
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/02/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-570177)
1 568 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles sont infectées par le virus Oropouche puis subissent des prélèvements de sang à la queue tous les deux jours et un prélèvement final avant la mise à mort, qui sert à prélever leurs organes. Le porteur indique que l’infection peut provoquer fièvre, tremblements, prostration, troubles de la motricité et perte de poids, et que chez le hamster elle tue la moitié des animaux, les souris atteignant un score défini étant mises à mort. Il reconnaît la souris comme peu sensible à ce virus et prévoit d’utiliser des lignées à l’immunité affaiblie pour rendre l’infection possible.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les Orthobunyavirus dont fait partie Oropouche sont des virus émergents très peu étudiés. Ils ont de plus la particularité de pouvoir former des virus recombinés, gagnant en sévérité ou en infectiosité. Il est alors important d’accroitre nos connaissances à leur sujet et plus particulièrement sur les mécanismes de réplication virale et d’infection. Ce projet a donc pour objectif d’améliorer les connaissances sur la pathogenèse de ce virus qui a été récemment responsable d’une épidémie en Guyane française.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices attendus de ce projet sont une meilleure compréhension du pouvoir pathogène du virus Oropouche. Ce virus étant émergent et pouvant causer des épidémies au niveau mondial il est important de développer des moyens de préventions et traitements efficaces contre ce virus. De plus, sa capacité à se recombiner pourrait donner naissance un jour à des virus plus pathogènes ou plus infectieux. Les résultats de ces recherches, intégrés dans un projet de plus grande ampleur permettront d’ouvrir la voie au développement de traitements et moyen de préventions.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Des prélèvements seront réalisés tous les 2 jours à la queue après une petite incision (volume de 30 ml) de J-1 à J15. Chaque prélèvement ne dure que quelques secondes. Un prélèvement final de 200 ml sera réalisé par voie rétro-mandibulaire juste avant le sacrifice (30 secondes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux seront infectés sous anesthésie générale afin de réduire le stress et la douleur liés à l’inoculation. L’infection des souris par des Orthobunyavirus est encore très peu décrite car souvent non sensible. Cependant, le hamster est un modèle animal sensible à l’infection. Bien que difficile d’extrapoler les symptômes d’une espèce à l’autre, on peut s’attendre chez la souris à des symptômes similaires. On s’attend alors dans le cas d’infections légères à ce que les animaux manifestent un manque d’hygiène et d’alimentation dans les premiers jours de l’infection. En cas d’infections modérées, des symptômes plus sévères peuvent apparaitre tels que de la fièvre, des tremblements ainsi qu’un état prostré. Ceux-ci peuvent également être accompagnés de troubles de la motricité et de l’équilibre ainsi que d’une perte de poids. Enfin, il a été remarqué chez le hamster que l’infection par le virus Oropouche pouvait entrainer la mort des animaux chez la moitié des animaux, les autres ne répondant pas à l’infection.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à la fin de chaque procédure car nous avons besoin de leurs organes pour étudier la physiopathologie du virus Oropouche par des techniques de biologie moléculaire, cellulaire et d’histologie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Dans un souci de remplacement, nous envisageons dans un premier temps de tester le tropisme de ces virus sur des cellules afin d’étudier le rôle joué par leurs protéines non structurales, cependant, il deviendra indispensable d’utiliser un modèle animal afin d’étudier l’infection au niveau systémique afin de mimer l’infection par un arthropode.
2. Réduction
Nous envisageons de faire une première expérience sur un petit nombre d’animaux par groupe (6 animaux des deux sexes) afin de déterminer les lignées de souris qui seront les plus sensibles. Dans le cadre de la deuxième expérience, nous prévoyons d’utiliser 8 individus par groupe, soit un sous-total (par expérimentation) de 256 individus répartis en 2 cages par groupe (4 individus par cage). En supposant un effet cage de 25 %, les effectifs proposés devraient nous permettre d’obtenir, pour chaque répétition de l’expérimentation, des résultats significatifs pour des tailles d’effet supérieures à 0.47 (effets forts à très forts).
3. Raffinement
Les animaux seront observés quotidiennement dès l’apparition d’une gêne quelconque. Nous utiliserons une grille d’évaluation de la douleur prenant en compte l’ensemble des symptômes susceptibles d’être déclarés lors de l’infection, notamment les symptômes neurologiques (grille jointe à la dap). Dès que le score atteindra 1, les animaux seront observés bi-quotidiennement. Du dietgel sera ajouté dans la cage si les animaux présentent un amaigrissement supérieur à 10% ou bien si leur mobilité diminue. Si un score égal à 2 est atteint, les animaux seront mis à mort. Des igloos en carton ou du coton seront mis à disposition dans chaque cage afin que les animaux soient dans une ambiance confortable.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est un animal de choix dans le cadre de l’expérimentation animale. Bien que ce modèle soit naturellement peu sensible à l’infection par certains Orthobunyavirus, nous estimons que l’utilisation de deux modèles d’étude devraient permettre de surmonter cet obstacle. En effet, les souris issues de croisements génétiques présentent une diversité génétique qui devrait permettre d’identifier une lignée qui sera sensible à l’infection. Le recul que nous avons à ce propos dans le cadre de l’étude de la pathogénicité des arbovirus montre en effet que certaines lignées présentent une virémie et des symptômes qui se rapprochent de ceux observés chez l’homme. Si toutefois aucune lignée ne répond de façon pertinente au virus, nous utiliserons comme alternative des souris dont la réponse immunitaire innée est invalidée (souris IFNAR-/-). Ce modèle est très utilisé dans le cadre de l’étude du pouvoir pathogène de nombreux arbovirus auxquelles elles sont très sensibles. Nous privilégierons l’utilisation de souris dont la réponse à l’interféron est temporairement invalidée par injection avant infection d’anticorps anti-IFNAR. Ces souris seront donc sensibles à l’infection mais recouvreront leur réponse immunitaire, ce qui les rendra plus résistantes aux effets pathogènes plus sévères que l’on peut observer chez les souris KO IFNAR-/-. Dans une première approche, les animaux seront utilisés à l’âge de jeunes adultes de 6 semaines. Les infections avec des arbovirus chez la souris sont en général dépendantes de l’âge et les souris plus âgées sont moins sensibles que les souris jeunes. En cas d’échec de l’infection, des animaux plus jeunes (3-4 semaines) pourront être utilisés afin de vérifier si des animaux dont le système immunitaire est moins mature seraient plus permissifs à l’infection.