
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-456901)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de cette étude est d’analyser la connectivité entre les îles du sud-ouest de l’océan Indien et le continent africain à travers les déplacements des oiseaux marins. Nos travaux précédents se sont concentrés sur des espèces pélagiques (Sterne fuligineuse ; Onychoprion fuscatus), des espèces effectuant des migrations partielles (Noddi brun et Noddi à bec grêle), ainsi que des espèces relativement sédentaires (Sterne bridée ; Onychoprion anaethetu). Ces espèces ayant peu ou pas de contact avec les côtes africaines, leur rôle dans l’introduction de virus depuis ce continent semble limité. Dans ce projet, nous nous focalisons sur la Sterne huppée (Thalasseus bergii), qui, contrairement aux espèces précédemment étudiées, exploite principalement des habitats côtiers, en particulier dans le canal du Mozambique. Cette espèce vit fréquemment en sympatrie avec d’autres oiseaux marins, aussi bien dans les colonies de reproduction que dans les reposoirs nocturnes, augmentant ainsi les opportunités de transmission virale inter-espèces. Par ailleurs, elle a été l’une des plus touchées par les récentes épidémies de virus H5N1 HP en Afrique du Sud, confirmant son exposition à des virus influenza. Dans ce contexte, nous faisons donc l’hypothèse que la Sterne huppée aurait un rôle majeur dans l’épidémiologie des virus influenza en assurant notamment la connectivité entre les îles et le continent africain.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’originalité de notre approche réside dans la combinaison de données écologiques et épidémiologiques pour une compréhension intégrée du rôle de la Sterne huppée dans la dynamique des virus influenza aviaires. D’un point de vue écologique, nos résultats permettront d’identifier les schémas de déplacement et le comportement migratoire de cette espèce. Nous collecterons des données sur les distances parcourues, les zones géographiques occupées, ainsi que sur la direction et la fréquence des déplacements entre les îles et la côte africaine. Sur le plan épidémiologique, cette étude précisera le positionnement de la Sterne huppée en tant que réservoir potentiel du virus influenza aviaire à l’échelle régionale. Nous chercherons notamment à déterminer si la population étudiée a déjà été en contact avec des virus H5 dans le passé. Enfin, nous explorerons les échanges de virus entre espèces en élargissant les analyses sérologiques et virologiques à la Sterne fuligineuse, qui partage le même habitat sur notre site d’étude. En cas de détection de virus par PCR, l’analyse des séquences virales permettra d’identifier d’éventuels flux de gènes et échanges de virus entre espèces et zones géographiques. L’ensemble de ces résultats fournira des connaissances inédites en matière de biosécurité, essentielles pour ces territoires particulièrement vulnérables à l’introduction d’agents infectieux en raison de leurs enjeux de conservation.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Trois types de prélèvements seront effectués sur chaque animal : – Un écouvillon cloacal, réalisé à l’aide d’un écouvillon stérile (30 secondes) . – Un écouvillon oropharyngé, réalisé à l’aide d’un écouvillon stérile (30 secondes). – Une prise de sang au niveau de la veine jugulaire ou brachiale (une à deux minutes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Toutes les procédures réalisées dans le cadre de ce projet sont de classe légères. De plus, compte tenu de la durée de contention et de manipulation relativement limitée (quelques minutes), nous n’attendons pas d’effets indésirables de type perte de poids, douleur, ou encore comportement anormal. Les manipulations seront effectuées par du personnel expérimenté et selon une chronologie standardisée et assurant une durée de contention minimale (environ 5 minutes par individu). Afin de limiter le stress, des mesures de raffinement et des points limites adaptés à la manipulation d’espèces sauvages seront appliqués (stress engendré par la capture et la manipulation, stress lié à la réalisation de la procédure expérimentale, incapacité à rétablir un comportement normal suite à la capture, la manipulation ou la réalisation de la procédure expérimentale).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront relâchés sur le sîte de capture.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet porte spécifiquement sur la transmission des agents infectieux chez les espèces ciblées; elles ne peuvent donc pas être remplacées.
2. Réduction
La détection des agents infectieux dans les populations naturelles est dépendante d’une grande diversité de facteurs liés à l’hôte et à son environnement. L’estimation précise des prévalences d’animaux porteurs d’agents infectieux nécessite de tester un nombre élevé d’animaux, afin de pouvoir être validé statistiquement. Notre approche consistera à raisonner en terme de population (i.e. ensemble d’oiseaux appartenant à la même espèce, étudiés à une date donné, sur un site donné). Pour chaque population, le nombre d’animaux utilisés sera de 30 à 50 individus (selon le succès de capture), ce qui permettra d’avoir un seuil de détection acceptable d’un point de vue statistique (prévalence de 2 %).
3. Raffinement
Afin de limiter le stress, les oiseaux capturés seront mis dans des sacs de contention, à l’obscurité. Les prélèvements biologiques seront réalisés à l’abri du soleil. Les captures seront conduites en évitant les heures les plus chaudes. Nous débuterons à l’aube, pour une durée maximale de quatre heures. Des captures pourront également être réalisées en fin d’après-midi trois heures minimum avant le coucher du soleil, et aux premières heures de la nuit. Nous éviterons de manipuler des oiseaux par temps de pluie, pour ne pas altérer l’étanchéité des plumes. Pour les prises de sang, la vitesse normale de coagulation pour les oiseaux n’est pas connue mais est habituellement considérée d’une durée d’environ cinq minutes. Le stress et les températures élevées sont susceptibles d’affecter cette durée. La fin de l’écoulement sanguin sera vérifiée systématiquement avant le relâché des oiseaux. Des points limites adaptés aux oiseaux marins seront appliqués.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le projet porte spécifiquement sur la transmission des agents infectieux chez les espèces ciblées; elles ne peuvent donc pas être remplacées. Seuls les oiseaux adultes seront inclus dans l’étude (plus d’un an). Notre méthode de capture étant sélective, nous ne capturerons pas de poussins non volants (au nid), et nous pourrons également nous assurer de ne pas capturer d’individus de moins d’un an étant donné qu’ils présentent des caractéristiques morphologiques et comportementales facilement identifiables (taille des individus, couleur du plumage, dépendance alimentaire aux parents, etc.).