
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-09-19 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-391420)
4 395 larves de poissons zèbres vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures classées d’un niveau de souffrance léger à modéré. Selon les expériences, elles sont immobilisées vivantes dans un gel d’agarose, soumises à l’ablation de neurones au laser, à l’ablation chirurgicale des deux yeux, au retrait des otolithes d’une oreille ou à la destruction des cellules sensorielles de la ligne latérale par un bain de sulfate de cuivre, pour enregistrer l’activité du cerveau entier. Le porteur justifie le nombre par le fait que seule une petite proportion des larves d’élevage sert au renouvellement de la population, les autres étant utilisées puis tuées. Il affirme que la complexité du système nerveux central « ne peut être reproduite in vitro » et présente ce modèle comme un remplacement partiel de l’expérimentation sur des mammifères.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Comprendre comment le cerveau intègre les multiples informations sensorielles dans son environement afin de produire un comportement approprié est un objectif fondamental des neurosciences. La dynamique cérébrale qui sous-tend ces mécanismes d’intégration est largement distribuée à travers l’ensemble du système nerveux. Son étude requiert donc de pouvoir enregistrer à l’échelle cellulaire l’activité d’une large fraction des neurones. A l’heure actuelle, il n’existe pas de système de réseau de neurones in-vitro comparable à un cerveau entier. La compréhension de sa structure à grande échelle nécessite donc le recours à l’expérimentation animale. Nous utiliserons un organisme modèle vertébré, la larve de poisson zèbre, (Danio Rerio). Cet animal présente à l’état larvaire un ensemble d’atouts – comportements stéréotypés, cerveau de petite taille, transparence des tissus, accessibilité génétique. Cela nous permet d’utiliser des lignées exprimant des rapporteurs optiques de l’activité neuronale pour enregistrer, in vivo et de maniere non invasive, l’activite neuronale de l’ensemble du cerveau, par microscopie optique avec une résolution subcellulaire. Obtenir des données dans plusieurs régions du cerveau simultanément permet ainsi de réduire considérablement le nombre d’animaux utilisés ainsi que le nombre et la durée des manipulations de chaque animal. Au total, 4395 larves de poisson zèbre (Danio Rerio) seront nécessaires pour ce projet de 5 ans. Le stade larvaire du poisson zèbre va d’environ 3 jpf (jours après fécondation) à 21 jpf. Nou utilisons des larves âgées de 6 à 14 jours, un âge où elles sont encore relativement transparentes. Ces larves sont issues de croisements de poissons adultes dans notre animalerie. Nous manipulerons ces larves avec un soin extrême, car nos projets exigent le minimum de perturbations possible pour recueillir des données comportementales et neuronales naturelles et fiables. Notre objectif est d’utiliser ces nouvelles approches expérimentales, couplées à des méthodes de physique statistique et d’apprentissage machine. Notre but est de produire un modèle numérique de la dynamique du cerveau vertébré qui rende compte à la fois de son activité endogène et des processus d’intégration multi-sensorielle et motrice lorsque l’animal évolue dans son environnement.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’objectif est de développer un modèle d’interaction d’un vertébré avec son environnement complexe. Les bénéfices attendus sont des avances dans la connaissance scientifique sur l’intégration des stimulus multi-sensoriel et leur hiérarchisation dans la prise de décision motrice. La larve de poisson zèbre dispose par ailleurs d’un riche répertoire de comportements qui ouvrent la possibilité d’étudier les processus d’intégration sensorimotrices dans des contextes éthologiquement pertinents. Ainsi, ce projet devrait également permettre de valider l’utilisation de ce petit modèle dans le cadre du remplacement des modèles mammifères pour l’analyse des réponses sensori-motrices, tout en gardant une très grande pertinence du point de vue neuro-comportemental. Ainsi, nos données fourniront une base de données importante pour tester les modèles basés sur les circuits pour l’intégration sensori-motrice, la prise de décision et l’apprentissage multisensoriel-moteur et pour comparer l’architecture et la fonction des circuits neuronaux biologiques avec les implémentations in silico des réseaux neuronaux.