Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Les troubles mentaux liés au stress représentent des conditions souvent chroniques, particulièrement prévalentes et incapacitantes. La dépression, en particulier, est l’une des principales causes de morbidité dans le monde, produisant les coûts socio-économiques associés à la santé parmi les plus importants. Si les interventions pharmacologiques peuvent être bénéfiques, une part significative des patients (30 à 40%) sont résistants à ces traitements. Du fait de la grande hétérogénéité nosographique de la dépression et des profils de réponse aux traitements très variables, il est urgent de développer des biomarqueurs permettant la compréhension des mécanismes de résistance aux traitements. Dans ce cadre, les récepteurs de la sérotonine 5-HT4 présentent un grand intérêt pour affiner le diagnostic, le développement de thérapies innovantes ainsi que leur suivi. Ce projet vise donc à évaluer précisément la pertinence du récepteur 5-HT4 en tant que biomarqueur et cible thérapeutique dans les troubles dépressifs. Ainsi, après avoir développé un radiotraceur fluoré qui permettra de quantifier in vivo l’expression du récepteur 5-HT4, notre objectif sera de tester le potentiel du radiotraceur du récepteur 5-HT4 en tant que biomarqueur de vulnérabilité, d’état et/ou de réponse au traitement dans le modèle de dépression, le stress de défaite sociale (SDS) chez la souris, grâce à l’imagerie longitudinale in vivo par tomographie par émission de positons (TEP) et à une cartographie à haute résolution post-mortem de l’expression cérébrale du récepteur 5-HT4 avec un microscope scanner de lames. En combinant chez la souris des marquages immunofluorescents et l’hybridation in situ, nous décrirons le profil d’expression à l’échelle cellulaire et anatomique du récepteur 5-HT4, pour l’instant peu connue, ainsi que les changements qualitatifs et quantitatifs associés au modèle. Ces objectifs vont donc définir précisément si les profils d’expression du récepteur 5-HT4 peuvent représenter dans le modèle (a) un marqueur prédictif de vulnérabilité, (b) un marqueur d’état dépressif et/ou (c) un marqueur de réponse au traitement, apportant ainsi des connaissances primordiales pour le raffinement d’outils thérapeutiques ciblés et l’utilisation du traceur en clinique.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

La modulation du système sérotoninergique demeure la première cible thérapeutique dans la dépression. Cette efficacité est cependant relative et imparfaite. Une hypothèse majeure pour expliquer cette variabilité d’efficacité thérapeutique est la grande complexité des différents récepteurs cellulaires de la sérotonine, avec 14 sous-types de récepteurs, des localisations cérébrales différentes, et des effets antagonistes en fonction du sous-type de récepteur. Un certain nombre d’études a récemment mis en avant que le récepteur 5HT4 pourrait avoir un rôle déterminant dans l’action antidépressante. Cependant, ces études n’ont pas été réalisées sur des modèles comportementaux pertinents, aucun marqueur moléculaire du récepteur 5HT4 cliniquement viable n’est disponible chez l’homme, et la cartographie cellulaire de ce récepteur est très mal caractérisée. Les bénéfices de ce projet seront donc multiples, il permettra 1) de valider le développement d’un radio ligand spécifique du récepteur 5HT4 chez l’animal, étape nécessaire avant son déploiement chez l’homme, 2) de préciser le potentiel du récepteur 5HT4 comme marqueur de la vulnérabilité au stress, 3) préciser les effets du stress sur l’expression de ce récepteur, 4) étudier comment l’expression de ce récepteur est affectée par mais également prédictive de la réponse thérapeutique à un antidépresseur. A long terme ce projet aboutira donc sur des connaissances fondamentales avec une translation possible directe vers la clinique.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Mise en contact de souris expérimentales mâles et femelles avec des souris dominantes pendant 5 à 10 minutes par jour pendant 10 jours (Defaite sociale) 8 tests comportementaux seront réalisés à 2 reprises par animal (avant et après traitement), et chacun dure entre 5 ou 30 minutes suivant le test. Un traitement antidépresseur sera administré par voie orale 1 fois par jour pendant 5 semaines. Les souris seront anesthésiées par voie respiratoire pour les imageries TEP qui durent environ 60 minutes. A la fin de la procédure, les souris pourront ensuite être perfusées sous anesthésie générale ce qui entrainera leur mort.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Modèle de stress sociale : Le risque principal de ce modèle est un stress et dominance physique sur la souris lors de l’interaction avec une souris dominante (En cas de blessure, la souris est prise en charge par les expérimentateurs) Nous attendons également des répercussions psychiques et observables sur le comportement de la souris et permettant de modéliser la dépression : Augmentation des comportements de type évitement social et anxiété, persistance tout au long du protocole et quelques semaines après la fin. Perte de motivation ou plaisir, altération du poids et troubles du sommeil.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux seront euthanasiés à l’issue des procédures et leur cerveau sera prélevé pour des études ultérieures

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

A ce jour, aucune méthode in vitro n’est disponible pour répondre à la problématique posée. Le stress chez l’animal, comme modèle de pathologie psychiatrique humaine, repose sur l’observation du comportement de l’animal vivant. L’étude de la réponse cérébrale et comportementale nécessite également l’utilisation d’animaux

2. Réduction

3R / Réduction :

Les effectifs sont calculés et optimisés de manière à utiliser un minimum d’animaux tout en conservant une grande puissance statistique. Il faut également que la taille d’effectif soit suffisante pour tenir compte de la variabilité inter-individuelle.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les conditions d’élevage seront optimales au regard des normes en vigueur avec enrichissement du milieu (papier absorbant, cabanes et/ou tubes). Les animaux sont hébergés une semaine avant l’initiation des expériences. Des habituations à la pièce d’expérimentation d’au moins une heure sont réalisées avant les tests comportementaux pour diminuer le stress des animaux. En cas de blessure, les animaux recevront un traitement analgésique jusqu’à la disparition des signes de douleur. En cas d’hypothermie, chaque animal est placé sur une couverture thermorégulée pour éviter toute hypothermie. Une surveillance accrue est réalisée pour suivre chaque souris montrant des signes de mal-être et intervenir si nécessaire (injection de serum physiologique pour l’hydratation, nourriture appétente). Les expérimentateurs sont experts dans la préhension et la contention des souris, et sont soucieux d’éviter tout stress inutile lors de la réalisation des procédures. Des points limites gradés sont appliqués : les animaux surveillés sont pesés et auscultés quotidiennement. La décision d’euthanasie est prise s’il n’y a pas d’amélioration au bout d’une semaine. Dans ce cas, une euthanasie sera réalisée afin d’éviter toute souffrance supplémentaire. La neuroimagerie TEP est une méthode de nécessitant pas de mise à mort des animaux, c’est une méthode idéale permettant un suivi longitudinal et une réutilisation des animaux dans une autre expérience. Cette procédure est intégralement réalisée sous anesthésie afin de diminuer le stress que pourrait engendrer le dispositif. De plus, cette procédure est réalisée en collaboration un personnel hautement spécialisé dans l’imagerie TEP sur petit animal

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Le choix de la souris est un modèle pertinent pour notre problématique. L’étude du cerveau de la souris s’avère être un modèle très puissant pour l’étude des fonctions cognitives, troubles mentaux du cerveau humain. En effet, il y a une grande homologie génétique dans le développement du cerveau, se traduisant également par une analogie des aires cérébrales et des mécanismes neurobiologiques. Dans cette étude nous utiliserons de souris adultes.