
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-873147)
3 496 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chacune peut recevoir jusqu’à cinq gavages de bactéries, jusqu’à trois vaccinations, et une chirurgie d’ouverture de l’abdomen pour qu’on injecte des cellules tumorales dans la paroi de son cæcum. D’autres se voient déclencher un cancer colorectal par trois injections de produits chimiques, avec des douleurs abdominales, des diarrhées et une perte de poids attendues, plus une gêne de l’œsophage à chaque gavage. Le vaccin testé est fabriqué à partir d’organoïdes intestinaux, que le porteur décrit par ailleurs comme « ce qui se rapproche le plus d’un modèle de remplacement », tout en concluant que l’animal vivant reste « indispensable ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le cancer colorectal est l’une des tumeurs malignes les plus courantes et la principale cause de morbidité associée au cancer dans le monde. De nouvelles stratégies sont justifiées pour prévenir ce cancer. Nous avons montré dans une étude précédente que la combinaison d’entéroïdes traités à l’oxaliplatine et de bactéries pro-inflammatoires pouvait induire une immunité contre les cellules de ce cancer dans des modèles murins, ce qui indique que les organoïdes dérivés de l’intestin pourraient constituer un nouveau vaccin pour la protection contre ce cancer. De nouvelles données indiquent que les patients atteints avec des tumeurs à forte instabilité ont une réponse supérieure au blocage des points de contrôle immunitaire. Nous avons également constaté un enrichissement différentiel de la composition du microbiote intestinal dans les biopsies de patients atteints du syndrome de Lynch par rapport à ceux qui n’en sont pas atteints. L’infection des entéroïdes par certaines espèces bactériennes a entraîné une mort cellulaire immunogène. Ainsi, la combinaison d’organoïdes et d’espèces du microbiote pourrait déclencher une réponse immunitaire anti-tumorale et servir de vaccin pour protéger l’hôte contre ce cancer.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Plusieurs stratégies de vaccinations seront utilisées ici, en combinaison avec ou sans immunothérapies, avec ou sans gavage oral de bactéries, avec ou sans antibiotiques, pour voir si le vaccin est capable de protéger la souris du cancer. Ce projet permettra de développer un vaccin visant à protéger les patients atteints du syndrome de Lynch du cancer colorectal.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris recevront jusqu’à 5 gavages oraux (bactéries ou sérum physiologique espacé de 3 jours entre chaque), durée 10 secondes, et jusqu’à 3 vaccinations (1 semaine de délai entre 2 vaccinations), durée 15 secondes sous anesthésie locale, Les souris auront une chirurgie pour la tumeur en orthotopique, par incision de la paroi abdominale antérieure pour injection sera réalisée dans la sous séreuse du caecum, sous analgésie et anesthésie générale, durée maximum 10 minutes. Certaines souris auront une induction de cancer colo-rectal par produits chimiques, 3 injections, durée 10 secondes, anesthésie locale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les chirurgies abdominales, impliquant une incision dans la peau et le péritoine, peuvent provoquer des douleurs postopératoires modérées et de courte durée. Le traitement inducteur de cancer colorectal peut entraîner divers symptômes, tels que des douleurs abdominales, des changements dans les habitudes alimentaires, des diarrhées, une perte de poids et une altération de l’état général de l’animal, de façon transitoire, avec dese symptômes de gravité modérée. L’injection tumorale orthotopique, en raison de sa localisation, peut également provoquer des douleurs abdominales modérées. De plus, les antibiotiques peuvent induire des diarrhées d’intensité modérée et de courte durée, tandis que les gavages oraux provoquent une gêne légère et passagère au niveau de l’œsophage de la souris.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront euthanasiés à l’issue de la procédure pour analyses sur tissus et organes post-mortem.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour la réalisation de ce projet, l’utilisation d’animaux vivants est indispensable car seul un animal vivant, entier, peut permettre d’étudier dans leur globalité, l’immunité antitumorale et l’effet des immunothérapies sur la réponse antitumorale dans un contexte de dysbiose intestinale, avec toutes les interactions nécessaires, impossible à reproduire in vitro. Les organoides sont ce que ce qui se rapproche le plus d’un modèle de remplacement, mais à l’heure actuelle, ce n’est pas encore assez développé pour comprendre toutes les interactions impactantes ayant lieu avec l’organisme, ainsi que le micro-environnement tumoral spécifique in vivo.
2. Réduction
Le nombre de a été déterminé au minimum nécessaire et suffisant par calcul de puissance. Les résultats seront analysés par tests de comparaison de moyenne ou analyse de variance non paramétriques.
3. Raffinement
Une surveillance quotidienne sera effectuée, et des mesures spécifiques de suivis seront appliquées suivant les procédures. Toutes les interventions seront faites sous anesthésie locale ou générale avec analgésie adpatée aux gestes. Des points limites précoces ont été définis et seront strictement appliqués.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Pour la réalisation de ce projet, l’utilisation de souris est dicté par le fait que les organoïdes utilisées dans cette stratégie de vaccination sont développés sur souris. De plus, les souris présentent des similitudes génétiques et physiologiques importantes avec les humains, en particulier dans le domaine de la biologie du cancer. Le tractus gastro-intestinal des souris, bien que plus petit, fonctionne de manière similaire à celui des humains, et les structures cellulaires et tissulaires des intestins murins sont très proches de celles des humains, ce qui permet de reproduire de manière réaliste les processus tumoraux observés dans le cancer colorectal humain. Les animaux utilisés seront âgés de 7 à 8 semaines, ce qui correspond à leur maturité sexuelle et assure une stabilité hormonale. Cet âge est optimal pour garantir une réponse biologique cohérente et réduire les variations liées aux fluctuations hormonales. De plus, leur système immunitaire est pleinement développé, ce qui est essentiel pour l’étude de la progression tumorale et des réponses aux traitements, tout en permettant des interventions expérimentales.