
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/11/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-629099)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La compétition spermatique in-utero est à l’origine de l’évolution du système reproducteur des mâles chez de nombreuses espèces, dont les primates. Les variations saisonnières du statut sexuel des femelles peuvent intensifier la compétition entre mâles reproducteurs. Ceci peut engendrer des variations physiologiques du système reproducteur des mâles au cours de la saison de reproduction, telles qu’une augmentation du taux de testostérone, une augmentation du volume testiculaire, ou encore la réactivation de la spermatogenèse. Plus largement, l’objectif de ce projet est de comprendre les mécanismes génétiques sous-jacents à la variation phénotypique de la reproduction saisonnière chez les primates en identifiant les gènes qui sont impliqués dans la spermatogénèse et la maturation spermatique, en particulier ceux impliqués dans des fonctions particulières telles que la réponse au stress oxydatif ou à l’immunité.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Cette étude va permettre d’augmenter la compréhension de l’impact des variations moléculaires associées à la reproduction saisonnière chez les primates, dans une approche comparative. L’espèce concernée faisant partie de la branche primitive des primates, les résultats de ce projet contribueront à clarifier les processus évolutifs qui ont contribué la régulation du système reproducteur chez l’humain. L’objectif sera ici de mettre en évidence les mécanismes moléculaires responsables de l’arrêt momentané puis de la reprise de la spermatogenèse selon la saison chez un primate saisonnier. Ceci permettra ainsi de progresser dans la compréhension de l’ensemble des nombreux contributeurs à la régulation de la fertilité chez les mâles, tels que ceux observés au niveau du système immunitaire ou encore pour lutter contre le stress oxydatif. Par ailleurs les résultats attendus ont également un intérêt biomédical, avec une transposition des résultats obtenus aux perturbations possibles des voies moléculaires impliquées dans l’altération du processus de spermatogenèse chez l’humain, qu’elles soient liées à des blessures ou des maladies et qui peuvent mener à l’infertilité.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Chaque animal du projet aura 2 prélèvements successifs, réalisés sous anesthésie générale et à 3 mois d’intervalle. Les prélèvements consisteront en une biopsie testiculaire de 1mm² réalisée avec un dispositif stérile dédié, suivie d’un prélèvement sanguin réalisé à la patte arrière de l’animal, dans la limite de 200µL maximum de sang par animal et par prélèvement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les gestes associés à cette procédure sont maîtrisés par les expérimentateurs et réalisés sous contrôle vétérinaire. Seuls les individus mâles adultes ne présentant aucune contre-indication vétérinaire et n’étant pas programmés pour contribuer à l’effort reproducteur annuel participeront à ce projet. De plus, un contrôle quotidien renforcé sera réalisé les jours suivant l’échantillonnage afin de s’assurer de la bonne cicatrisation des zones de biopsie et de l’absence d’interactions antagonistes au sein des groupes. Un enrichissement adapté et renforcé sera mis en place dans les hébergements concernés. Les produits vétérinaires utilisés dans cette procédure sont régulièrement utilisés au sein du laboratoire et les effets secondaires potentiels sont bien identifiés. Enfin, une étude pilote sur 2 animaux sera menée en amont afin de s’assurer du maintien du bien-être animal sur le long-terme et de valider la mise en place de la procédure expérimentale d’échantillonage sur la majorité des animaux (N=20) concernés par ce projet.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de l’unique procédure de ce projet qui sera appliquée 2 fois sur une durée de 3 mois, les 22 animaux du projet retourneront dans la population.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’est pas possible de remplacer l’utilisation des animaux par des méthodes alternatives compte-tenu de la nature des processus explorés. L’animal utilisé dans ce projet est un modèle particulièrement adapté à l’étude de l’influence de la saisonnalité sur la spermatogenèse chez les primates, car il est soumis à une compétition spermatique extrême lors de la saison de reproduction qui est très courte. Les mâles participent à une compétition intense pour l’accès à l’accouplement, sachant que les femelles vont s’accoupler avec plusieurs mâles lors de la période de reproduction. A cause de cette très forte compétition spermatique, les mâles ont un des plus haut ratio taille des testicules/ taille du corps chez les primates ; leurs testicules vont augmenter de 4 à 5 fois leur volume initial en préparation de la saison de reproduction. Ce processus démarre 2 à 3 mois avant l’entrée des femelles en oestrus et la spermatogenèse est totalement arrêtée au cours de la saison de repos.
2. Réduction
Nous collecterons 44 biopsies testiculaires et 44 échantillons sanguins sur 22 mâles adultes au total (phase pilote + expérimentale). Chaque mâle sera donc échantillonné à deux reprises: au cours de la réactivation de l’activité sexuelle (quelques semaines avant l’accouplement) puis lorsque l’axe reproducteur est complètement actif (pendant la période d’accouplement). Ces deux périodes de l’année correspondent à des états physiologiques, et en particulier de l’axe reproducteur, très contrastés et très bien documentés, qui supplanteront la potentielle variabilité inter-individuelle. Comme nous souhaitons réaliser du séquençage ARN sur ces échantillons, ce nombre d’individus total est conditionné par le fait qu’une analyse de puissance de l’expression génique différentielle attendue a été effectuée.
3. Raffinement
Une étude pilote va être menée sur 2 individus en amont du projet afin de valider la procédure et de s’assurer du maintien du bien-être animal après la procédure. Tous les produits vétérinaires utilisés dans la procédure sont connus et leurs effets sont maîtrisés par les expérimentateurs. Dès l’apparition éventuelle d’inconfort, ou de souffrance (absence d’alimentation, prostration, agressivité anormale, réaction à la palpation), l’animal sera sorti du projet et un suivi vétérinaire sera enclenché. D’un point de vue zootechnique, un enrichissement adapté sera développé au sein des zones d’hébergements concernées afin de limiter les intéractions antagonistes qui existent de manière naturelle entre les animaux, notamment lors de la periode de reproduction. Ainsi des cachettes supplémentaires seront ajoutées, les zones de fourragements seront multipliées et le taux d’occupation des hébéregement pourra être diminué si nécessauire.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Outre sa proximité phylogénétique avec l’humain, l’espèce utilisée dans ce projet est un modèle particulièrement adapté pour l’étude des mécanismes impliqués dans le contrôle de la reproduction, qui est saisonnière même en captivité, ce qui est rendu possible par un contrôle du régime photopériodique. Seuls des animaux mâles adultes, matures sexuellement (entre 2 et 4 ans) et n’étant pas programmés pour contribuer à l’effort reproducteur annuel seront échantillonnés. Les résultats attendus ont un intérêt biomédical, avec une transposition des résultats obtenus aux perturbations possibles des voies moléculaires impliquées dans l’altération du processus de spermatogenèse chez l’Homme, qu’elles soient liées à des blessures ou des maladies et qui peuvent mener à l’infertilité.