
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-02-09 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-567919)
592 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dont 96 opérées sous anesthésie sans réveil et 496 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. On leur provoque une ischémie de l’intestin par chirurgie, avec ou sans reperfusion, et des injections répétées, pour étudier le rôle du GLP-1 dans la barrière intestinale et l’infarctus de l’intestin. Le porteur indique que les molécules testées réduisent la prise alimentaire et prévoit une mise à mort au-delà de 20 % de perte de poids, une partie des animaux étant tués par décapitation. Il affirme que le remplacement est « impossible » et le recours au modèle animal « indispensable » pour une approche intégrée, un biomarqueur diagnostique restant à valider.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’intestin, au-delà de sa fonction d’absorption des nutriments, constitue une formidable barrière entre le milieu externe et le milieu interne. Une perturbation de cette fonction barrière entraîne une altération de la perméabilité intestinale qui a été associée à des pathologies inflammatoires chroniques et aiguës telles que l’ischémie mésentérique aiguë (IMA). L’infarctus de l’intestin est une urgence médicale qui ne peut être diagnostiquée précocement. Il s’agit de l’évolution de l’IMA, provoquée par un apport sanguin insuffisant à l’intestin, entraînant la mort intestinale. Son taux de mortalité est de 60 à 90 % en raison de la gravité de la maladie et de l’échec d’un diagnostic rapide. Au cours des dernières années, d’importants efforts cliniques et précliniques ont été déployés pour trouver des biomarqueurs capables de prédire les dommages gastro-intestinaux avant qu’ils ne deviennent irréversibles et ne se propagent au reste du corps. A ce jour il n’existe pas de biomarqueur permettant un diagnostic précoce de l’IMA. Or un diagnostic précoce permettrait des interventions plus rapides, pouvant aboutir à : 1) éviter une intervention chirurgicale ; 2) moins de morbidité postopératoire et une survie améliorée si la chirurgie était indiquée. Cela aurait également un impact direct sur l’utilisation des ressources de santé postopératoires, tant au niveau des soins aux patients que de la prestation des services de santé. Identifier un biomarqueur spécifique de l’IMA utilisable en cas d’urgence clinique, constituerait une avancée majeure. Dans notre équipe nous avons identifié un nouveau biomarqueur sérique putatif pour l’AMI.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce travail devrait permettre de répondre aux questions suivantes : 1. Le biomarqueur sécrété lors d’une perturbation de la fonction barrière intestinale a-t-il un rôle dans cette fonction barrière. ? Si oui est-il bénéfique ou non ? 2. La sécrétion de ce biomarqueur vient il protéger les organes à distance de par ses propriétés anti-inflammatoires ? 3. Des médicaments, actuellement utilisés en clinique humaine, pourraient-ils être utilisés ou non lors de perturbation de la fonction barrière ?
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
L’ensemble des procédures décrites dans ce projet repose principalement sur des procédures chirurgicales dont l’objectif est d’induire une perturbation de la fonction barrière en réalisant des ischémies mésentériques suivies ou non d’une reperfusion. La durée minimale de la chirurgie est de 30 minutes lors d’une ischémie et 50 minutes si elle est suivie d’une reperfusion. Certaines procédures vont nécessités des injections intra-péritonéales (IP), ou des prélèvements de microgoutte de sang pour mesurer la glycémie. Ces manipulations se font soit sous anesthésie locale (prélèvement sanguin) soit sur animaux vigiles (injections IP) et ne prennent que quelques secondes quand réalisées par un opérateur maitrisant les gestes techniques ce qui sera le cas.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les expérimentations d’ischémie et ou ischémie/reperfusion de ce projet se feront sur des animaux anesthésiés et il n’y aura aucun réveil de l’animal. Les seules manipulations sur animaux non anesthésiés seront les injections intrapéritonéales des molécules pharmacologiques ou les prélèvements de micro gouttes de sang par la queue. Nous serons plus particulièrement attentifs lors des traitements chroniques de 2 semaines car il est parfaitement décrit dans la littérature que les molécules pharmacologiques utilisées réduisent la prise alimentaire. Ainsi un suivi de la masse corporelle toutes les 48h sera réalisé. Si aucun effet négatif ne sont décrits dans la littérature concernant les effets de ces molécules pharmacologiques nous seront également vigilant à tous signes susceptibles de traduire un inconfort voir une souffrance des animaux
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de chaque procédure, tous les animaux seront euthanasiés sous anesthésie afin de réaliser des prélèvements sanguins et tissulaires.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le remplacement est impossible car il s’agit d’étudier des processus physiologiques mettant en jeu une sécrétion hormonale (GLP-1) dont les effets peuvent avoir lieu localement au niveau de l’intestin lui-même mais également au niveau d’autres organes distants. Il est donc indispensable de recourir au modèle animal pour une approche intégrée.
