
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 13/07/2022
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-724227)
265 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Porteuses de glycogénoses de type I ou III, elles suivent trois mois un régime induisant une fibrose du foie, avec prélèvements sanguins mensuels, avant une chirurgie de perfusion du foie menée sous anesthésie sans réveil. Le porteur indique que ces souris risquent des hypoglycémies pouvant être fatales, contrôlées par une surveillance et des apports de glucose. Il affirme que ces tumeurs et cette pathologie hépatique ne peuvent se reproduire en culture cellulaire et exigent l' »organisme en entier ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le carcinome hépatocellulaire est le cancer primitif du foie le plus fréquent. Son développement est souvent associé à une accumulation de graisses dans le foie (stéatose), qui peut évoluer vers une une cirrhose du foie. Cependant, dans certains cas, ces tumeurs se développent en absence de signe de fibrose (accumulation de fibres de collagènes) ou de cirrhose, en particulier dans des maladies métaboliques comme l’obésité. De façon intéressante, le développement de tumeurs hépatiques est aussi observé chez les patients atteints de glycogénose de type I (GSDI) ou de type III (GSDIII), deux maladies métaboliques rares. Dans ces deux pathologies, une perte ou une diminution significative de la production de glucose par l’organisme entre les repas ou lors de période de jeûne mène à des hypoglycémies (faibles taux de sucres dans le sang) et à l’accumulation de glycogène (stock de sucre) dans le foie menant à des foies anormalement gros chez le nouveau-né. Les hypoglycémies peuvent entrainer des convulsions, voir un coma ou être fatales en l’absence d’un contrôle très précis de l’alimentation des patients (apport régulier de sucres à digestion lente ou un resucrage rapide lors d’une baisse importante de la glycémie). Ces maladies se caractérisent aussi par le développement de complications hépatiques importantes, avec en particulier le développement de tumeurs hépatiques. De façon intéressante, la comparaison de ces deux maladies a montré des différences importantes de la progression tumorale, avec la présence ou l’absence de graisses dans le foie, associée ou non à une inflammation du foie et d’une fibrose. Dans ce projet, nous caractériserons le rôle de la réaction inflammatoire et du développement de la fibrose qui sont classiquement associés à l’apparition de tumeurs hépatiques. En effet, les cellules immunitaires jouent un rôle central dans le développement inflammatoire et tumoral. Pour cela, nous caractériserons l’environnement immunitaire des foies de souris atteintes de GSDI ou de GSDIII, en comparaison avec des souris saines (contrôles). Les différentes cellules du foie seront isolées et purifiées à un stade précoce de la maladie, avant le développement tumoral. Ce projet devrait permettre de mieux définir les mécanismes moléculaires du développement tumoral en lien avec la présence ou non d’inflammation et de fibrose hépatique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
A terme, ce projet devrait permettre de mieux caractériser l’importance de la réaction immunitaire et l’initiation du développement de fibrose dans le développement de la pathologie hépatique et la tumorigenèse dans le cadre de deux maladies métaboliques que sont la glycogénose de type I et la glycogenénose de type III. La comparaison de ces deux pathologies pourra aussi éclaircir les mécanismes moléculaires impliqués dans la tumorigenèse hépatique liée à l’obésité ou d’autres maladies métaboliques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux atteints de GSDI ou GSDIII seront soumis pendant 3 mois à un régime connu pour induire une fibrose hépatique. Des prélèvements sanguins sur animaux vigiles seront réalisés en veine submandibullaire tous les mois. En fin d’étude, les animaux subiront une chirurgie sans réveil avec perfusion du foie pour dissocier et isoler les différentes cellules du foie qui doivent être ensuite analysées.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Ce projet concerne deux pathologies caractérisées par le développement d’hypoglycémies lors de jêunes courts (entre les repas) et par des atteintes hépatiques menant au développement de tumeurs du foie. Nous disposons de modèles de souris viables atteintes de GSDI et de GSDIII et qui reproduisent toute la pathologie hépatique observée chez l’homme. Sans contrôle nutritionnel strict, les hypoglycémies peuvent être fatales et mener à la mort. Afin d’éviter la mort des animaux atteints de GSDI, la délétion du gène qui est muté chez les patients a été induite uniquement dans le foie des souris, ce qui permet d’éviter les hypoglycémies au cours d’un jeûne grâce à la production de glucose par les reins et l’intestin. Cependant, ces souris peuvent développer des hypoglycémies car elles ne peuvent pas utiliser leur stock de sucres accumulé dans le foie. La connaissance du modèle animal a permis de définir des points limites, en contrôlant les risques d’hypoglycémies. Pour cela, des croquettes sont accessibles aux souris directement dans la cage pour leur éviter la perte d’énergie nécessaire pour atteindre les mangeoires. De plus, dès qu’un animal ne réagit pas à un stimulus, il est injecté avec une solution de glucose (sucre), ce qui permet d’augmenter instantanément sa glycémie. Les souris atteintes de GSDIII présentent des glycémies plus faibles que les souris contrôles mais ne développent pas d’hypoglycémie fatale car elles sont capables de produire du glucose par une autre voie que la dégradation des stocks de glycogène du foie. Ces souris sont invalidées pour le gène muté chez les patients dans tous les tissus ; elles présentent donc aussi une accumulation de glycogène au niveau des muscles, entrainant une faiblesse musculaire mais qui n’a pas d’impact sur la mobilité des souris. Même si aucun phénotype musculaire délétère n’a été rapporté à l’âge de 3 mois, de la nouritture est aussi accesible directement dans la cage afin de limiter les efforts musculaires pour atteindre les mangeoires. Ces deux modèles de souris développent autour de 15 mois des tumeurs hépatiques ce qui ne constitura pas un point limite dans ce projet puisque les procédures seront limitées à 3 mois.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour prélèvement du foie par une méthode éthiquement autorisée. Les cellules immunitaires du foie seront isolées pour des études moléculaires afin de caractériser leur implication dans le développement de la pathologie hépatique des glycogénoses de type I et de type III.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Aucune approche en culture cellulaire ne permet de développer les tumeurs et les caractéristiques de la pathologie hépatique des glycogénoses. Notre étude nécessite donc de travailler sur l’organisme en entier pour conserver le développement de ces tumeurs qui requière un dialogue complexe, entre divers types de cellules hépatiques, mais aussi avec d’autres organes du système immunitaire.
