
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/01/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-338132)
228 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Ils sont soumis à six ou dix semaines de consommation d’eau sucrée puis à seize séances de tests d’anxiété et de mémoire, dont un test reposant sur une stimulation douloureuse brève, pour chercher un lien entre sucre et troubles cognitifs. Le porteur euthanasie ensuite les rats pour analyser leur cerveau. Il affirme qu’aucune alternative n’existe et que l’expérimentation animale offre un environnement « débarrassé du maximum de facteurs confondants », un contrôle qu’il oppose aux études chez l’humain.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Dans les pays développés, la consommation alimentaire peut être motivée autant, voire davantage, par le plaisir que par le besoin de se nourrir. De ce fait, des dérives sont observées dans les comportements alimentaires, comme une consommation excessive de sucres rapides. Des études émettent l’hypothèse qu’une consommation excessive chronique de sucres rapides dès l’adolescence peut être à l’origine de conséquences néfastes sur l’humeur et sur les capacités cognitives des individus. Notre projet vise à tester cette hypothèse, soit pendant soit après une phase prolongée de consommation de sucre, et ce dans le cadre de l’expérimentation animale qui permet l’élaboration d’un environnement contrôlé et débarrassé du maximum de facteurs confondants.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La consommation chronique de sucres rapides est connue pour induire des dysfonctionnements métaboliques et certains troubles du fonctionnement cérébral, en particulier ceux liés à l’état émotionnel du sujet. Cependant, les troubles cognitifs et mnésiques ne commencent qu’à être décrits chez l’Homme et il est encore difficile de déterminer les liens de causalité entre consommation de sucre et troubles cognitifs. Les expériences que nous proposons de mener chez le rongeur, forcément davantage contrôlées, permettront de participer à l’éclaircissement du lien de causalité potentiel entre le comportement alimentaire et les capacités mnésiques. Par ailleurs, les analyses biochimiques que nous mènerons sur le cerveau des animaux permettront de mettre en évidence des liens potentiels entre le comportement de consommation de sucre et une plasticité cérébrale qui pourrait participer à l’altération des processus cognitifs ou émotionnels.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une phase de consommation d’eau sucrée, pendant 6 ou 10 semaines (séances de 2h tous les 2 ou 3 jours). Certains seront soumis (ensuite ou pendant la phase de consommation) à des tests comportementaux qui permettront d’évaluer le niveau d’anxiété et les capacités mnésiques des animaux. Chacun de ces tests comportementauc s’étale sur 1 à 4 séances, à raison (selon les procédures) de 1 séance / jour ou 1 séance / 2 jours. Chaque animal sera soumis, au total, à 16 séances, chacune durant environ 5 min. Aucune intervention invasive n’est programmée dans ce projet.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Des troubles de l’humeur et/ou cognitifs sont envisageables chez les animaux consommateurs de boisson sucrée (le but de l’étude est de les mettre en évidence). Un stress léger peut être généré chez les animaux par la passation des tests d’anxiété et de mémoire (succession des tests sur 18 ou 29 jours, selon les procédures, et, parfois, exposition à une situation aversive). Un seul test est basé sur l’application dunique et courte d’une stimulation douloureuse.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue des procédures. Le prélèvement de tissus (en particulier le cerveau) permettra l’analyse, à un niveau biochimique, des conséquences éventuelles de la consommation chronique de sucre.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’utilisation d’animaux vivants et vigiles est forcément obligatoire pour mesurer la consommation orale d’une solution sucrée et ses conséquences éventuelles sur les capacités mnésiques et le niveau d’anxiété. Il n’y a actuellement pas d’alternative pour répondre aux questions abordées par le projet.
2. Réduction
Le nombre d’animaux est calculé au plus juste en fonction des prérequis statistiques et de notre expertise en matière de comportement, soit 12 animaux/condition pour les expériences de comportement et 10/condition pour les approches moléculaires. Des tests statistiques seront effectués sur les données et les expériences seront terminées dès que ces tests auront confirmé ou infirmé l’hypothèse que nous avons formulée.
3. Raffinement
Notre protocole expérimental impose que les rats, placés par paires dans des cages standard qui n’entravent pas la communication sonore et olfactive et où ils disposent de morceaux de bois à ronger, soient examinés (pesée, aspect externe) tous les deux jours. L’habituation à la personne et à la manipulation est donc assurée. Leur consommation d’eau, de nourriture et d’eau sucrée est mesurée à la même fréquence. L’isolement de chaque animal n’est réalisé que lorsqu’il est placé en situation de test (consommation de sucre sur 2h, tests de mémoire ou d’anxiété, activité locomotrice de 24h). L’enchaînement des rests comportementaux est élaboré pour qu’il soit compatible avec les règles du bien-être animal. Aucune chirurgie n’est programmée. la mise en place et le respect des points limites est assurée par la surveillance d’éventuels signes de détresse physique ou de changements de comportements majeurs des animaux ainsi que par l’évaluation de leur état général.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le Rat représente une alternative de choix pour la modélisation préclinique des troubles alimentaires et l’addiction. Sur un plan évolutif, les rongeurs appartiennent au clade des mammifères le plus proche de celui des Primates. Le choix du Rat s’impose par l’existence de très nombreuses données anatomiques, électrophysiologiques et comportementales solides sur la cognition, mémoire, mais aussi l’anxiété et la dépression Les bases neurobiologiques de la mémoire, de l’anxiété ou de la dépression étudiées chez le rongeur, et notamment chez le Rat, ont permis de grandes avancées dans la compréhension de ces phénomènes physiologiques et pathologiques chez l’homme. Par ailleurs, le rat possède des capacités cognitives élaborées et un répertoire comportemental complexe. Animal social, il s’adapte bien à la vie au laboratoire et coopère facilement dans les tâches comportementales. Les tests comportementaux débutent à l’âge de 6 semaines, chez le rat adolescent. L’adolescence est une période critique dans le développement de comportement de recherche et de consommation de drogues ou de récompenses naturelles comme le sucre. La plasticité cérébrale, très importante à cet âge-là, est une source de vulnérabilité en termes de contrôle du comportement et de conséquences à la consommation excessive de sucre.