
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 25/09/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-278208)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La vitamine A est une molécule très importante impliquée dans diverses fonctions vitales chez les vertébrés, notamment le développement, la croissance et l’homéostasie. La perturbation de la signalisation de la vitamine A chez l’humain ou dans les modèles murins entraîne un comportement de type dépressif et pourrait être associée à la neurodégénérescence. Bien que plusieurs études montrent que les cellules microgliales (MGC), cellules immunitaires résidentes du cerveau, sont impliquées dans les comportements dépressifs et les troubles neurologiques qui y sont associés, aucune étude n’a établi le lien entre la signalisation par la vitamine A et les MGC. Afin de combler cette lacune, nous avons développé des lignées de souris génétiquement modifiées qui nous permettent de perturber la signalisation de la vitamine A spécifiquement dans les MGC. Ce projet vise à comprendre l’importance de la signalisation de la vitamine A dans le développement des MGC et ses fonctions dans le cerveau de la souris adulte. Les résultats du projet ouvriront de nouvelles voies en matière de thérapeutique pour différents troubles neurodégénératifs en ciblant spécifiquement les MGC et leur capacité à sauver les fonctions cérébrales.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les données de la recherche ont montré que certains récepteurs de la vitamine A se trouvent dans des types spécifiques de cellules microgliales – des cellules immunitaires qui vivent dans le cerveau – à différents stades du développement. D’autres études ont suggéré que les cellules microgliales sont impliquées dans les comportements liés à la dépression, et nous avons constaté que lorsque certains récepteurs des rétinoïdes sont inactivés chez les souris, les animaux présentent des comportements similaires à la dépression ou des signes de neurodégénérescence. S’il est prouvé que ces récepteurs jouent un rôle important dans d’autres cellules immunitaires (comme les macrophages), peu de recherches ont été menées sur la façon dont ils affectent directement les cellules microgliales, qui sont essentielles à la santé du cerveau. Au début de la vie, les cellules microgliales contribuent au développement du cerveau et à la formation de différents types de cellules cérébrales, tandis qu’à l’âge adulte, elles protègent le cerveau et aident à maintenir l’équilibre des fonctions cérébrales. Ce projet vise à explorer le rôle et la chronologie de ces récepteurs dans le développement et la fonction microgliale, à la fois pendant la croissance du cerveau et dans le cerveau adulte. Les résultats pourraient nous aider à mieux comprendre comment la vitamine A pourrait être utilisée dans le traitement des maladies neurodégénératives, où les cellules microgliales jouent un rôle clé dans la réponse aux lésions cérébrales et à l’évolution de la maladie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Injections intra-péritonéales : selon le groupe expérimental, 4 injections ou 5 injections (1 injection par jour successif). L’injection ne dure qu’une dizaine de secondes entre le moment où l’animal est saisi et le moment où le produit est injecté. Seul un sous-groupe d’animaux recevra en tout 9 injections (4 injections successives à 8 semaines d’âge, 5 injections successives à 12 semaines d’âge). Tests comportementaux non aversifs que chaque animal passera une seule fois : test 1 : 40 minutes, évaluation de la locomotion induite par la nouveauté, test 2 : 2 x 20 minutes, reconnaissance d’objets nouveaux, test 3 : 5 minutes, évaluation de la capacité d’exploration, test 4 : 3 x 5 minutes, coordination motrice, test 5 : 32 heures, mesure de l’activité spontanée nuit/jour, test 6 : 6 minutes, activité natatoire, test 7 : 1 semaine, évaluation de la préférence à une boisson sucrée, test 8 : 5 minutes, activité de toilettage.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les tests comportementaux à effectuer ne sont pas susceptibles de causer des souffrances mais certains peuvent occasionnellement causer du stress. Dans ce but, l’ordre des tests est établi du moins stressant au plus stressant et certains tests nécessitant une isolation temporelle ou du contact avec de l’eau seront effectués à la fin de la batterie de tests comportementaux. Les effets stressants de l’isolation seront négligeables grâce à la réduction de temps d’isolation à la nuit, et le temps limité de durée du test de préférence à la boisson sucrée. Les injections peuvent provoquer une légère douleur et un stress chez l’animal et seront minimisées par utilisation d’aiguille très fines. Dans les cas d’injection d’agent inflammatoire, un état d’inflammation légère et transitoire sera provoqué.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux utilisés seront euthanasiés afin de collecter du matériel biologique pour des analyses cellulaires et moléculaires qui complèteront les résultats obtenus à partir du comportement.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le modèle murin ne peut être remplacé, et reste indispensable pour évaluer l’impact des mécanismes biologiques sur les cellules microgliales, et pour étudier leurs effets sur le cerveau dans son ensemble. La complexité biologique du cerveau et de son environnement ne permet pas de le remplacer par des modèles mathématiques ou in vitro, car ils ne reflètent pas la diversité des mécanismes biologiques observés in vivo.
2. Réduction
Afin de réduire au maximum le nombre d’animaux utilisés, la taille des groupes expérimentaux (n=6/condition) correspond au nombre minimum d’animaux à inclure pour obtenir des données statistiquement exploitables selon les exigences de réduction. De plus, nous utilisons les deux sexes pour éviter de produire inutilement des femelles. En l’absence de différences, nous regrouperons les données des deux sexes pour une même condition expérimentale. Ces effectifs ont été déterminés en fonction des données de la littérature et des procédures en vigueur dans l’animalerie.
3. Raffinement
Les injections seront réalisées par un manipulateur expérimenté et avec une aiguille fine. Les expériences menées ici sont indolores et réalisées par un personnel compétent et qualifié. Elles consistent uniquement en des études comportementales qui servent à mettre en évidence des dysfonctionnements d’origine neurologique. Les animaux seront méticuleusement surveillés quotidiennement, et leur poids sera vérifié une fois par semaine ou sur une base quotidienne si un signe de mal-être était detecté. Tout animal présentant une perte de poids ou des signes de pathologie ou de lésion sera traité selon décision du vétérinaire, ou mis à mort pour éviter toute souffrance.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Pour étudier le rôle de la signalisation de la vitamine A dans les cellules microgliales et ses implications neurologiques, la souris est un modèle optimal en raison de la similitude des génomes de la souris et de l’homme et de la disponibilité de différentes lignées de souris portant des mutations génétiques ciblées qui couvrent tous les processus physiologiques, en particulier le développement neurologique et la neurodégénérescence. De plus, les mécanismes d’action de la forme bioactive de la vitamine A sont très bien caractérisés chez la souris et divers traitements pharmacologiques sont déjà disponibles pour évaluer son mode d’action. Afin d’obtenir des résultats comparables et fiables, nous utiliserons des animaux d’âge similaire au moment des tests, à savoir 12 semaines d’âge post-natal, âge minimal reconnu par la communauté scientifique comme un stade « adulte » permettant d’obtenir des résultats fiables dans les études comportementales.