal permet de produire des tumeurs ressemblant fortement aux tumeurs humaines de Type4 pour lesquelles les cliniciens ont très peu de solution thérapeutique (types de mutations géniques, variabilité des tumeurs, implication du système immunitaire). Les animaux seront utilisés à partir de 3 mois d’âge selon le protocole établi dans la littérature ou lorsqu’ils auront atteint un poids minimum de 20g. Cet âge tient compte de la maturité sexuelle nettement dépassée pour les animaux, compatible avec la description des âges (environs 30ans) des patients atteints de colites chroniques pouvant s’aggraver en cancer colorectal.