Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

L’hémophilie B est une maladie héréditaire rare qui empêche le sang de coaguler normalement. Elle est due à un déficit en facteur IX. Dans les formes les plus sévères, les personnes touchées peuvent présenter des saignements spontanés, en particulier dans les articulations. À force de se répéter, ces saignements entraînent une inflammation puis une dégradation progressive de l’articulation : c’est l’arthropathie hémophilique, une complication douloureuse et handicapante. Aujourd’hui, le diagnostic de cette complication repose sur l’examen clinique et l’imagerie médicale mais cela ne permet pas de repérer les premières atteintes articulaires. C’est pourquoi les chercheurs s’intéressent à des « biomarqueurs » détectables dans le sang, capables de signaler les premiers signes d’inflammation articulaire et de permettre de traiter le patient le plus tôt possible. Parmi ces candidats prometteurs figurent les microARN circulants : de petites molécules présentes dans le sang, stables et faciles à analyser. Ils jouent un rôle essentiel dans la régulation de nombreux gènes dans l’organisme et sont déjà étudiés comme biomarqueurs dans des maladies articulaires. Dans deux études préliminaires menées par notre équipe, nous avons d’abord identifié puis validé deux microARN circulants comme biomarqueurs potentiels de l’arthropathie hémophilique sévère chez des patients hémophiles. Nous avons ensuite mis en évidence, chez des souris hémophiles B, plus de 50 microARNs dont l’expression était modifiée dès le stade précoce de l’arthropathie. Le projet actuel s’inscrit dans la continuité de ces travaux par la validation de des microARN précédemment identifiés dans un modèle murin d’hémophilie B sévère. Nous cherchons également à comprendre quels gènes sont régulés par ces microARN, afin d’identifier les mécanismes biologiques impliqués dans les débuts de l’arthropathie. À terme, notre objectif est de proposer un test simple et rapide, basé sur une prise de sang, permettant de détecter très tôt l’apparition d’une synovite — la première étape de l’arthropathie — et de prévenir la dégradation articulaire chez les personnes atteintes d’hémophilie.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

La comparaison entre les différents stades d’atteinte de l’arthropathie nous permet de cibler les microARN d’intérêts pour le diagnostic de l’arthropathie hémophilique à un stade précoce et d’étudier les gènes qui sont régulés par ces ARN. La conservation inter-espèce de ces biomarqueurs nous permet également de proposer une étude clinique afin d’évaluer l’efficacité des micro-ARN comme outil de diagnostic clinique chez l’Homme

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les souris sont réparties en 4 groupes pour l’étude des miRNA au cours de l’apparition et de l’évolution de l’arthropathie hémophilique. Les animaux seront soumis, sous anesthésie générale, à 1). Une ponction articulaire pour les genoux droit et gauche : 2-3 min (groupe 2) ; 2) trois ponctions articulaires pour les genoux droit et gauche : 2-3 min (groupe 3) et 3). Un prélèvement sanguin et mise à mort : 3-5 min (groupe 1, 2, 3 et 4).

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Le phénotype des animaux comporte une vulnérabilité du point de vue de la coagulation, avec risque de saignement prolongé en cas de blessure mais pas de saignement spontané comme dans la forme humaine de la maladie. Les ponctions du genou engendrent une douleur. L’arthropathie induite par la ponction peut occasionner une gêne à la mobilisation, une démarche anormale ou boiterie ainsi qu’une légère douleur lors des déplacements et redressements de l’animal sur ses pattes arrières.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

La mise à mort est justifiée par la nécessité de prélèvement de 1mL de sang total, non compatible avec le maintien en vie de l’animal

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

La nécessité d’un modèle animal est justifiée par le besoin d’un modèle vivant, dynamique et doté d’un système vasculaire et locomoteur pour cette étude sur les dégâts articulaires handicapants induits par l’hémophilie et son traitement.

2. Réduction

3R / Réduction :

En accord avec l’expérience acquise par le groupe, le nombre d’animaux utilisés dans ce projet est réduit à son minimum sans compromettre la validité statistique des résultats. De plus, les tests développés au laboratoire nous permettent d’effectuer un maximum de mesure et d’étude sur le même animal. Dans cette étude, chaque souris permet d’étudier l’histologie et le profil des miRNA, réduisant le nombre de souris et participant à la robustesse de l’étude d’un point de vue statistique.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Toutes les mesures seront prises pour préserver le bien-être de l’animal dont l’application des points limites stricts et spécifiques du projet (perte de poids, mouvement anormaux). Quand cela est possible, les souris sont maintenues en groupe par fratrie avec l’utilisation de biberon à longues tiges. En cas d’apparition de problème locomoteur (boiterie ou difficulté à la station debout), de l’eau gélifiée et de la nourriture dans la cage sont mis à disposition dans la cage. Tous gestes traumatiques ou stressants seront réalisés sous anesthésies et analgésie.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

La souris représente la seule espèce animale, après le chien hémophile, à permettre la mesure de l’activité des médicaments de l’hémophilie et d’étudier la destruction articulaire induite par la maladie. Il est important de préciser que la souris hémophile, paradoxalement à la forme humaine de cette maladie, n’est pas victime de saignement spontané et les saignements sont provoqués que par des traumatismes. Pour cette étude, nous allons utiliser des souris adultes dont la croissance est finie. Les souris très jeunes sont à éviter car leur croissance articulaire n’est pas encore terminée et les souris très âgées sont également à éviter en raison de la modification possible de la coagulation avec l’âge et par conséquent la tendance hémorragique.