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les expériences de la procédure 2 ont lieu en milieu ouvert: les larves sont libres de nager dans une cuve et leur mouvement est suivi au moyen d’une caméra. Différents dispositifs permettent de soumettre la larve à des stimuli contrôlés (visuels, acoustiques, thermiques, vestibulaires) afin de déterminer sa réponse sensorimotrice. Une larve n’est utilisée qu’une fois par expérience, cette dernière dure entre 30 min et 3h. Pour les expériences des procédures 1 et 3-8, les larves (état vigile) sont immobilisées sous le microscope dans un gel d’agarose qui les tiennent autour du tronc du corps. Nous observons le comportement (mouvement des yeux et de la queue) spontané et évoqué par des stimuli physiologiques variés (vestibulaires, visuels, thermiques, acoustiques) avec une caméra. Simultanément, nous enregistrons de façon non-invasive via des méthodes optiques l’activité neuronale du cerveau entier. Une larve n’est utilisée qu’une fois par expérience, cette dernière dure entre 30 min et 3h. Pendant l’expérience de la procédure 3, certains neurones vont être activés ou désactivés de façon non invasive avec de la lumière. Avant les expériences de la procédure 4, nous injectons un ferrofluide biocompatible de façon uni- ou bilatérale dans les vésicules otiques des larves de poisson zèbre anesthésiées. Après un à deux jours de récupération, les larves (état vigile) sont immobilisées sous le microscope dans le gel d’agarose pour les expériences. Ici le ferrofluide sert de point d’accroche pour stimuler la perception vestibulaire et les mouvements corporels compensatoires grâce à un aimant placé sous le poisson. Pendant l’expérience de la procédure 5, des neurones individuels seront sélectionnés et ensuite ciblés pour une suppression rapide par ablation via un laser . Plusieurs jours avant les expériences de la procédure 6, nous allons enlever via une intervention chirurgicale sous anesthésie les deux yeux des larves. Plusieurs jours avant les expériences de la procédure 7, nous allons inactiver avec une intervention chirurgicale une oreille. Ceci sera réalisé en enlevant les otolites avec un embout de verre fin hors de la vésicule otique sur des larves anesthésiées entre 2 et 4 jpf. Avant les expériences de la procédure 8, nous allons enlever les cellules sensorielles de la ligne latérale par un bain de 2 heures dans une solution de sulfate de cuivre de faible concentration (10 μM/L).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Pour la procédure 2 aucun effet indésirable est attendu car les larves peuvent nager librement. Pour les procédures 1 et 3-8, les larves (état vigile) sont immobilisées sous le microscope dans un gel d’agarose. Cette méthode permet une oxygénation de l’animal par simple diffusion de l’oxygène à travers la peau. L’immobilisation n’induit pas de douleur mais éventuellement du stress. Toutes les expériences sont effectuées par du personnel formé en expérimentation animale, ce qui permet de garantir de limiter le plus possible le stress. Cela est capital pour le succès des expériences dont le but est de caractériser la réponse comportementale et neuronale sous les conditions les plus naturelles possibles. Toutes les interventions chirurgicales sont exécutées sous anesthésie et la bonne récupération des larves est surveillée au cours du temps pour assurer une bonne cicatrisation et l`absence d’inflammation.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Procédure 1 – 8: euthanasie. Pour des raisons de place et de coût, il ne sera pas possible d’amener l’ensemble des individus utilisés jusqu’à l’âge adulte. En milieu naturel, seule une toute petite proportion d’individus atteint l’âge adulte, ce qui signifie que si nous ne limitons pas artificiellement le nombre d’individus la population croît exponentiellement. Ainsi, seule une petite proportion de larves sera utilisée pour renouveler la population d’adultes. Les individus qui ne sont pas utilisés pour ce renouvellement seront utilisés pour les expériences, puis mis à mort à l’issue des procédures expérimentales.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Nos études visent à comprendre comment les capacités computationnelles émergent de l’organisation à toutes les échelles du cerveau chez le vertébré. Compte-tenu de la complexité structurelle et fonctionnelle du système nerveux, une telle recherche ne peut être menée sur des modèle in vitro ou in silico. Le choix du modèle animal (Danio Rerio) permet de répondre aux contraintes physiques (taille et transparence du cerveau) et génétique (disponibilité de méthodes de transgénèse) inhérentes aux méthodes d’enregistrement et de perturbations optiques. L’utilisation de ce modèle permettra de remplacer au moins partiellement l’expérimentation sur des mammifères. La morphogénèse d’un système nerveux central complet et pleinement fonctionnel ne peut pas être reproduite in vitro, ce qui nécessite de recourir à des organismes modèles animaux pour étudier les réseaux neuronal du cerveau. Nos travaux permettrons à terme de définir des paramètre pour une modélisation in silico pour élaborer des hypothèse avant la phase expérimental ce qui permettra à réduire le nombre des animaux utilisés en expérimentation.
