
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/11/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-808739)
La queue sectionnée, le saignement mesuré pendant une trentaine de minutes sous anesthésie, puis l’abdomen ouvert pour ponctionner l’aorte : 128 souris drépanocytaires vont être utilisées dans des procédures menées sous anesthésie, tuées avant tout réveil. Une injection est pratiquée sur animal vigile entre ces deux temps. L’objet déclaré est de comprendre comment la drépanocytose dérègle la production et l’activation des plaquettes sanguines, une piste vers de nouveaux traitements. Le porteur indique que la ponction à l’aorte prélève un volume de sang incompatible avec le maintien en vie, et que les souris utilisées pour le temps de saignement ne sont pas réveillées non plus parce que leurs organes sont récupérés.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de notre étude porte sur la compréhension des mécanismes qui gouvernent la production de plaquettes sanguines ainsi que les fonctions des plaquettes en cas de drépanocytose une maladie génétique héréditaire qui affecte la fonction des globules rouges du sang. En effet, dans la drépanocytose, la production excessive des plaquettes sanguines et leur activation anormale augmentent la survenue d’occlusions des vaisseaux, une complication majeure de cette pathologie. Les plaquettes activées favorisent alors la formation d’agrégats (caillot) avec les leucocytes et les globules rouges drépanocytaires, aggravant l’occlusion des vaisseaux. Actuellement, la prise en charge des patients atteints de drépanocytose repose sur la transfusion sanguine pouvant entrainer des effets secondaires tels que des réactions immunitaires pouvant mettre en jeu la vie des patients. Comprendre comment les plaquettes sont produites et par quels mécanismes et comment cette pathologie impacte les fonctions des plaquettes est important pour trouver de nouveaux traitements pour cette pathologie.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Cette étude devrait nous permettre de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la production de plaquettes et les fonctions des plaquettes lors de la drépanocytose afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques qui pourraient améliorer la prise en charge des patients atteints de drépanocytose.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une section de la queue pour un temps de saignement dont la procédure dure 30 minutes environ (animal anesthésié), à une injection (animal vigile) qui prend environ 1 minute, puis à un prélèvement de sang terminal nécessitant l’ouverture de l’abdomen (animal anesthésié) qui prend quant à lui environ 5 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les complications attendues peuvent être un impact de l’anesthésie sur le rythme respiratoire (irrégulier ou apnée) et un risque de saignement au site d’incision lors du prélèvement de sang.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Le prélèvement à l’aorte est un prélèvement terminal car la quantité de sang prélevée est très importante et non compatible avec un maintien en vie des animaux. Les animaux utilisés pour le temps de saignement ne seront pas non plus réveillés car ils seront utilisés pour récupérer les organes et observer l’impact de la drépanocytose.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les différentes étapes de la formation des plaquettes sanguines ne sont pas suffisamment caractérisées chez l’homme alors qu’elles le sont dans le modèle murin. En effet, si certaines cellules souches peuvent être utilisées pour reproduire des mutations retrouvées chez l’Homme, les techniques de culture cellulaires actuelles ne sont pas encore suffisamment efficace pour réaliser des études approfondies de la formation des plaquettes, ce qui nécessite l’utilisation de modèles murins. Concernant l’arrêt des saignements, les processus mis en jeu sont particulièrement complexes et font intervenir plusieurs types cellules ainsi que les conditions hémodynamiques (vaisseau, pression artérielle, flux sanguin). Les modèles in vitro ne sont pas assez sophistiqués pour en reproduire toute la complexité. De plus, il n’existe pas à l’heure actuelle de modèle d’hémostase in vitro.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisés lors de cette étude est réduit au minimum pour l’obtention de résultats statistiquement significatifs. Les effectifs ont été déterminés en amont par une approche statistique.
3. Raffinement
Une période d’acclimatation de 2 semaines entre l’arrivée des souris à l’animalerie et leur utilisation sera respectée. Une habituation à la contention et à la manipulation, tous les jours pendant 5 jours est prévue, avant le début de l’expérimentation. Les conditions d’hébergement des animaux sont optimisées. Nous avons ajouté des matériaux tels que des carrés de cellulose, des bâtonnets de coton et des morceaux de papier froissé pour qu’ils puissent organiser leur environnement comme ils le souhaitent. Nous avons également veillé à ce qu’ils ne se sentent pas seuls en les plaçant en groupes sociaux. Les conditions de travail pour l’utilisation de modèles animaux ont été raffinées au maximum afin de limiter leur angoisse, stress et douleur lors des manipulations. Lors des procédures, les animaux sont anesthésiés, maintenus à une température de 38°C par l’utilisation d’une plaque chauffante (tout au long de la procédure). De plus, des points limites spécifiques ont été établis pour chaque procédure. Ces points limites permettront de soustraire l’animal aux procédures expérimentales et ainsi de limiter la souffrance et l’inconfort de l’animal. Les procédures sont sans réveil et l’animal sera anesthésié pendant la totalité des procédures.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le projet nécessite l’utilisation d’une espèce de la classe des mammifères proche de l’Homme pour sa physiologie. Les données bibliographiques démontrent que la souris est le plus adapté pour adresser les questions relatives à l’étude de la formation des plaquettes sanguines. En effet, les cellules responsables de la production des différentes cellules du sang chez la souris sont très semblables aux cellules responsables de la production des cellules du sang humain. Les techniques de mutation ont permis de générer des souris humanisées qui récapitulent la pathologie humaine de la drépanocytose et nous permettent de l’étudier. Les souris seront utilisées entre 10 et 14 semaines, correspondent à des souris adultes qui ne présentent pas encore de signes de vieillissement. Les modèles réalisés nécessitent des souris adultes de minimum 20-22g. Il n’est cependant pas nécessaire de laisser vieillir les souris donc nous les utilisons dès que possible.