Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La période de croissance juvénile, s’étendant de la naissance à la maturation sexuelle, représente une phase cruciale dans la vie des animaux, marquée par des interactions complexes entre l’hôte, sa nutrition et les bactéries de sa flore intestinale (microbiote). La sous-nutrition infantile reste un défi majeur à l’échelle mondiale, et celle-ci conduit à des altérations significatives de la flore intestinale des individus malnutris. Par ailleurs, des travaux de recherche ont démontré qu’une intervention probiotique, consistant en l’administration de micro-organismes vivants en quantités adéquates, peut partiellement atténuer les phénotypes néfastes associés à la sous-nutrition chez un modèle préclinique de rongeur. Notre objectif est d’utiliser divers modèles de souris présentant une flore intestinale définie, composée de bactéries rigoureusement caractérisées, afin d’explorer les interactions entre l’hôte, son microbiote, et les relations au sein de cette dernière au cours de la croissance juvénile dans un contexte de dénutrition. Pour ce faire, nous envisageons d’implanter différentes populations bactériennes dans des souris « stériles », dépourvues de tout micro-organismes et de comparer la dynamique de croissance de ces animaux nourris avec un régime appauvri en protéines et en graisses par rapport à des animaux ayant un régime normal. Dans un second temps, nous souhaitons caractériser l’évolution génétique de ces souches au cours d’un tel challenge nutritionnel. Ces expérimentations visent à approfondir notre compréhension des mécanismes sous-jacents permettant à la flore intestinale et à la nutrition d’influer conjointement sur la croissance juvénile des animaux.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Chez l’homme, 155 millions d’enfants sont aujourd’hui victimes de malnutrition dans le monde et la sous-nutrition chronique au stade juvénile entraîne un retard de croissance sévère et des séquelles physiologiques à long terme qui ne peuvent être corrigées par les stratégies classiques de renutrition. Des études récentes, ont établi que des composants de la flore intestinale peuvent modifier la trajectoire de croissance des animaux. Cependant, malgré les progrès récents dans l’étude des relations complexes entre la nutrition, la croissance et les microbes intestinaux, les mécanismes moléculaires à l’origine de ces bénéfices médiés par la flore bactérienne sur un hôte mammifère restent mal compris. Ici, en utilisant de nouveaux modèles de souris à flore définie, nous nous proposons d’étudier comment les constituants et les activités de la flore intestinale, associés à la nutrition, influencent la croissance juvénile. Au-delà de l’impératif d’améliorer la nutrition mondiale pour prévenir la dénutrition, concevoir des stratégies d’intervention pour remédier à ceux qui souffrent déjà de dénutrition est également un impératif urgent. Ce projet s’attaque à ce problème important et nous pensons que notre travail contribuera à l’élucidation des mécanismes moléculaires qui sous-tendent l’interaction hôte-microbes en relation avec la dénutrition.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Dans le cadre de ce projet : – 180 souris seront gavées à l’aide d’une sonde 2 fois à 48h d’intervalle. Ce geste prend une trentaine de seconde. – 268 souris seront soumise à un régime nutritionnel faible en protéines et en graisses pendant 5 semaines au maximum. Ce régime n’induit pas de sensation de faim (isocalorique d’un régime normal), ni de phénotype délétère.- Sous anesthésie générale, 160 souris auront leur taille mesurée en début et en fin de procédure sous anesthésie générale ce qui prend moins de 2 minutes et subiront deux prélevement sanguin à 15 jours d’intervalle. Ce prélevement prend de l’ordre d’une minute – 250 souris subiront un prélèvement de sang juste avant la mise à mort. – 304 souris seront pesées chaque semaine pendant 5 semaines au maximum ce qui prend environ une minute – 90 souris subiront une contention de 2 minutes maximum afin de mesurer leur composition corporelle – 36 souris seront placées seules dans une cage adaptée pour mesurer leurs dépenses énergétiques.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Ce projet ne devrait entraîner que des nuisances modérées sur les animaux : Le gavages des animaux ne devrait entrainer qu’un léger stress lié à la contention et un inconfort mineur lors du gavage. La mesure de la taille des animaux à P21 et P56 et les prélèvements sanguinss n’induiront qu’un léger stress lors de l’induction de l’anesthesie. Les pesées induiront un leger stress associé à la contention de l’animal afin de déterminer son identification. La contention pour analyse de la masse corporelle des animaux induira également un stress modéré : le temps de contention associé à la mesure est au maximum de 2 minutes Le stress associé à l’isolement des animaux en cages métaboliques restera modéré et limité au strict necessaire.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

