
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/04/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-337805)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La douleur chronique oro-faciale constitue un enjeu clinique majeur, en particulier en raison de la difficulté à en comprendre les mécanismes de transition depuis une douleur aiguë vers une forme persistante. Des travaux récents de notre équipe ont montré qu’un microbiote intestinal perturbé (ensemble des micro-organismes présents dans l’intestin) favorise l’apparition de douleurs chroniques après chirurgie de la patte. Nos résultats suggèrent que cette influence du microbiote s’exerce en modifiant l’activité des certaines cellules immunitaires localisées à proximité des neurones qui transmettent l’information douloureuse. Ces cellules immunitaires peuvent entretenir un état inflammatoire local, qui maintient l’activation excessive des neurones impliqués dans la transmission de la douleur, favorisant ainsi sa persistance. L’objectif principal de ce projet est de déterminer si un mécanisme comparable intervient dans la chronicisation de la douleur oro-faciale. Nous chercherons à comprendre comment le microbiote intestinal influence le dialogue entre cellules immunitaires et les neurones de la douleur faciale.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La douleur oro-faciale chronique est une pathologie fréquente et invalidante, pour laquelle les options thérapeutiques restent limitées en raison d’une compréhension encore incomplète des mécanismes responsables de sa persistance. Ces travaux permettront d’approfondir nos connaissances sur le dialogue entre les cellules nerveuses responsables de la transmission de la douleur et les cellules du système immunitaire qui peuvent moduler leur activité. À plus long terme, ces recherches pourraient contribuer au développement de nouveaux traitements de la douleur chronique oro-faciale.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Une partie des animaux sera soumise à une intervention chirurgicale faciale, d’une durée de 5 à 10 minutes. D’autres animaux recevront une injection sous-cutanée à proximité de la joue, d’une substance provoquant une inflammation locale, procédure d’une durée d’environ 2 minutes. Toutes ces procédures seront réalisées sous anesthésie générale administrée par injection unique. Une prise en charge de la douleur sera mise en place avant les interventions chirurgicales par injection afin de prévenir la douleur, et sera renouvelée si évalué comme nécessaire, après l’intervention. L’ensemble des animaux participera à des tests comportementaux visant à mesurer leur sensibilité mécanique au niveau de la face. Ces tests sont réalisés sur animaux conscients, préalablement habitués à la manipulation et au dispositif expérimental. Chaque séance dure en moyenne 30 à 45 minutes, et sera répétée plusieurs fois au cours du suivi expérimental. Les évaluations comportementales après chirurgie seront réalisées aux jours 1, 3, 7, 14, 21, 28, 35, 45 et 60. Les évaluations comportementales après injection d’agent inflammatoire seront réalisées aux jours 1, 2, 10, 14, 21, 28, 35 et 45. À l’issue du suivi comportemental, les animaux recevront une analgésie suivie d’une anesthésie profonde. Une perfusion sera ensuite réalisée (durée 5 minutes) afin de permettre le prélèvement des tissus nécessaires aux analyses scientifiques.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Toutes les procédures seront réalisées après anesthésie générale des animaux, administrée une fois par injection. Une partie des animaux subiront une intervention chirurgicale au niveau du nerf infra-orbitaire, réalisée une seule fois par animal et d’une durée d’environ 10 minutes, consistant soit en une constriction du nerf, soit en un abord simple sans constriction (environ 5 minutes). Cette intervention implique une incision cutanée et une exposition nerveuse et peut entraîner une douleur post-opératoire, une inflammation locale, un œdème, un risque d’infection ainsi qu’une hypersensibilité mécanique faciale pouvant persister jusqu’à 60 jours dans le modèle avec constriction. D’autres animaux recevront une injection sous-cutanée unique d’un agent inflammatoire dans le coussinet de moustache, d’une durée d’environ 2 minutes. Cette injection peut induire une douleur locale, une inflammation et une hypersensibilité mécanique durant plusieurs jours. Une analgésie sera administrée par injection, avant les chirurgies. L’analgésie sera renouvelée à une fréquence maximale de deux injections par jour lorsque jugé comme nécessaire durant le suivi post-opératoire. Si pas d’amélioration au lendemain de l’administration de l’analgésie, les animaux seront euthanasiés (atteinte point limite). Les tests de sensibilité mécanique seront réalisés sur animaux conscients, à l’aide de stimulations par filaments mécaniques et par jet d’air, d’une durée de 30 à 45 minutes par session, ce qui peut induire un stress lié à la contention et aux stimulations répétées. Une perte de poids transitoire peut survenir dans les jours suivant la chirurgie.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
