
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/04/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-397776)
245 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Chaque animal subit une chirurgie cardiaque d’environ 80 minutes sous anesthésie générale pour provoquer un infarctus du myocarde, une injection de molécules testées, puis une mise à mort dans les 24 heures pour prélever le cœur. Le porteur indique qu’un infarctus massif peut conduire au décès de l’animal pendant la chirurgie et que des points limites encadrent les complications au réveil. Il affirme les modèles in vitro « inadaptés » à l’étude de ces voies de signalisation et espère reproduire par voie pharmacologique une cardioprotection qui, obtenue par conditionnement ischémique, n’est pas applicable en clinique.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La sévérité de l’infarctus du myocarde peut être réduit, expérimentalement, en réalisant de très courtes séquences « d’occlusion-désocclusion » de l’artère coronaire avant de la désocclure définitivement. Cette méthode de « cardioprotection » s’appelle le » conditionnement ischémique » et n’est malheureusement pas adapté à la clinique. Il y a donc un besoin médical à pouvoir mimer cet effet cardioprotecteur par d’autres stratégies, dont la pharmacologie. Cela nécessite néanmoins de bien comprendre les mécanismes moléculaires à l’œuvre dans la cardioprotection. Ce projet de recherche vise à identifier les mécanismes moléculaires qui participent à la modulation bénéfique de la réponse inflammatoire contrôlée par le conditionnement ischémique. En cas de réussite du projet, nous espérons identifier une nouvelle stratégie de traitement de l’infarctus du myocarde, qui puisse être transférée vers la clinique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Du point de vue clinique, l’infarctus du myocarde est encore aujourd’hui l’une des principales causes de décès dans le monde et le facteur principal de développement de l’insuffisance cardiaque dans les pays développés. Ce projet permettra d’identifier des cibles moléculaires d’intérêt visant à mimer pharmacologiquement (applicable chez l’Homme) la protection générée par le conditionnement post-ischémique (non applicable chez l’Homme) de sorte à reproduire l’effet cardioprotecteur chez le patient humain
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
L’expérimentation consiste en une chirurgie cardiaque sous anesthésie générale profonde et analgésie adaptée (durée : environ 80mn). Pour certains groupes expérimentaux, une injection intraveineuse de molécules tests non toxiques est prévue pendant la chirurgie (
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La chirurgie est réalisée intégralement sous anesthésie générale profonde et analgésie adaptée. Les conséquences directes d’un infarctus massif conduisent à un décès rapide pendant la chirurgie (sous anesthésie et analgésie). Les complications au réveil sont rares et connues et font donc l’objet d’un suivi adapté et de points limites établis en conséquence pour permettre d’interrompre l’expérimentation en cas de douleur/stress/angoisse/dommage durable que nous ne serions pas en mesure de supprimer ou soulager.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux sont mis à mort dans chaque procédure car les mesures effectuées nécessitent le prélèvement du cœur (pour les mesures de tailles d’infarctus ou les analyses du tissu cardiaque)
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Des données préliminaires obtenues in vitro ne correspondent pas du tout à ce qui est connu in vivo dans la littérature, nous laissant penser que les modèles in vitro classiquement utilisés sont inadaptés pour l’étude des voies de signalisations dans ce contexte particulier d’infarctus. Par ailleurs, Il est question dans cette étude de mesurer un effet généralisé sur tous les types cellulaires composant le tissu cardiaque. Le recours à l’animal est donc nécessaire. Néanmoins, afin de limiter l’utilisation des animaux, lors d’une partie préliminaire à ce projet, la mise au point d’analyses et la caractérisation des doses efficaces des molécules d’intérêt ont été réalisées sur cellules (ex vivo). Suite à celle-ci, une phase test a été réalisée pour vérifier l’absence de toxicité aigüe et la réalité de l’efficacité de l’injection de ces molécules d’intérêt chez les animaux. La stratégie de recherche développée par l’équipe inclue, depuis plusieurs années, la standardisation des protocoles, de sorte à pouvoir réutiliser les données dans des « méta-analyses ». Ce projet s’inscrit dans cette même stratégie.
2. Réduction
Dans le but de réduire le nombre d’animaux, les différents temps choisis pour l’infarctus seront basés sur une précédente étude mise en place au laboratoire. Les effectifs ont été calculés au plus juste (tests statistiques) pour permettre l’exploitation des résultats. Les différentes étapes se succèdent, permettant de réajuster si besoin à chaque étape en fonction des résultats de l’étape précédente (en réduisant les effectifs prévus initialement, en abandonnant la réalisation d’un groupe expérimental qui s’avèrerait finalement superflu ou en arrêtant le projet, en cas de résultats non concluants). De même, quand cela est possible, la réduction du nombre de groupes expérimentaux est réalisée. Enfin, des données obtenues lors de précédents projets seront utilisées pour éviter d’avoir à réaliser certains groupes dans ce projet. Les échantillons organiques résiduels sont conservés dans une « biobanque » (banque d’échantillons), de sorte à pouvoir être ré-exploités autant que possible, 1) pour répondre aux questions des rapporteurs validant la publication de l’article, 2) pour réaliser des tests préliminaires servant à construire de futurs projets. Deux mises au point seront réalisées dans ce projet, de sorte à augmenter notre capacité d’exploitation des prélèvements et permettre ainsi d’obtenir plus d’informations avec un nombre d’animaux restreint. Si cette approche fonctionne, elle pourra être appliquée aux futurs projets.
3. Raffinement
Pour réduire au maximum la souffrance et la douleur imputables à la chirurgie, cette dernière est effectuée sous anesthésie profonde et couverture analgésique adaptée. Une attention particulière est apportée aux soins post-opératoires des animaux. Un suivi renforcé dans les heures suivant le réveil est assuré à l’aide d’une fiche d’observation éprouvée, spécifique à cette chirurgie, consistant en la détermination d’un score de symptômes bien déterminés, dans le but d’intervenir de manière rapide et efficace, le cas échéant, en concertation avec le chef de projet et le vétérinaire référent. Le fait de réaliser les prélèvements au plus tard 24h après la chirurgie, permet de s’affranchir des complications éventuelles à long terme d’un infarctus du myocarde.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle murin d’infarctus, parfaitement maîtrisé au laboratoire, permet de reproduire et d’étudier au mieux l’infarctus du myocarde. Il a été largement éprouvé dans la littérature, et est particulièrement adapté à l’étude des voies de signalisations. C’est par ailleurs ce modèle qui a été utilisé lors de la précédente étude, sur laquelle nous nous sommes appuyés pour choisir les temps clefs d’ischémie-reperfusion. Le recours au même modèle permettra ainsi de mettre en corrélation les résultats obtenus. L’expérimentation portera sur des animaux de 8 à 14 semaines, afin de comparer les résultats avec ceux obtenus dans le laboratoire, en particulier ceux du précédent projet.