2. Réduction
Afin d’appliquer le principe de réduction, nous suivons les méthodes suivantes : – Pour chaque expérience, nous limitons le nombre d’animaux au minimum requis pour obtenir des résultats statistiquement significatifs. Nous intégrons cependant assez d’animaux pour ne pas risquer d’avoir à refaire l’expérience. En totale, nous utiliserons 4395 larves de poisson zèbre. – Les expérimentations sont faites de façon séquentielle ce qui permet de ne pas intégrer d’autres animaux si les résultats escomptés ne peuvent être obtenus pour des raison techniques. – Nous partageons toutes les lignées de poissons sauvages et certaines lignées transgéniques entre les projets et les équipes utilisatrices. Si possible nous partageons les pontes lorsqu’il y a suffisamment d’œufs fécondés pour une utilisation par plusieurs expérimentateurs. Nous élevons que le nombre minimal d’embryons nécessaires au maintien d’une lignée (35 adultes). La population adulte de poisons utilisée pour produire les embryons est ainsi restreinte pour limiter le nombre d’animaux mais suffisamment développée pour assurer des conditions de reproduction efficaces pour les études envisagées et optimales pour le maintien de la diversité génétique (éviter la consanguinité).
3. Raffinement
Nous nous appliquerons à réduire la souffrance, la douleur et l’angoisse des animaux. Dans toutes les expériences menées, nous suivons systématiquement les signes visibles d’un animal souffrant. Selon les procédures, ces signes peuvent être l’apparence des animaux, leur position dans l’eau, leur cinétique de nage, leur circulation sanguine, leurs battements du cœur, etc. Si des signes d’anomalie apparaissent, nous interrompons immédiatement l’expérience et procédons à une euthanasie. Concernant l’élevage, nous surveillons les conditions d’hébergement des animaux et leur état de santé (établissement des points limites). Les poissons trop vieux pour la ponte ou présentant des signes de maladie sont euthanasiés afin d’éviter tout risque de souffrance. L’hébergement est conforme à la réglementation avec un contrôle permanent et quotidien reporté sur un registre. Pour enrichissement les poissons sont maintenus en groupes de 30-40 poissons dans un régime lumière/obscurité de 12/12 heures.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le poisson zèbre (Danio rerio) est un modèle reconnu pour l’imagerie calcique des neurones. Son développement rapide, le grand nombre d’embryons synchronisés par la ponte et la diversité des lignées génétiquement modifiées disponibles en font un système de choix pour les neurosciences. La transparence et les dimensions réduites du cerveau à l’état larvaire en font un modèle pour étudier les réseaux neuronal à l’echelle du cerveau entier. Nous utiliserons des animaux adultes pour l’entretien des lignées. Toutes les expériences sur les animaux seront réalisées entre 6 et 14 jours après la fécondation (jpf). À cet âge, le cerveau est encore petit et peut être entièrement étudié par les méthodes optiques. En revanche, les systèmes nerveux moteur et sensoriel sont déjà en place et peuvent être analysés sans attendre le stade adulte (12 semaines).