2. Réduction
Afin de limiter le nombre d’animaux nécessaires et le nombre d’expériences réalisées sur chaque animal, nous avons adopté la stratégie suivante : – Réduire le nombre d’animaux au minimum nécessaire à une analyse statistique robuste de ces expériences à l’aide de tests statistiques adéquats. En fonction de la distribution normale ou non des données, nous utiliserons des tests paramétriques ou non paramétriques sachant qu’il y a des variations individuelles des animaux, que ce soit dans les phases d’ischémie, de reperfusion ou bien lors de l’utilisation des chambres de Ussing. . Ne sachant pas dans quel sens iront nos résultats (exemple augmentation ou diminution des paramètres étudiés) nous seront dans l’obligation de réaliser des tests bilatéraux. – L’utilisation de la décapitation par guillotine, qui nous réduit considérablement la variabilité individuelle de tous les paramètres mesurés (Sanguins : cytokines ; Perméabilité etc) et nous permet ainsi de réduire le nombre d’animaux
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés avec un enrichissement de leur milieu adapté (exemple : petit abris style tunnel, matériaux de type « Sizzle dri, pour s’isoler se cacher etc). Lors des traitements chroniques (2 semaines), ils bénéficieront d’un suivi de leur état général avec mesure de la masse corporelle toutes les 48h. Toutes les procédures expérimentales, les actes susceptibles d’entrainer une souffrance ou une douleur (exemple : injections IP) seront réalisés soit sous anesthésie générale. En cas de perte de poids des animaux supérieure à 20% en 7 jours, ou tout autre signe suggérant une souffrance de l’animal (posture, absence de toilettage, craintif, etc) l’animal concerné sera retiré du projet (euthanasie par dislocation cervicale sous anesthésie à l’isoflurane). Aucun animal ayant subi une ischémie avec ou sans reperfusion ne sera réveillé et seront tous euthanasiés encore endormis. Enfin, un nombre restreint d’expérimentateurs disposant d’une formation et d’une qualification adéquate à l’expérimentation animale interviendra dans ce projet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est utilisée car son métabolisme présente de nombreuses similarités avec celui de l’Homme, en particulier au niveau intestinal. Elle exprime les mêmes protéines. En particulier le GLP-1 suit le même comportement chez l’Homme et la Souris. De plus nous avons vérifié que ce GLP-1 était également sécrété lors des ischémies expérimentales réalisées chez l’Homme (ref). Ce modèle est largement documenté dans la bibliographie scientifique. Dans ce projet, nous travaillons sur des lignées de souris OGM présentant une délétion spécifique du gène codant pour le glucagon, Elles sont issues du fond génétique C57BL6/J. Ces souris n’ont pas un phénotype dommageable, elles se portent et se comportent bien et ont un état de santé général identique à des souris C57BL6/J non génétiquement modifiées. Les animaux seront utilisés au stade adulte à partir de 8 semaines afin de s’affranchir des effets de la puberté dans les résultats obtenus. De plus il est documenté que la fonction barrière de l’intestin évolue défavorablement avec l’âge il est donc parfaitement obligatoire de maintenir une homogénéité stricte sur ce paramètre.