
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/08/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-518436)
Pour mesurer si un insecticide perturbe la formation de la myéline dans le cerveau en développement, 1 636 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Des femelles gestantes reçoivent de la deltaméthrine dans leurs croquettes du septième jour de gestation au vingt-deuxième jour après la naissance, leurs petits sont séparés d’elles vingt minutes pour être comptés et sexés, puis testés à l’âge adulte sur l’activité locomotrice pendant vingt-quatre heures, l’anxiété, les interactions sociales et la mémoire spatiale. Les descendants et les mères sont tués pour prélever les cerveaux, seules seize souris servant d’inconnues dans le test social pouvant être réutilisées ailleurs. Le porteur attend des effets modérés sur le développement cérébral et le comportement des souriceaux exposés, sans impact selon lui sur leur bien-être général, et annonce une surveillance toutes les 48 heures assortie de points limites déclenchant la mise à mort.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les troubles du neurodéveloppement tels que les déficits d’apprentissage, les troubles de l’attention et les troubles du spectre autistique touchent de nombreux enfants et représentent un problème de santé publique majeur. Souvent associés à des handicaps durables, ils sont en partie attribués à l’exposition aux polluants environnementaux durant le développement cérébral qui s’étend de la vie fœtale à l’adolescence. Parmi ces polluants, les pesticides, largement utilisés en agriculture pour améliorer les rendements et assurer la sécurité alimentaire, sont aussi couramment employés dans les habitations pour lutter contre les nuisibles. Leur usage intensif n’est pas sans conséquences pour la santé humaine et l’environnement. Des initiatives visent à réduire leur usage et à remplacer les substances les plus toxiques. Cela a conduit à une utilisation accrue d’insecticides plus récents. Ils contaminent désormais une grande partie de la population, y compris les femmes enceintes et les enfants. Certaines études indiquent un lien entre exposition précoce à ces insecticides et des troubles du neurodéveloppement, mais les mécanismes restent inconnus. Parmi les étapes clés du développement cérébral, la myélinisation est un processus par lequel une gaine riche en lipides se forme autour des fibres nerveuses. Toute perturbation de la mise en place de la myéline peut contribuer aux troubles du neurodéveloppement. Ce projet étudiera l’impact d’une exposition précoce à un insecticide récemment développé sur la myélinisation cérébrale chez la souris. Le pesticide sera administré aux souris pendant la gestation et l’allaitement par l’alimentation. Ses impacts seront évalués chez les descendants à différents stades de développement par plusieurs approches expérimentales. Ces travaux visent à mieux comprendre les effets de ces composés pour éclairer les décisions concernant la régulation des pesticides.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’utilisation croissante de certains insecticides dans l’agriculture a conduit à une exposition généralisée de la population, y compris les femmes enceintes et les enfants. C’est pourquoi il est nécessaire de mieux comprendre leurs effets possibles sur la santé, notamment pendant les périodes où le cerveau se développe rapidement. Ce projet vise à combler une lacune importante : on en sait encore très peu sur la manière dont ces insecticides pourraient perturber la formation de la myéline, une gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses et joue un rôle clé dans le bon fonctionnement du cerveau. Une myéline anormale peut contribuer à l’apparition de troubles du développement. Ces recherches permettront d’apporter de nouvelles informations sur les effets des insecticides sur le cerveau en développement. Elles aideront aussi à mieux évaluer les risques liés à ces substances et à mieux protéger les personnes les plus vulnérables comme les enfants. Enfin, les résultats pourront éclairer les décisions des autorités pour une utilisation plus sûre des pesticides.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris seront soumises à une série de tests comportementaux à l’âge adulte, répartis sur plusieurs jours. Les tests incluent l’évaluation de l’activité locomotrice (24 h), de l’exploration et de l’anxiété (environ 10 min), des interactions sociales (5 min) et de la mémoire spatiale (4 jours consécutifs de test d’environ 10 min/jour). Lors de la mise à mort, l’anesthésie et l’analgésie seront réalisées par injection sous-cutanée (moins d’une minute chacune). La perfusion intracardiaque dure environ 7-8 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les croquettes contenant le pesticide pourraient perturber la prise alimentaire et entraîner une perte de poids. Un stress pourra être engendré par la séparation des souriceaux nouveaux-nés de leurs mères pendant environ 20 minutes lors de l’étape de comptage des souriceaux, de détermination de leur sexe et d’homogénéisation des portées le jour suivant la naissance. La contention des souris pour réaliser les injections sous-cutanées pourrait également être source de stress correspondant à la durée du geste c’est à dire moins d’une minute. Chez les souriceaux exposés, des effets modérés sur le développement du cerveau sont attendus, pouvant influencer leur comportement (anxiété, mémoire, relations sociales), sans impact sur leur bien-être général ni sur leurs fonctions vitales.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de la procédure visant à vérifier l’absence de modification de l’appétit des souris nourries aux croquettes contenant l’insecticide, tous les animaux seront mis à mort et leurs cerveaux seront prélevés. Du sang sera également prélevé pour mettre au point le dosage de l’insecticide. A la fin de la procédure d’exposition pendant la gestation et l’allaitement, tous les descendants seront mis à mort et leurs cerveaux seront prélevés pour réaliser différentes analyses. Les mères seront mises à mort au moment du sevrage. Les animaux utilisés comme « souris inconnues » dans le test d’interactions sociales pourront être réutilisés dans un autre projet.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La myélinisation est un processus développemental long et complexe impliquant de nombreuses interactions cellulaires entre les différents types cellulaires cérébraux et dépendant également de facteurs circulants tels que les hormones. Pour cette raison, son étude ne peut être envisagée qu’« in vivo ». De plus, l’exposition par voie orale chez l’animal constitue à ce jour le modèle le plus pertinent pour reproduire la principale voie d’exposition chronique à la deltaméthrine dans la population humaine.