2. Réduction
Le nombre de souris a été calculé au plus juste à partir des connaissances des pathologies étudiées, des modèles animaux, et du métabolisme, mais aussi des résultats d’études précédentes ayant permis de valider la preuve de concept. Afin de pouvoir faire une analyse statistique, des groupes de 10 souris seront analysés. Au total, ce projet réalisé sur 3 ans nécessitera l’obtention de 265 souris (mâles ou femelles) transgéniques et contrôles, sans compter les souris d’élevage qui ne développent pas de pathologie. Un lot d’animaux sera dédié à la validation de l’isolement et la purification des cellules immunitaires obtenues après perfusion de foie et cytométrie de flux. Le nombre exact d’animaux atteints de GSDI ou GSDIII sera ajusté après l’étude de ce premier lot d’animaux en comparaison avec des souris non malades.
3. Raffinement
Afin d’éviter la mort précoce des animaux atteints de GSDI, la pathologie a été induite uniquement dans le foie des souris ; ceci permet d’éviter les hypoglycémies au cours d’un jeûne long grâce à la production de glucose par les reins et l’intestin. La connaissance des modèles animaux a permis de définir des points limites, en contrôlant les risques d’hypoglycémies et en limitant les efforts des souris pour trouver de la nourriture. Pour cela, des croquettes sont accessibles aux souris directement dans la cage. Un suivi de glycémie sera aussi réalisé si un animal est retrouvé prostré dans une cage, et ne répondant pas ou peu au stimulation du zootechnicien. En cas d’hypoglycémie (glucose inférieur à 30-40 mg/dL), la souris sera injectée avec une solution de glucose et une partie de sa cage sera placée sur une plaque chauffante afin de maintenir sa température corporelle. Les souris seront hébergées par groupe, dans un milieu enrichi pour favoriser la nidation et des morceaux de bois seront ajoutés car la nourriture utilisée pour induire la fibrose est riche en graisses et est molle. L’ajout de graisse à cette nourriture permet d’éviter la perte de poids des animaux. Les animaux seront pesés de façon hebdomadaire pour suivre leur prise de poids. De plus, l’état de bien-être sera évalué quotidiennement par l’observation des signes physiologiques (perte de poids, aspects du pelage, mouvement/posture de la souris, morsures…). En cas de petites plaies causées par les souris, une crème à base de teintures mères et d’huiles essentielles naturelles aux propriétés cicatrisantes et antispetiques sera systématiquement appliquée par les zootechniciens en charge du suivi du bien-être animal. Les souris seront mises à mort à la fin du protocole ou lors de l’atteinte d’un point limite défini dans le projet selon les méthodes autorisées par la législation. Avant la chirurgie réalisée pour prélever le foie, les souris sont traitées avec un analgésique pour éviter la douleur liée à la perfusion du foie. La chirurgie est réalisée sous anaesthésie profonde, et l’animal est mis à mort sans réveil.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Souris (Mus musculus) En ce qui concerne la production de glucose par l’organisme, les études réalisées sur des vertébrés inférieurs tels que le poisson montrent que les régulations observées ne sont pas les mêmes que chez les mammifères. Les expériences seront donc réalisées avec des modèles animaux dont les systèmes de régulation sont semblables à l’homme et qui reproduisent toute la pathologie hépatique observée chez les patients. Par ailleurs, le modèle murin est compatible avec une étude en laboratoire en raison de sa petite taille, de sa manipulation aisée et des nombreux outils d’analyse disponibles (anticorps, kits biochimiques…). Les protocoles seront réalisés avec des souris adultes âgées de 3 mois.