L’ensemble des animaux mis en procédure seront mis à mort afin de réaliser des prélèvements d’organes après mise à mort.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Cette étude implique une réponse intégrée de l’organisme et de sa flore à l’ingestion de divers régimes alimentaires ce qui nécessite une étude chez l’animal. Aucun modèle in vitro ne permet de reproduire la complexité d’un organisme dans son entier et des interactions avec sa flore dans un contexte de malnutrition. C’est pourquoi cette étude nécessite d’expérimenter sur l’animal.

2. Réduction

3R / Réduction :

Le nombre d’animaux a été réduit au maximum pour permettre une analyse statistique pertinente des résultats obtenus, tout en contournant le problème de la variabilité inter-individuelle des paramètres. Dans une optique de réduction, nous allons prélever en fin de procédure, après mise à mort, l’ensemble des organes qui pourraient nous intéresser mais sur lesquels nous n’avons pas prévu de travailler pour le moment et les conserver au congélateur pour d’éventuelles analyses ultérieures. Dans la mesure du possible, les anciens reproducteurs seront utilisés dans le cadre d’autres projets ou mis à mort pour collecter des organes.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Afin de limiter les nuisances sur le bien-être des animaux au cours de ce projet expérimental, la croissance en poids sera mesurée individuellement chaque semaine afin d’identifier tout signe de souffrance que les animaux pourraient développer en cours d’expérimentation. Les animaux seront identifiés en début de procédure afin de permettre un suivi individuel de ces paramètres. La prise alimentaire sera également mesurée pour vérifier que les animaux s’alimentent correctement, et la nourriture sera mise directement dans la litière au début de la procédure expérimentale afin de faciliter l’accès aux souriceaux qui viendront d’être sevrés. Les prélèvements sanguins se feront sous anesthésie gazeuse suivi d’un point de compression jusqu’à l’hémostase complète. Tout au long des expériences, à l’exception des mesures de dépense énergétique, les animaux seront maintenus en groupes sociaux d’au moins deux individus. L’atteinte des points limites entraînerait alors la mise à mort des individus concernés. Le challenge nutritionnel réalisé a déjà été pratiqué au laboratoire et ne devrait pas apporter de souffrance animale. La contention lors la mesure de la composition corporelle est limitée au strict minimum. L’analyse du métabolisme se fera dans une cage comportant des enrichissements (morceau de bois, tube en plastique) n’interférant pas avec l’analyse.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

La souris, qui est un animal omnivore, est un modèle classique en nutrition humaine. En raison de la connaissance de son microbiote, et des modèles disponibles, il s’agit d’un modèle préclinique de choix afin d’étudier la flore dans une étude nutritionnelle. Pour l’élevage, les animaux doivent être matures sexuellement c’est pourquoi l’inoculation de la flore intestinale des animaux se fait à 8 semaines de manière à pouvoir accoupler les animaux vers 10 semaines. Pour les expériences les animaux utilisés seront suivis tout au long du challenge nutritionnel du sevrage à l’âge de 21 jours jusqu’à l’âge de 56 jours. L’objectif du projet est d’étudier les interactions entre l’hôte et son microbiote pendant la période juvénile. Pour cela, les animaux doivent être inclus dans la procédure dès le sevrage, qui est une période clé de la croissance de l’animal.