
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/07/2022
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-990789)
1 680 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Sains au départ, ils reçoivent des composés par de nombreuses voies, de façon unique ou répétée pour développer une tolérance, et subissent un test de stimulation thermique de la queue pouvant provoquer de légères brûlures ainsi qu’un test de coordination sur cylindre rotatif. Le porteur décrit comme effets attendus la sédation, la baisse de l’activité, des tremblements, une perte de poids et une déshydratation. Il présente ces deux tests comme des produits destinés à être « commercialisés » dans son « offre de service » auprès de clients pharmaceutiques.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La dimension sensori-discriminative de douleur a été largement étudiée sur une variété importante de modèles animaux et quasiment la totalité des antalgiques disponibles actuellement sur le marché ont été testés dans des modèles précliniques classiques chez le rongeur. Cependant, l’utilisation de ces antalgiques est souvent associée à de nombreux effets secondaires. De plus, une utilisation abusive s’est développée ces dernières années dans l’utilisation des opiacés mettant à jour une crise appelée « crise des opioïdes ». L’objectif de ce projet est de commercialiser deux tests pertinents permettant l’évaluation des effets secondaires de molécules pharmacologiques. Ces tests, mis au point au préalable, évalueront comme paramètres : la sédation, la locomotion et la tolérance développée suite à l’administration d’un composé pharmacologique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ces tests seront commercialisés individuellement dans le but de les proposer dans notre offre de service. L’entreprise pourra ainsi offrir à ses clients la possibilité de développer de nouveaux candidats médicaments avec au préalable une évaluation des effets secondaires potentiels.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à l’administration de composés par voie : orale (PO), intrapéritonéale (IP), sous-cutanée (SC), intrathécale (IT), intraveineuse (IV), intradermique (IM) de manière unique ou répétée (Modèle de tolérance). Pour la procédure 1, les animaux seront soumis à un test de stimulaiton thermique de la queue. Pour la procédure 2, les animaus réaliseront un test d’évalutation de la coordination motrice.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets indésirables attendus lors des tests sont la sédation et la diminution de l’activité locomotrice. Le test de stimulation thermique de la queue peut provoquer de légères brûlures au niveau de la queue. C’est pourquoi, une limite de temps est fixée à 10secondes pour éviter des blessures plus importantes. Lors du test de locomotion, les rats peuvent chuter. Par conséquent, des répétitions sont réalisées afin d’entrainer les animaux et de diminuer les chutes. La durée maximale est limitée à 3minutes. Des points limites associées à la pharmacologie peuvent aussi apparaitre : tremblement, perte de poids, déshydratation, sédation…
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux recevront des produits pharmacologiques ayant des effets secondaires plus ou moins importants et impactant sur leur état général. De ce fait, dès la fin de la phase expérimentale, les animaux sont mis à mort par le personnel habilité.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’objectif de ce projet est le développement de tests permettant d’évaluer l’efficacité de candidats médicaments analgésique. Les modèles in silico et in vitro permettent seulement d’étudier les effets de ces molécules sur la nociception, c’est-à-dire les mécanismes biologiques encodant les stimuli endommageant, ou susceptibles d’endommager les tissus. Selon sa définition par IASP, la douleur est une « expérience sensorielle et émotionnelle ». L’étude de potentiels traitements analgésiques doit donc être conduite dans des modèles restituant à la fois la composante sensorielle et émotionnelle et permettant l’analyse du comportement en plus de la physiologie ; faute de quoi c’est la nociception et non la douleur qui est étudiée. L’étude des candidats médicaments analgésiques chez l’animal vigile reste la seule option pour démontrer l’efficacité sur la douleur avant le passage chez l’homme.
2. Réduction
Pour chaque étude, le nombre d’animaux utilisé est réduit à un minimum acceptable pour l’obtention d’informations robustes et statistiquement pertinentes. Le nombre d’animaux par groupe de traitement a été fixé à n=10 en se basant sur les données bibliographiques disponibles. En fonction du design de chaque étude (groupes appariés ou indépendants, mesures répétées ou non) et de la distribution des valeurs (conformité à la loi normale), un test paramétrique ou non paramétrique sera réalisé (test-t, analyse de variance à une ou deux voie(s)) suivi si nécessaire d’un test post-hoc approprié via SigmaStat.
3. Raffinement
L’activité de l’entreprise permet de raffiner les modèles in vivo en se rapprochant au mieux des situations cliniques. Les tests comportent une valeur de cut-off à ne pas dépasser pour ne pas induire de souffrance. Un soin particulier est apporté à la réduction de la souffrance et du stress des animaux au strict nécessaire et à l’amélioration de leur bien-être (enrichissement et paramètres environnementaux contrôlés tout au long de l’étude, habituation une semaine à la salle de stabulation et 24h aux salles de tests). Des points limites, précoces et spécifiques pour chaque protocole d’étude sont définis et résumé en un arbre décisionnel qui conduit si nécessaire l’interruption des expérimentations si les critères d’arrêts sont atteints. Au vu du domaine d’expertise d’ANS Biotech (spécialisation dans l’étude de la douleur), les expérimentateurs sont strictement formés au respect de l’animal et sensibilisés à la surveillance de signes de douleur ou de souffrance. La maitrise des gestes techniques est contrôlée régulièrement. Les animaux sont surveillés chaque jour, et un suivi spécifique (suivi pondéral, suivi de la consistance des fèces, suivi si présence d’alopécie). Le suivi est réalisé par le technicien en charge de l’étude ou à défaut par un autre technicien d’ANS (formé à l’expérimentation animale niveau I ou II). Un enrichissement du milieu est apporté (tunnel en plastique et des briquettes en bois à ronger) afin de limiter le stress et d’améliorer la qualité de vie des animaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La question du remplacement des rongeurs par des espèces « moins évoluées » est critique et suivie avec attention. Chez ces espèces la démonstration la capacité à ressentir la douleur telle que définie par l’IASP est récente et les modèles d’étude de la pharmacologie de la douleur à visée clinique ne sont pas encore développés. Le rat a été sélectionné pour ce projet en se basant sur plusieurs critères : a) sensibilité aux stimuli nociceptifs utilisés dans ce projet ; b) large caractérisation du comportement et des modèles dans la littérature ; c) efficacité dans cette espèce des médicaments utilisés chez l’homme sont efficaces pour soulager une douleur équivalente suggérant l’existence de mécanismes biologiques communs. Selon les procédures, les animaux sont à des stades de développement différents afin de se rapprocher de la clinique. Procédure 1 : Rats juvéniles (4 semaines) lors de l’arrivée dans l’animalerie. ils ne doivent pas être trop jeunes pour ne pas se retourner sur le Rotarod. Procédure 2 : Rats péri-adolescents (30-35j) à l’arrivée dans l’animalerie Cet âge se justifie ici par les données cliniques. En effet, la crise des opiacés touchent dans la majorité des cas la tranche d’âge des adolescents aux jeunes adultes.