Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La cicatrisation chez les poissons d’élevage est un enjeu majeur pour l’aquaculture moderne. Les blessures, fréquentes lors des manipulations, du transport ou des interventions sanitaires, favorisent les infections et augmentent la mortalité. Les pertes économiques liées aux maladies en aquaculture sont estimées à 6 milliards USD par an, et peuvent représenter jusqu’à 15 % de la production dans certains pays tels que l’Inde. Une cicatrisation efficace contribue au bien-être animal, limite les pertes, réduit le recours aux antibiotiques et garantit la qualité nutritionnelle des produits. Si le processus de cicatrisation est bien connu chez les mammifères, les recherches chez les poissons sont récentes et montrent l’importance de solutions nutritionnelles sur le processus de cicatrisation cutanée. Les acides gras polyinsaturés, notamment l’EPA (acide eicosapentaénoïque), jouent un rôle clé dans l’intégrité de la barrière cutanée et la cicatrisation des plaies. Cependant, la tendance à remplacer l’huile de poisson par des huiles végétales, plus durables et économiques, réduit la teneur en oméga-3 dans les régimes aquacoles, impactant la santé des poissons et la qualité nutritionnelle des filets. Un précédent projet a montré qu’un régime enrichi en EPA+DHA via une huile de microalgues améliorait la cicatrisation par rapport à un régime standard à base d’huile de poisson. En revanche, l’hypothèse selon laquelle le ratio EPA:DHA influencerait le processus de cicatrisation n’a pas pu être confirmée. En effet, le déroulement de la cicatrisation entre les deux huiles différentes de microalgue testée étaient comparables. L’objectif de cette nouvelle étude est donc d’utiliser le modèle de cicatrisation validé dans un précédent projet pour évaluer l’impact de la teneur en EPA par rapport au DHA sur la cicatrisation des lésions cutanées chez la truite.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet s’inscrit dans l’amélioration des conditions d’élevage des salmonidés. Il permettra d’évaluer le bénéfice des solutions nutritionnelles sur l’amélioration de la cicatrisation cutanée chez la truite arc en ciel, en étudiant 1) l’impact des taux élevés d’omega-3 dans l’aliment et 2) l’importance du ratio EPA:DHA dans le processus de cicatrisation des lésions cutanées chez la truite arc-en ciel. De plus, l’utilisation de l’huile de microalgues dans la formulation permettra de formuler des régimes plus concentrés et d’utiliser moins d’huile et de poissons. En effet, 1 tonne d’huile de microalgues remplace 60 tonnes de poissons sauvages. Chaque année, son utilisation évite la capture d’environ 1,2 million de tonnes de poissons destinés à la production d’huile et une réduction des émissions de gaz à effet de serre (-5,6 % en 2024 par rapport à 2021). La Stabilité et la sécurité d’approvisionnement en huile de poisson sont soumises à la volatilité des prix et aux aléas climatiques (El Niño) contrairement à l’huile de microlagues qui offre un approvisionnement stable et prévisible, sans dépendance à la pêche.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les animaux seront soumis à la procédure pour une durée de 23 jours. [[Les poissons seront soumis à trois lésions à l’aide d’un trépan à biopsie (durée 15 secondes) afin d’être plus représentatif de la taille et du nombre de blessure observés dans les élevages industriels]]. Aux jours 0, 3, 7,10,14 et 21 post-lésion des prises de sang seront réalisées. A chaque temps, un volume sanguin nécessaire et suffisant pour l’analyse des paramètres biochimiques sera prélevé sur chaque poisson anesthésié. Pour chaque prise de sang, le temps ne dépassera pas 1 minute. Temps de sortie des poissons hors de l’eau pour les pesées (3 secondes) et pour les identifications (3 secondes).

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Changement du comportement alimentaire, saignement localisé au niveau du site de ponction du tissu. Réaction inflammatoire dans les premiers jours de la cicatrisation, absence de guérison avec rétrécissement de la lésion.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux entrant dans la procédure expérimentale seront mis à mort à l’issu de la procédure afin de réaliser des prélèvements de tissu cicatriciel au niveau de la blessure.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Au moment de la délivrance de cette autorisation de projet, il n’existe pas de modèle in vitro ou in silico capable de mimer l’intégralité des acteurs cellulaires et acellulaires participant à la complexité des processus de cicatrisation et à la modulation de cette réponse par la nutrition. De plus l’évaluation d’un additif alimentaire, implique de connaitre son mode d’action chez l’animal auquel il est destiné impliquant l’utilisation d’animaux vivants..

2. Réduction

3R / Réduction :

Des calculs statistiques détaillés ont été réalisés afin de déterminer le nombre minimum d’animaux à utiliser pour évaluer ce projet. Le nombre d’animaux à utiliser permettra d’obtenir une densité adéquate pour favoriser une hiérarchie sociale essentielle au bien-être des animaux. Des analyses post mortem seront réalisées sur les tissus cicatriciels de chaque animal afin de générer un maximum d’information possible par animal.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les conditions d’hébergement des animaux sont définies afin que la densité des animaux par bassin, les paramètres environnementaux, l’enrichissement des bassins ou encore la qualité d’eau procurent le maximum de confort aux animaux, et répondent à la législation en vigueur. Aucun animal ne restera isolé sans contact visuel ou tactile avec ses congénères, ceci afin de réduire au minimum l’angoisse et le stress des animaux. Avant toute manipulation (pesée ou prélèvement) au cours de cette étude, les truites arc en ciel sont anesthésiées. La capture et le stress dus à la sortie des bassins sont réduits par une manipulation délicate des animaux par les applicateurs lors des pesées, des prises de sang et des mesures. Les conditions expérimentales sont également raffinées par un séchage modéré des poissons, le port de gants, l’utilisation d’une mousse humide pour faire reposer l’animal sur un support de contention adapté, d’un point de pression sur le site de prélèvement comme décrit dans une procédure interne qui définit le volume limite de prélèvement sanguin et les périodes de récupération nécessaires. Un analgésique sera utilisé par voie intramusculaire afin de réduire la douleur après l’introduction du transpondeur et lors de la réalisation des lésions afin de permettre une meilleure récupération et une réduction des effets secondaires comme les frottements de l’animal contre les murs. Un minimum de deux observations quotidiennes des animaux est réalisé afin de détecter prématurément des signes cliniques de dommages corporels et pour vérifier que les poissons s’alimentent correctement. Dès l’observation d’un signe clinique, les animaux sont suivis au moyen d’une grille de score de point limites.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

L’espèce utilisée est la truite arc-en-ciel, en tant que modèle animal de salmonidé. La truite est un bon modèle pour les salmonidés car elle est taxonomiquement proche du saumon et de physiologie comparable. Les fonctionnalités nutritionnelles sont les mêmes, les deux poissons étant carnivores, les besoins nutritionnels sont les mêmes. Par conséquent, la réponse physiologique de la truite au cours de l’étude sera la même que celle des autres salmonidés, les résultats pourront donc être transposés chez le saumon. La truite est également un animal plus résistant aux conditions d’élevage, aux maladies, avec un taux de croissance plus élevée permettant de rester dans le cadre du développement d’un modèle de cicatrisation subclinique. Au début de l’étude les truites pèseront 85 grammes. Elles seront élevées pendant 4 semaines, puis, à 160 g les poissons seront blessés et un suivi de cicatrisation sera réalisé pendant 23 jours. Le poids final des poissons à la fin de l’étude sera de 200 g.