
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/05/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-841842)
2 500 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, chacune pouvant recevoir jusqu’à trente injections espacées de huit heures et subir dix micro-prélèvements de sang après section de la pointe de la queue. Toutes sont tuées en fin de procédure pour le recueil des échantillons. L’objet est de vérifier l’innocuité de composés en développement, le porteur estimant que 200 composés seront testés en cinq ans sur ces 2 500 souris. Il indique que ces candidats-médicaments peuvent induire une mort cellulaire, la défaillance d’un ou plusieurs organes et des douleurs locales ou systémiques, tout en présentant l’opération comme un moyen de définir une posologie ne portant pas atteinte au bien-être des animaux non-humains.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Dans le cadre du développement de nouveaux médicaments ou de nouveaux outils pharmacologiques, il est nécessaire d’étudier l’activité pharmacologique de la substance active chez l’animal. Avant ces études pharmacologiques, il est indispensable d’évaluer l’innocuité des produits pharmacologiques (sondes…) et candidats-médicaments en cours de développement dans le but d’identifier les effets indésirables liés à l’administration de ces composés. Cette étape clé doit permettre de mettre en évidence toutes atteintes au bien-être animal et de définir les conditions d’utilisation optimale des composés avant leur utilisation future dans des modèles complexes chez la souris. Cette étape permet aussi d’éliminer les composés présentant une toxicité incompatible avec l’utilisation souhaitée.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La mesure de l’innocuité des composés permettra d’éliminer les plus toxiques et de définir les conditions d’utilisation les plus adaptées et notamment une posologie (voie, dose et fréquence d’administration) ne portant pas atteint au bien-être des animaux. Ce projet s’inscrit pleinement dans les étapes indispensables au développement des candidats-médicaments. Il permet de réduire drastiquement le nombre de candidat-médicament à tester dans les études d’activité tout en augmentant les probabilités d’obtenir un médicament ou un outil pharmacologique efficace et sûr.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux vigiles seront soumis à des injections (quelques secondes) pour l’administrer les composés étudiés. Les composés étudiés seront administrés 1 à 30 fois avec un minimum de 8h entre chaque administration. Une anesthésie de quelques minutes est nécessaire pour le rasage des animaux et certaines administrations. Afin de suivre la concentration sanguine du composé et/ou contrôler les constantes biologiques et les biomarqueurs au cours du temps, un maximum de 10 micro-prélèvements de sang (environ 1min) seront réalisés à l’extrémité de la queue et sur une période minimale de 72h. Un prelèvement de sang terminal sera effectué sous anesthésie.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La manipulation et la contention des animaux entrainent un stress léger et de courte durée. Les injections entraînent une douleur légère de courte durée et peuvent être répétée durant 30 jours consécutifs. La section de la pointe de la queue (moins d’un demi millimètre) utilisée pour permettre des prélèvements sanguins de qualité, rapidement et sans contention entraine également une douleur légère de courte durée. Les candidats médicaments testés sont susceptibles d’exprimer leur activité biologique et tout autre effets indésirables. Ils sont susceptibles de perturber les fonctions biologiques, d’induire une mort cellulaire, d’entrainer la défaillance d’un ou plusieurs organes, de provoquer des douleurs locales ou systémiques se traduisant par une modification du comportement des animaux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront mis à mort à la fin de la procédure expérimentale afin de recueillir les échantillons nécessaires aux analyses
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les candidats-médicaments et les produits pharmacologiques auront été sélectionnés préalablement pour leur activité et leur innocuité sur les modèles cellulaires, ainsi que pour leur caractéristiques pharmacochimiques (solubilité, stabilité plasmatique et microsomale…). Cependant, tous les essais réalisés ne peuvent prédire l’innocuité d’un composé car aucun modèle alternatif (bio-informatique, moléculaire et/ou cellulaire) n’est suffisamment intégré et complexe pour reproduire les fonctions mécaniques vitales et l’ensemble des phénomènes biologiques nécessaire à la vie et impliqués dans l’absorption, la distribution, la dégradation et l’élimination des médicaments. Ces phénomènes biologiques sont liés à la circulation sanguine, aux barrières biologiques et aux voies d’élimination (dégradation par le foie, élimination biliaire et rénale…) et régulent l’activité des médicaments. Pour ces raisons, une approche chez l’animale reste indispensable pour sélectionner les composés les plus prometteurs et éliminer les plus dangereux avant de poursuivre leur développement. Les études seront réalisées chez le souris, car cette espèce est la plus utilisée dans le cadre du développement des candidats-médicaments.
2. Réduction
La réalisation des procédures par un technicien rompu à ces manipulations garantit une bonne reproductibilité et permet de limiter le nombre d’animaux à engager dans les protocoles. La procédure permet la mise en évidence des effets indésirables dès 2 animaux par condition testée en l’absence d’analyses biologiques. La mise en place de micro-prélèvements répétés chez un même animal permet de suivre l’évolution des constantes biologiques. Pour ces analyses, 5 à 8 animaux par groupe permettent une analyse statistique efficace des résultats . D’après notre expérience antérieure et l’évolution des pratiques, nous estimons que l’innocuité de 200 composés sera mesurée sur une période de 5 ans pour un maximum de 2500 souris.
3. Raffinement
La procédure expérimentale est conçue pour garantir le bien-être de l’animal et réduire au maximum l’inconfort, le stress et la souffrance. La souris étant un animal social, les souris seront maintenues en groupes sociaux, dans des cages enrichies d’un tube de change et de matériaux de « nidification », d’un igloo, d’une roue, d’une balançoire et de bâtonnets à ronger. Une période d’acclimatation et d’habituation de 2 semaines sera respectée. Les souris seront anesthésiées pour permettre certaines administrations et seront alors placées sur un tapis chauffant afin de prévenir une hypothermie. La douleur liée aux injections est une douleur ponctuelle réversible qui fera l’objet d’une surveillance de l’animal. Un renforcement positif est mis en place après chaque administration par l’ajout de récompenses alimentaires dans la cage (« Mini-gâteries »). Les animaux seront particulièrement surveillés après l’administration des composés. Aucun animal ne sera maintenu en vie s’il présente des signes de douleur ou d’inconfort et/ou une perte ou absence de prise de poids significative (généralement dès 2 à 5% d’écart). Les micro-prélèvements de sang sont réalisés sur les animaux vigiles et non contraints (sans boite ou tube de contention), à même de signifier librement tout manquement à leur bien-être.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La mesure de l’innocuité est réalisée chez la souris, car cette espèce est la plus utilisée dans le cadre du développement des candidats-médicaments et des produits pharmacologiques. De plus, certains composés sont très difficiles à synthétiser et la petite taille de la souris requiert beaucoup moins de composé. Enfin, ce choix permet aussi de mesurer l’innocuité d’un composé chez la même espèce que pour les futures études d’activités, elles-mêmes nécessitant le plus souvent le recourt à des animaux génétiquement modifiés, plus facile à trouver ou générer chez la souris. L’âge des souris sera déterminé en fonction de l’objectif scientifique et de la pathologie visée. Les souris seront âgées d’au minimum 4 semaines afin que la procédure puisse être réalisée sans remettre en cause le bien-être de l’animal.