À l’issue des procédures, tous les animaux seront euthanasiés. Les prélèvements tissulaires réalisés auront deux finalités : une partie sera utilisée pour l’entraînement technique (tutorat) du personnel; les autres lots seront destinés aux analyses expérimentales finales.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La thématique principale du laboratoire étant l’étude de la physiologie de la douleur, le recours à un modèle animal est indispensable et aucune méthode de remplacement ne permet de répondre aux objectifs scientifiques du projet. En effet, la douleur correspond à un processus physiologique intégré impliquant l’ensemble de l’organisme et ne peut être dissociée de son contexte systémique. L’évaluation comportementale, qui constitue le point de départ de cette étude, résulte d’une intégration complexe des informations sensorielles depuis la périphérie jusqu’au système nerveux central. L’utilisation de la souris comme modèle expérimental permet par ailleurs d’étudier le rôle des interactions entre le microbiote intestinal et les compartiments neuro-immuns dans la physiologie de la douleur, notamment grâce à l’accès à des modèles murins génétiquement modifiés. Les approches in vitro, ex vivo ou in silico ont été envisagées mais ne permettent pas de reproduire cette intégration fonctionnelle globale ni d’évaluer les réponses comportementales associées à la douleur.
2. Réduction
Le plan expérimental a été conçu afin de limiter au maximum le nombre d’animaux utilisés tout en garantissant la fiabilité et la reproductibilité des résultats. Le nombre d’animaux a été estimé en tenant compte principalement de la variabilité attendue des réponses comportementales ainsi que de la nécessité d’intégrer des variables biologiques pertinentes telles que le sexe et le génotype. L’organisation des groupes expérimentaux permet d’obtenir des comparaisons fiables tout en évitant toute utilisation excessive d’animaux. Lorsque cela est possible, plusieurs types d’analyses seront réalisés à partir des mêmes individus, afin d’éviter la duplication des procédures expérimentales.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés en groupes sociaux dans des cages enrichies comprenant du matériel de nidification et des abris, afin de favoriser les comportements naturels et de réduire le stress. Les conditions environnementales (température, luminosité, bruit) seront stables et contrôlées. Les procédures expérimentales seront planifiées afin de limiter le stress, notamment par une habituation quotidienne de 5 jours aux manipulations, aux dispositifs expérimentaux et à l’expérimentateur. Les tests comportementaux seront réalisés dans des pièces dédiées, calmes et adaptées. Les expérimentateurs sont formés à la manipulation douce des animaux et à la détection des signes de douleur ou de détresse. Les interventions chirurgicales seront réalisées sous anesthésie générale, avec une analgésie préemptive et post-opératoire adaptée. Une alimentation liquide sera fournie durant les 3 jours suivant la chirurgie afin de limiter la douleur liée à la mastication et prévenir la perte de poids. Un arbre décisionnel accompagne chaque procédure expérimentale. Des points limites ont été définis à l’aide d’une grille d’observation . En cas de dépassement de ces critères, les animaux seront immédiatement retirés de l’étude et euthanasiés selon les procédures réglementaires en vigueur. Les stimulations mécaniques seront réalisées dans des dispositifs adaptés, sans dépasser les seuils recommandés. Les animaux feront l’objet d’une surveillance continue afin de détecter tout signe de détresse ou de comportement anormal persistant.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Chez la souris, les populations de neurones impliquées dans l’intégration des stimuli douloureux présentent de fortes similarités avec celles décrites chez l’Homme. De nombreux modèles de douleur neuropathique et inflammatoire sont bien établis et reproductibles chez cette espèce, permettant des comparaisons fiables avec les données publiées et une intégration cohérente dans la littérature internationale. L’utilisation de la souris permet en outre l’accès à un large panel de lignées génétiquement modifiées, indispensable pour l’étude des mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la physiologie de la douleur. Les animaux seront utilisés à l’âge adulte, à partir de 8 semaines, correspondant à un stade où le système trigéminal est pleinement mature et où les réponses comportementales à la stimulation mécanique sont stables et interprétables. Ce stade est également optimal pour la réalisation des analyses cellulaires et moléculaires prévues, sans interférence liée aux processus de développement ou de vieillissement.