
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 30/06/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-950019)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Il a été suggéré que l’isolement social durant la période adolescente constitue un facteur de risque au développement de troubles anxieux à l’âge adulte. Néanmoins la compréhension des mécanismes impliqués reste très parcellaire en raison de la nature observatoire et corrélationelle des études épidémiologiques disponibles à ce jour. Sur la base de ces observations, notre projet a pour objectif de mettre en place un modèle murin d’isolement social durant l’adolescence, d’en analyser les conséquences comportementales à long-terme en se concentrant sur le profil émotionnel, et de relier les potentiels dysfonctionnements comportementaux à une altération du développement de l’hippocampe, une structure clé pour le contrôle des états émotionnels. La réalisation de ce projet se déroulera dans 2 établissements utilisateurs (EU).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet nous permettra de comprendre les déficits comportementaux associés à la privation sociale durant l’adolescence, et d’en aborder certains mécanismes. La compréhension de ces mécanismes devrait nous permettre à moyen terme de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant spécifiquement ces mécanismes, mais aussi de développer des interventions préventives visant à réduire les effects néfastes de l’isolement sur la santé mentale.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
1) Hébergement individuel: il sera d’une durée de 2 semaines et sera réalisé dans l’Etablissement utilisateur 1 (EU1). 2) Injections intrapéritonéales: elles sont au nombre de 3 à l’âge de 4 semaines et 5 à l’âge de 10 semaines. La durée moyenne d’une injection, préhension de la souris inclue est de 30-40 secondes. Les injections seront réalisées dans l’EU1. 3) Stress aigu d’une durée de 6 min ou hébergement individuel d’une durée de 24 h. Ces interventions sont réalisées dans l’EU1 et concernent des animaux différents. 4) Tests comportementaux: ils sont au nombre de 3, et durent de 5 à 10 min chacun. Ils sont réalisés dans l’EU1 ou l’EU2. 5) Prélèvements sanguins: ils sont au nombre de 4 , et durent moins de 3 min, préhension de l’animal inclue. Ils sont réalisés dans l’EU1 sur des animaux n’ayant subi aucun test au préalable. 6) Chirurgie: sur animal adulte une chirurgie de 60 min environ est pratiquée; sur animal adolescent 2 chirurgies sont pratiquées, une à 4 semaines d’une durée moyenne de 35 min et une au moins 5 semaines plus tard d’une durée de 40 min environ. Les chirurgies sont réalisées dans l’EU1.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
1) L’isolement social peut induire un état de stress de degré modéré puisque de courte durée. 2) Les injections intrapéritonéales peuvent engendrer un léger inconfort. 3) Le stress aigu sera à l’origine d’un incomfort passager, sans conséquences à long terme. 4) Les tests comportementaux sont basés sur les comportements innés des animaux et sont donc sans effet indésirable attendu. 5) Les prélèvements sanguins nécessitent une légère incision de la queue, ce qui peut entrainer une gêne et une légère douleur très locale et de très courte durée, avec un risque très faible d’une hypovolémie / anémie en cas de saignement non maitrisé, ce que nous n’avons jamais observé par le passé. 6) Les procédures chirurgicales, comme l’implantation de dispositifs pour l’enregistrement neuronal, comportent un risque de complications telles que des infections ou des réactions inflammatoires. Elles peuvent également générer de la détresse et du stress ainsi que de la douleur postopératoire d’un degré de gravité modéré, qui sera minoré par les antalgiques administrés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les souris sont toutes euthanasiées en vue de prélever le cerveau pour analyse.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude de comportements, notamment sociaux et relatifs aux emotions, ne peut être réalisée que sur animaux vivants ce qui rend impossible leur remplacement par des modèles in vitro ou in silico.
2. Réduction
Nous prévoyons d’utiliser le nombre minimal de souris nécessaire pour obtenir des analyses statistiques fiables et cohérentes. Pour les études comportementales, afin de réduire au maximum le nombre d’animaux utilisés, nous effectuerons lorsque cela est possible sans biaiser les résultats de l’experience plusieurs test sur les mêmes animaux.
3. Raffinement
Pour réduire la souffrance imposée par le protocole, les règles suivantes seront appliquées pour le bien-être des animaux: 1- En amont des tests comportementaux, toutes les souris seront habituées à l’expérimentateur par des pesées hebdomadaires. Elles seront acclimatées aux pièces de test pendant une durée d’au moins 45 min avant le démarrage des tests, et surveillées pendant au moins 30 min à l’issue des tests afin de détecter l’apparition d’une anomalie comportementale (stéréotypie, prostration, grooming excessif…). 2- Avant les chirurgies, un analgésique sera administré en sous-cutané, à titre préventif afin d’éviter la souffrance post-opératoire. 3- Les chirurgies se feront sous anesthésie générale. Durant la chirurgie, la température de l’animal sera contrôlée par une sonde durant la chirurgie, et maintenue grâce à un tapis chauffant. Un gel ophtalmique sera appliqué sur les yeux pour prévenir la déshydratation oculaire. Un analgésique sera injecté avant la chirurgie ainsi que 24h après. 4- Après la chirurgie, de la nourriture humidifiée sera mise à disposition au sol de la cage. L’état de l’animal et la bonne cicatrisation de l’incision dans la peau de la tête seront contrôlés quotidiennement pendant la semaine suivant la chirurgie. Des points limites ont été établis pour chaque critère avec un arbre de décision. Si l’animal perd du poids, de la nourriture enrichie humide sera fournie. Si la plaie ne cicatrise pas correctement, elle sera désinfectée et surveillée. Si la souris est en souffrance, un analgésique sera injecté. Si les anomalies persistent, le vétérinaire sera contacté afin de prendre les mesures les plus adaptées pour le bien-être de l’animal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La neurogenèse dans le cerveau adulte, qui est notre candidat mécanistique pour expliquer les effets de l’isolement social, a été largement étudiée chez les rongeurs, lesquels représentent un modèle pertinent en raison de la similitude de leurs réponses physiologiques au stress avec celles des humains. Ils permettent ainsi une exploration intégrée des effets comportementaux, neurobiologiques et génétiques du stress. Par conséquent, la souris a été choisie comme modèle principal dans ce projet car 1) il est en continuité avec les études publiées sur des modèles équivalents , et 2) il permet l’utilisation d’outils transgeniques pour valider les hypothèses que nous pourrons formuler à l’issue des études. Les animaux seront utilisés à partir du sevrage puisque notre modèle a pour objectif d’étudier l’impact de l’isolement social à l’adolescence (P21-P35) sur la vulnérabilité / résilience à développer des troubles anxieux à l’âge adulte.