
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 19/11/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-732996)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le cancer reste un défi majeur en France, avec environ 370 000 personnes traitées par chimiothérapie chaque année. Bien qu’efficace, cette approche peut entraîner des thrombopénies (diminution du nombre de plaquettes) induites par chimiothérapie (CIT), une complication sérieuse pouvant retarder les traitements et affecter les chances de guérison. Le carboplatine, utilisé contre les tumeurs solides, est particulièrement connu pour sa toxicité sur la moelle osseuse, provoquant une baisse importante des plaquettes sanguines. L’enjeu principal est de déterminer le schéma thérapeutique optimal pour gérer cette toxicité médullaire. La production de plaquettes est assurée par les mégacaryocytes de la moelle osseuse. Cependant, on ignore encore l’impact précis du carboplatine sur les mégacaryocytes, en particulier dans les cas où la chimiothérapie entraîne de graves perturbations de la moelle osseuse. L’objectif de cette étude est d’analyser de manière qualitative et quantitative l’état fonctionnel des mégacaryocytes de la moelle après traitement au carboplatine. Pour cela, nous utiliserons un modèle préclinique murin mimant la CIT. Cette approche nous permettra de suivre en temps réel la dynamique de libération des plaquettes, tout en surveillant la numération plaquettaire pour corréler la gravité de l’hématotoxicité avec les thrombopénies dose-dépendantes. Nous comparerons également différents schémas d’administration : trois cycles de faibles doses hebdomadaires versus deux cycles de fortes doses toutes les trois semaines. Cette démarche nous aidera à adapter nos modèles précliniques aux réalités cliniques, tenant compte du fait que la fréquence et la gravité de la toxicité peuvent varier selon l’intensité du traitement antérieur. Enfin, le plasma sera prélevé à la fin de chaque cycle pour rechercher des biomarqueurs prédictifs qui pourraient servir à identifier les individus à risque de développer une thrombopénie sévère.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les retombées de ce projet sont cognitives et cliniques. Cette étude permettra de mieux comprendre l’impact d’une chimiothérapie sur la moelle osseuse et donc sur la production de plaquettes. Une thrombopénie est un réel frein au traitement des cancers puisque la seule prise en charge actuelle est de décaler le traitement de chimiothérapie, nuisant ainsi à l’efficacité du traitement anti cancéreux.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– injection en cinétique d’une molécule de chimiothérapie sur animaux vigiles, soit une dose faible 1 fois par semaine 6x ou une dose plus forte 1 fois toutes les 3 semaines 2x – prélèvement de sang à la queue sous anesthésie gaz 5minutes : 6 x – temps de saignement à la queue sous anesthésie gaz 1x 30 minutes – anesthésie profonde par injection 1x 20 minutes – chirurgie pour un prélèvement à l’aorte abdominale sous anesthésie profonde 1x 20minutes
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
– En ce qui concerne les traitements de perte de plaquettes induite par la chimiothérapie (CIT), les souffrances infligées aux animaux sont légères, la thrombopénie induite est certes notable mais non impactante pour des souris en élevage, nous anticipons malgré tous des risques de saignements potentiels en cas de bagarre par un enrichissement supplémentaire et un suivi rigoureux. – Nous prenons en compte le stress généré par les manipulations et contentions répétées et classons la procédure en modérée. – Risque de douleurs et infections sur les zones d’injections ainsi que la section de la queue pour la numération sanguine.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue de chaque procédure. Nous prélevons systématiquement des tissus post mortem en vue d’analyses d’imagerie de pointe pour compléter l’étude, et ce afin de limiter le nombre d’animaux utilisés.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les expériences nécessitent un animal adulte vivant, car elles posent la question du fonctionnement du système hématopoïétique in vivo dans sa totalité, en faisant appel à une multitude de cellules qui interagissent dans toute la complexité du vivant et en particulier la circulation sanguine. En particulier, l’intravasation met en œuvre simultanément des interactions entre les mégacaryocytes (MKs), les vaisseaux et la circulation sanguine. Ces évènements sont intégrés et demandent à être étudiés sur l’animal. Il s’agit d’étudier la capacité des mégacaryocytes à franchir une barrière vasculaire dans des conditions où le microenvironnement natif est fortement perturbé par une chimiothérapie. Des expériences préliminaires réalisées in vitro, sur des MKs cultivés dans des inserts, indiquent que ces cellules ne franchissent pas naturellement une membrane poreuse (même en présence de chimiokines).
2. Réduction
Pour le dosage plasmatique des marqueurs de prédiction de la thrombopénie peut être réalisé sur le sang d’une seule souris pour chaque point de cinétique, c’est-à-dire 26 points donc 26 souris (répété 3x = 7 selon nos calculs statistiques). Il est prévu une seule cinétique témoin avec le véhicule NaCl de 26 souris qu’il n’est pas nécessaire de reproduire statistiquement. Par ailleurs nous prélevons le maximum de tissus sur les animaux post mortem (imagerie) afin de limiter leur nombre.
3. Raffinement
Les expériences seront raffinées afin de limiter l’angoisse, l’inconfort, le stress et la douleur associés aux procédures expérimentales. Les moyens de raffinement des expérimentations sont les suivants : – Pendant l’hébergement, les animaux sont élevés en groupe dans un environnement calme et non stressant et privilégié avec un minimum de manipulation. Le milieu est enrichi avec de la frisure de papier, des carrés de cellulose et des bâtonnets de coton afin de permettre aux souris de confectionner leur nid et structurer leur environnement. Des croquettes sont déposées sur le fond de la cage pour favoriser le comportement de fouissage. Les prélèvements de sang à la queue seront réalisés sous anesthésie gazeuse, nous appliquerons un tampon hémostatique pour arrêter le saignement avant de replacer l’animal dans sa cage. A la fin de l’expérimentation, les animaux sont sacrifiés avant leur réveil. Une fiche de suivi avec les points limites définis sera mise en place afin de pouvoir contrôler l’état des animaux tout au long du protocole expérimental. Quand un score de 2 est observé, la souris est mise à mort. Quand un score de 1 est observé, une attention particulière est apportée à l’animal et une décision est prise : augmentation de l’enrichissement, soins. Concrètement, lors de la surveillance quotidienne des animaux, nous observerons attentivement l’aspect des souris pour s’assurer de l’absence de signes extérieurs d’infection tels que des lésions cutanées ou des écoulements nasaux ou oculaires. Une attention particulière sera apportée au niveau des sites d’injection des substances pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infections. Pour limiter au maximum l’agressivité, les animaux restent entre individus issus de la même cage d’origine avec un enrichissement accru.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est largement utilisée pour étudier et modéliser la biologie et la physiologie humaine. De nombreux outils ont été développés pour suivre chez cet animal la production des plaquettes sanguines à partir de leur précurseurs les mégacaryocytes (ex : anticorps, souris génétiquement modifiées, suivi en imagerie intra vitale). La connaissance de la souris et notre expertise d’imagerie adaptées à cette problématique conduisent à choisir cet animal pour l’étude. Par ailleurs la souris est un mammifère qui, par expérience, supporte bien les traitements de CIT (limités à quelques jours et à des doses d’injections faibles basées sur la clinique), et présente une thrombopénie proche de celle des patients humains dans les conditions de chimiothérapies. C’est également un animal indiqué pour le suivi des traitements pharmacologiques en général. Les expériences ne demandent pas de stade de développement particulier, nous utiliserons des souris adultes entre 8-18 semaines.