
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-08-29 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-722666)
L’oreille percée par une bague autoperçante et 2 mm de queue coupés le même jour, à trois semaines d’âge : 700 souris vont subir cette double intervention sur cinq ans, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Le projet ne produit aucune connaissance par lui-même, il entretient une lignée transgénique porteuse d’une forme de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, destinée à alimenter deux projets thérapeutiques déjà autorisés. Les souris qui portent la mutation développent vers cinq mois des troubles de la marche, repérés au rotarod et au test de démarche, et celles dont le génotype ou le sexe ne convient pas sont proposées à d’autres équipes avant que la mise à mort ne soit envisagée. Le porteur justifie le choix de la souris en avançant 99 % d’identité génétique avec l’être humain.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La maladie de Charcot Marie Tooth (CMT) est une maladie génétique touchant le système nerveux périphérique. Les patients souffrant de CMT présentent une faiblesse et atrophie musculaire prédominante aux membres inférieurs, des déformations squelettiques des extrémités, ce qui entraine une difficulté pour se mouvoir et pour les formes de CMT les plus sévères, la nécessité d’un fauteuil roulant. Contrairement à la maladie de Charcot (ou sclérose latérale amyotrophique), la CMT ne réduit pas l’espérance de vie des patients, mais affecte fortement leur qualité de vie. Une des formes les plus fréquente de CMT est la forme CMT2A. Afin de mettre au point des thérapies permettant dans le futur un traitement pour cette maladie incurable, cette pathologie est modélisée chez l’animal par des souris transgéniques surexprimant le gène muté de la CMT2A, qui présentent un phénotype dommageable à caractère léger. En effet les premiers défauts locomoteurs mesurés par leur capacité à se maintenir sur une roue tournante, apparaissent autour de 5 mois et ne s’aggravent pas avec l’âge. Ce projet a pour but d’établir le maintien de cette lignée en animalerie de production à statut sanitaire contrôlé. Cette lignée est ensuite utilisée dans une animalerie expérimentale pour la mise en place de projets de thérapie, précédemment autorisés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La caractérisation et le maintien de la lignée de souris CMT2A nous permet de mieux comprendre la maladie de Charcot-Marie-Tooth et de mener par la suite des projets à visée thérapeutique pour cette maladie incurable.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à un processus d’identification par bague qui nécessite de percer l’oreille par des bagues autoperçantes, suivi d’une biopsie via la prélèvement d’un petit morceau (2mm) de l’extémité de la queue, à 3 semaines.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sont liées à la biopsie pour le génotypage et à l’identification par bague qui nécessite respectivement de couper l’extrémité de la queue et à percer l’oreille au moment du sevrage à 3 semaines. Les nuisances sont également liées au développement d’une neuropathie légère qui se manifeste par des défauts locomoteurs, détectés par le test rotarod et le test de démarche gait, autour de 5 mois et qui ne s’aggravent pas avec l’âge.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux n’ayant pas le génotype ou sexe adéquat, seront proposés à d’autres utilisateurs pour reproduction et en dernier recours seront euthanasiés.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il est difficile d’accéder aux cellules de patients du système nerveux périphériques (neurones moteurs et sensitifs et cellules de Schwann). Les neurones moteurs et sensitifs de patients peuvent être différentiés à partir de cellules pluripotentes humaines induites et constituer ainsi un modèle humain de la pathologie CMT pour les formes axonales. Nos données préliminaires ont déjà montré un effet bénéfique de thérapie génique sur un modèle in vitro de la CMT2A. Néanmoins le passage in vivo via l’étude du modèle souris est une étape indispensable pour établir la preuve de concept et la mise au point de la dose du traitement, sa biodisponibilité, afin d’envisager par la suite un essai thérapeutique chez l’homme.
2. Réduction
Le nombre d’animaux a été limité au minimum nécessaire (700 sur 5 ans) pour assurer le maintien de la colonie en statut sanitaire contrôlé et générer les souris mâles reproducteurs nécessaires aux deux projets en cours et validés. Dans ce projet, nous génotyperons tous les animaux, à savoir 700 animaux sur 5 ans. Les femelles hétérozygotes et animaux de génotype sauvage, non utilisés dans des accouplements de ce projet, seront mis à disposition d’autres équipes, avant d’envisager la mise à mort des animaux. Les mâles reproducteurs utilisés pour les projets expérimentaux seront ensuite transférés pour les croisements nécessaires aux projets précédemment validés dans une animalerie conventionelle.
3. Raffinement
Afin d’améliorer le bienêtre animal au cours de notre étude, les besoins physiologiques des animaux seront respectés (nourriture à volonté, enrichissement, stabulation en petit groupe). Les souris seront stabulées par petits groupes de 3 à 5 dans des cages dont l’environnement est enrichi à l’aide de maisonnettes en carton. Nous nous assurerons de diminuer le stress des souris en les manipulant en coupe ou en tunnel. Le maintien de lignée est réalisé dans un établissement utilisateur agrée et les souris seront manipulées et suivies par du personnel compétent. Les animaux seront hébergés dans des salles dont les paramètres d’ambiance sont controlés.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris reste un des modèles les plus aisés à modifier génétiquement et proche de l’homme (99% d’identité génétique). Elle est l’espèce la plus utilisée pour modéliser des maladies neurodégénératives ou neuromusculaires telles que la CMT. Elles développent la plupart du temps des anomalies observées chez l’homme et ont permis de mieux comprendre les mécanismes cellulaires sous-jacents à ces pathologies. Dans notre cas, la lignée utilisée reproduit une partie des anomalies histologiques et comportementales observés chez ces patients telles qu’une dénervation musculaire, et des défauts locomoteurs tardifs. Pour les accouplements, les animaux seront utilisés entre 8 et 16 semaines afin d’optimiser les conditions de reproductions favorables. Les souriceaux seront sevrés et biopser à 3 semaines.