Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Les comportements alimentaires ne sont pas uniquement dictés par les besoins énergétiques : ils sont aussi fortement influencés par le plaisir procuré par certains aliments riches en sucres ou en graisses. Cette recherche vise à mieux comprendre les mécanismes biologiques qui régulent cette « alimentation de plaisir », dont les dérèglements peuvent favoriser le surpoids, l’obésité et certains troubles du comportement alimentaire. Le projet s’intéresse à une hormone digestive appelée GLP-1, produite par l’intestin, qui joue un rôle clé dans la régulation de l’appétit et de la sensation de récompense liée à l’alimentation. Les analogues du GLP-1 sont aujourd’hui largement utilisés en médecine pour traiter l’obésité et le diabète. Cependant, leur efficacité varie fortement d’un individu à l’autre, et leurs effets à long terme sur le cerveau restent encore mal compris. Des travaux récents suggèrent que le microbiote intestinal – l’ensemble des micro-organismes vivant dans notre intestin – influence profondément la communication entre l’intestin et le cerveau, notamment en modulant la signalisation du GLP-1. De plus, des différences importantes entre les sexes ont été observées, sans que leurs causes biologiques soient clairement identifiées. L’objectif principal de ce projet est donc de déterminer comment le microbiote intestinal influence l’action du GLP-1 sur les circuits cérébraux de la récompense alimentaire, et d’identifier les mécanismes responsables des différences observées entre mâles et femelles. À l’aide de modèles animaux, le projet cherchera à comprendre si des modifications du microbiote peuvent entraîner une perte de sensibilité du cerveau au GLP-1, favorisant ainsi une consommation excessive d’aliments très appétents, et si ces effets sont réversibles. À terme, ces travaux visent à améliorer la compréhension des interactions entre microbiote, hormones digestives et cerveau, afin d’ouvrir la voie à de nouvelles stratégies nutritionnelles ou thérapeutiques plus personnalisées, tenant compte du sexe biologique, pour prévenir ou traiter les troubles du comportement alimentaire.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet vise à améliorer la compréhension des mécanismes d’action des analogues du GLP-1, largement utilisés chez l’humain dans le traitement de l’obésité. En identifiant le rôle du microbiote intestinal et les différences entre femelles et mâles dans la réponse cérébrale au GLP-1, il permettra de mieux interpréter les variations d’efficacité et les résistances observées en pratique clinique. Les connaissances générées contribueront à orienter le développement de stratégies thérapeutiques plus adaptées et potentiellement plus efficaces, tout en limitant l’exposition inutile à des traitements inefficaces.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les 80 animaux subiront un jeûne court de 5 à 6 heures avant la première session d’injections sous-cutanées. Chaque animal recevra trois injections sous-cutanées au total (deux lors de la première session, puis une injection finale). Quarante animaux recevront une déplétion du microbiote par administration d’un cocktail d’antibiotiques dans l’eau de boisson pendant une durée maximale de 4 semaines.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les injections sous-cutanées réalisées dans ce protocole sont des actes de courte durée et faiblement invasif. Elles ne devraient pas entraîner d’inconfort significatif. Néanmoins, les animaux feront l’objet d’une surveillance régulière des sites d’injection dans les jours suivant l’administration afin de détecter toute réaction locale éventuelle (rougeur, œdème, induration). La déplétion du microbiote intestinal par l’administration d’antibiotiques dans l’eau de boisson est susceptible d’induire un inconfort digestif léger et transitoire. Les animaux seront suivis tout au long de la procédure pour évaluer leur état général, leur comportement, leur hydratation et leur consommation de boisson. En cas d’apparition de signes persistants de mal-être, des mesures adaptées seront mises en œuvre conformément aux procédures de l’établissement.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

À l’issue de la procédure expérimentale, l’ensemble des animaux sera mis à mort de manière réglementaire afin de permettre les analyses biologiques nécessaires à l’atteinte des objectifs scientifiques du projet. Celui-ci vise à caractériser les effets de la modulation du microbiote intestinal sur la signalisation du GLP-1 et l’activation des circuits de l’axe intestin–nerf vague–cerveau chez la souris adulte. La mise à mort est indispensable pour permettre la collecte et l’analyse de plusieurs organes d’intérêt, incluant l’intestin, les ganglions sensoriels vagaux et le cerveau, en vue de réaliser des approches d’immunohistochimie, d’imagerie fluorescente et de quantification de marqueurs d’activation neuronale (td-Tomato, c-Fos). Ces analyses ne peuvent être réalisées chez l’animal vivant et ne sont pas compatibles avec une réutilisation ultérieure des animaux.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Ce projet repose sur une étude in vivo visant à analyser les interactions complexes de l’axe microbiote–intestin–cerveau. L’objectif est d’étudier des réponses physiopathologiques intégrées impliquant simultanément le tube digestif, le système nerveux périphérique, en particulier le nerf vague, et le cerveau. Ces interactions dynamiques ne peuvent être appréhendées que dans un organisme vivant, où les communications neuro-hormonales, immunitaires et métaboliques sont fonctionnelles et coordonnées. À ce jour, il n’existe pas de méthode alternative permettant de reproduire de manière pertinente et intégrée les mécanismes reliant l’intestin au cerveau, notamment dans le contexte de la modulation du GLP-1 et de l’activation de circuits cérébraux spécifiques. Les approches in vitro, ex vivo ou in silico ne permettent pas de rendre compte de la complexité des boucles de rétrocontrôle, de la plasticité neuronale et des interactions systémiques nécessaires à la réalisation des objectifs du projet.