2. Réduction
Au début du projet, une première étude sera réalisée pour vérifier que la présence de l’insecticide dans la nourriture n’affecte pas l’appétit des souris. Ceci permettra d’éviter d’utiliser inutilement un grand nombre d’animaux si les conditions ne sont pas optimales. Le nombre d’animaux prévu a été calculé en fonction de notre expérience pour chaque type d’analyse prévue. Ce nombre d’animaux sera suffisant pour appliquer des tests statistiques entre les différentes conditions pour analyser les résultats obtenus. Plusieurs analyses seront réalisées à partir du même animal pour limiter leur nombre.
3. Raffinement
Les souris adultes non gestantes, les mères et les souriceaux après sevrage seront hébergés en groupes sociaux stables, afin de limiter tout stress et modification de hiérarchie. Les souris femelles utilisées présentent d’excellentes qualités maternelles, ce qui permettra de minimiser le stress et la souffrance des petits. La méthode d’exposition des animaux à l’insecticide par incorporation dans les croquettes, non invasive, ne générera pas de stress ou de souffrance. Au cours des tests comportementaux, des précautions seront prises pour minimiser le stress des animaux et assurer la qualité et l’exploitabilité des résultats, incluant des sessions d’habituation aux enceintes. En fin de protocole, les animaux seront mis à mort sous anesthésie générale et après administration d’un analgésique. Des points limites sont définis pour anticiper et prendre en charge la détresse et la douleur. Une surveillance toutes les 48h (ou 72h du vendredi au lundi), sera mise en œuvre incluant l’observation de l’apparence, de signes cliniques et du comportement des animaux. Un score sera établi pour évaluer un éventuel stress et/ou douleur et le prendre en charge de manière adaptée selon la gravité à l’aide de grilles pour lesquelles des points limites ont été définis. Si les points limites sont atteints, nous procéderons au renforcement de la surveillance ou à la mise à mort de l’animal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les souris sont couramment utilisées pour ce type d’étude. De plus, le laboratoire dispose d’une expertise spécifique sur ce modèle, ainsi que des outils nécessaires à l’étude des anomalies de la myéline. Au début du projet, des souris femelles adultes âgées d’environ 3 mois seront utilisées afin de vérifier que l’incorporation de l’insecticide dans les croquettes n’a pas d’influence sur l’appétit de souris. Ce stade a été choisi car, par la suite, les souris exposées directement à l’insecticide seront des femelles adultes gestantes d’un âge comparable. L’exposition à l’insecticide sera réalisée pendant la gestation et l’allaitement, de la 7ᵉ journée de gestation jusqu’au 22ᵉ jour postnatal. Cette période a été choisie pour cibler le développement cérébral. Elle couvre également une période critique où le cerveau est particulièrement sensible aux influences extérieures. Les stades auquels seront réalisées les différentes analyses ont été choisis en fonction des périodes auxquelles se produisent les évènements étudiés. Pendant les 3 premières semaines après la naissance, les cellules responsables de la synthèse de myéline seront étudiées. La formation de myéline sera suivie jusqu’à l’âge adulte. Enfin, des tests comportementaux seront réalisés chez les souris adultes afin d’évaluer les impacts à long terme de l’exposition pendant le développement.