2. Réduction

3R / Réduction :

Une attention particulière est portée à la réduction du nombre d’animaux utilisés, tout en garantissant la solidité scientifique des résultats attendus dans le cadre de ce projet visant la production de données robustes. Les effectifs sont déterminés à partir de l’expertise du laboratoire et de données préexistantes issues de projets comparables, intégrant la variabilité interindividuelle inhérente aux études in vivo. Les analyses statistiques prévues, reposant sur des tests adaptés à la distribution des données, permettent d’optimiser la taille des groupes expérimentaux. Ainsi, un effectif limité de 10 souris par sexe et par groupe est retenu, garantissant un équilibre entre puissance statistique et réduction du nombre total d’animaux. Par ailleurs, les protocoles expérimentaux sont conçus afin de maximiser les informations obtenues à partir de chaque animal. Chaque souris fera l’objet d’analyses multiples et complémentaires, incluant des approches neuroanatomiques, physiologiques et moléculaires sur plusieurs tissus (cerveau, structures nerveuses périphériques et intestin). Cette stratégie intégrative permet de limiter le recours à des cohortes supplémentaires et s’inscrit pleinement dans le principe de réduction des 3R.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

L’ensemble des procédures expérimentales est conçu afin de limiter au maximum la douleur, le stress et l’inconfort des animaux, conformément aux exigences éthiques et réglementaires en vigueur. Les manipulations sont réalisées par du personnel formé et habilité, utilisant des techniques standardisées et maîtrisées. Dans le cadre de ce projet, les interventions se limitent principalement à des injections sous-cutanées, réalisées sur des sites distincts afin de réduire l’inconfort local, ainsi qu’à l’administration d’un cocktail d’antibiotiques via l’eau de boisson. Ces procédures sont associées à une nuisance de faible intensité et de durée limitée. Les animaux sont hébergés en groupes (au minimum deux par cage) et bénéficient d’un enrichissement de l’environnement incluant un tunnel opaque, permettant l’expression de comportements naturels et le maintien du bien-être tout au long de l’étude. Un suivi régulier de l’état de santé et du comportement des animaux est assuré pendant toute la durée du protocole, avec une attention particulière lors de la phase de traitement antibiotique prolongé. Pendant cette phase de déplétion du microbiote, les animaux seront maintenus en conditions sanitaires contrôlées de l’animalerie (pièce spécifique en « A2 like »), en cages ventilées, avec des pratiques d’hygiène adaptées (manipulation sous poste, équipements de protection, matériel dédié, évacuations des déchets suivants un circuit dédié), afin de limiter le risque de contamination opportuniste chez des animaux au microbiote perturbé. En cas de baisse de consommation d’eau, de perte de poids ou de signes digestifs persistants, des mesures de soutien seront mises en œuvre : nourriture humidifiée et accessible, gel d’hydratation si validé par l’établissement, surveillance rapprochée, adaptation voire arrêt du traitement antibiotique, et sollicitation d’un avis vétérinaire. L’évaluation repose sur des critères prédéfinis (poids, apparence générale, pelage, posture, activité, comportement et respiration). En cas d’apparition de signes évocateurs de douleur ou de mal-être, des mesures adaptées seront mises en œuvre, arrêt du traitement antibiotiques (si inconfort digestif) pouvant aller jusqu’à l’administration d’un traitement analgésique approprié ou un analgésique de type central serait administré. Les points limites définis conduiront, s’ils sont observés, a la mise à mort des animaux.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Le projet repose sur l’utilisation de souris transgéniques FosTRAP sur fond génétique C57BL/6J, un modèle de référence en neurosciences, particulièrement adapté à l’étude de l’axe microbiote–intestin–cerveau. Ce modèle permet de marquer de façon permanente et spécifique les neurones activés en réponse à un stimulus périphérique, notamment nutritionnel, avec un contrôle temporel précis (utilisant la technologie CRE et gène rapporteur td Tomato). L’intérêt majeur du modèle FosTRAP réside dans la possibilité d’étudier, chez un même animal, l’activation neuronale induite par un même stimulus appliqué à deux temps distincts, correspondant à deux états physiologiques différents. Cette approche permet de comparer directement la réponse cérébrale à un analogue du GLP-1 avant et après modification du microbiote intestinal, tout en limitant la variabilité interindividuelle. Ce choix méthodologique renforce la robustesse des résultats et contribue au principe de réduction du nombre d’animaux utilisés, tout en garantissant la pertinence biologique et la reproductibilité des données. Les animaux seront utilisés au stade jeune adulte, entre 70 et 120 jours d’âge. Ce stade correspond à une période où les systèmes physiologiques et neurobiologiques, en particulier les circuits impliqués dans la régulation de la prise alimentaire, de la récompense et de l’axe intestin–cerveau, sont pleinement matures et fonctionnels. Le recours à des souris jeunes adultes permet d’éviter les biais liés au développement encore incomplet observé chez les animaux plus jeunes, ainsi que ceux associés au vieillissement. Il garantit ainsi des conditions expérimentales stables, une variabilité interindividuelle réduite et une meilleure reproductibilité des résultats. Ce choix est particulièrement adapté aux objectifs du projet, qui vise à analyser les réponses neuronales et comportementales à des signaux périphériques, notamment nutritionnels et hormonaux, dans un contexte physiologique représentatif de l’âge adulte.