
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/02/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-831555)
698 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Des souriceaux nouveau-nés subissent une chirurgie cérébrale et une électroporation qui peut provoquer un arrêt cardio-respiratoire mortel, ainsi qu’une séparation maternelle pouvant entraîner le cannibalisme par la mère, avant une mise à mort aux jours 7 et 14 pour analyses. Le porteur cherche à observer pour la première fois des nanotubes entre neurones dans le cervelet, une étude qu’il qualifie lui-même de « hautement exploratoire » et à visée qualitative. Il affirme avoir besoin d’un modèle vivant proche de l’humain et retient la souris pour ses outils génétiques.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le développement du cerveau est un ensemble de processus complexes durant lequel les cellules se divisent, migrent, se différencient, forment des circuits neuronaux et deviennent matures. Le bon déroulement de chacun de ces processus nécessite que les cellules puissent communiquer entre-elles, même à longues distances. Perturber cette communication peut altérer ces différents processus et engendrer des troubles du neurodéveloppement. Il a été montré, in vitro, que les cellules neurales peuvent former des nanotubes (TNTs), des connexions membranaires entre cellules distantes, parmi lesquelles on compte les cellules granulaires du cervelet. Deux types de TNTs ont été définis. Ils peuvent être ouverts à chaque extrémité et permettre ainsi le transfert de matériels cellulaires larges comme les organelles. Ils peuvent également être fermés à une extrémité par une jonction gap et permettre le couplage électrique entre cellules. Notre hypothèse est donc que les TNTs pourraient permettre aux neurones de communiquer entre eux par couplage électrique et/ou par des échanges de matériels cellulaires, notamment par transfert d’organelles, durant la période développementale. Dans ce projet, nous souhaitons identifier et caractériser les TNTs in vivo en prenant comme modèle le cervelet. Une fois que nous aurons confirmé la présence des TNTs et identifié leur localisation, nous nous assurerons que ces TNTs sont fonctionnels. Durant les deux premières semaines post-natales, les cellules granulaires du cervelet prolifèrent intensément. Durant la cytokinèse, dernière phase de la multiplication cellulaire, la membrane cellulaire se rétrécit entre les deux cellules filles, de manière à former transitoirement un pont, appelé pont cytokinétique. La fin de la multiplication cellulaire se traduit normalement par la suppression de ce pont, séparant ainsi totalement les deux cellules filles formées. Toutefois, il arrive que ce pont cytokinétique persiste et, à la manière des TNTs, permette aux deux cellules filles qu’il connecte de communiquer, via des échanges de matériel cellulaire. Nous étudierons donc également la présence de ces ponts cytokinétiques persistants ainsi que la possibilité que les cellules granulaires du cervelet puissent les utiliser pour communiquer entre elles.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les résultats de ce projet pourraient changer notre conception de la communication entre neurones, qui était jusque-là limitée aux notions relatives aux synapses. Nous mettrons ainsi en lumière un rôle possible des TNTs dans le développement précoce des réseaux neuraux. Ces résultats pourraient aussi améliorer notre compréhension des processus impliqués dans le développement du cervelet. Enfin, mettre en évidence l’existence de TNTs a également le potentiel d’ouvrir à long-terme de nouvelles voies pour le traitement de maladies non seulement neurodéveloppementales mais aussi neurodégénératives, actuellement incurables.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux subiront au plus une seule procédure chirurgicale. Un premier groupe d’animaux nouveau-nés subira une seule intervention chirurgicale d’une durée de 30 minutes maximum sous anesthésie et analgésie profonde précédée et suivie d’injections intra-péritonéale répétées sur 72h00. Un deuxième groupe d’animaux nouveau-nés subira une seule intervention chirurgicale d’une durée de 30 minutes maximum sous anesthésie et analgésie profonde. Un troisième groupe de souris nouveau-né subira une à trois injections intra-péritonéales (chaque injection durant quelques secondes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Procédures 1, 2, 3 : L’électroporation peut induire un arrêt cardio-respiratoire conduisant à la mort de la souris nouveau-née dans les minutes qui suivent la délivrance des pulses électriques. La séparation maternelle de plusieurs heures peut induire un stress pour la mère et les souris nouveau-nées. La chirurgie sur les souris nouveau-nées peut induire du cannibalisme par la mère. Des pertes de poids, des douleurs et réactions inflammatoires peuvent être induites par la chirurgie. Procédures 1 et 4: Les injections intra-péritonéales peuvent induire des sensations désagréables de piqûre et des douleurs abdominales modérées.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à la fin de chaque procédure afin de réaliser des analyses histologiques ou électrophysiologiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les études mettant en évidence l’existence des TNTs ont été faites sur des cellules en culture. Le but ici est de mettre en évidence leur présence, in vivo, dans le cerveau et de comprendre leur rôle dans le développement du cervelet. Sur le long terme, ce projet est à visée thérapeutique. Nous avons donc besoin d’utiliser un modèle vivant assez proche de l’être humain et utilisable facilement en laboratoire. De plus, nous utiliserons des souris car c’est dans cette espèce que les outils d’ingénierie génétiques sont les mieux développés.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisés pour ce projet a été défini au plus juste pour nous permettre d’atteindre nos objectifs scientifiques. Cette étude a pour but principal de montrer pour la première fois l’existence de TNTs in vivo, dans le cervelet, durant le développement. Il s’agit d’une étude hautement exploratoire, à visée principalement qualitative. De ce fait, aucun véritable test statistique ne peut être utilisé pour estimer le nombre de souris dont nous avons besoin. Cependant, le nombre de souris estimé est basé sur ces différents facteurs : – Le taux d’échec des électroporations effectuées (dans 20% des cas, l’électroporation est un échec. – Nos expériences préliminaires n’ont permis de mettre en évidence qu’un TNT par souris. Nous basons donc notre estimation du nombre de souris nécessaire sur ces données préliminaires (qui est le pire scénario que nous envisageons), afin de détecter un nombre suffisant de TNTs pour juger de leur importance biologique. Toutefois, l’approche expérimentale que nous allons employer ici devrait nous permettre de mettre en évidence plus qu’un TNT par souris. Si nous réussissons à mettre en évidence plus de TNTs dans une seule souris, nous utiliserons moins de souris que celui estimé. – Pour les souris transgéniques, nous tiendrons compte du nombre d’animaux potentiellement obtenus par croisement. De plus, nous utiliserons des individus des 2 sexes afin de réduire le nombre d’individus à produire et produire des résultats spécifiques de genre. Les sections de cerveau provenant des animaux tests seront également utilisés dans nos analyses lorsque cela est possible.
3. Raffinement
Les animaux sont hébergés dans des animaleries dont le fonctionnement a été conçu pour maximiser le confort et limiter la souffrance des animaux. En particulier, les souris sont hébergées en cohorte, elles font l’objet d’observations régulières tout au long de l’expérience, l’enrichissement (matériel de nidification et bâton à ronger) est systématiquement appliqué à toutes les cages. L’anesthésie et l’analgésie sera fourni à chaque fois que nécessaire. Les animaux seront observés tous les jours et leur comportement sera suivi afin de déceler tout signe d’inconfort ou de stress. En cas de nécessité, des décisions seront prises en accord avec le vétérinaire, la Structure chargée du Bien-Etre des Animaux (SBEA) et/ou le personnel zootechnique de l’institut pour stopper tout signe de mal-être de l’animal. Des points limites spécifiques ont été définis et le raffinement s’appliquera selon une grille de score pour une prise en charge adaptée des animaux. Cette prise en charge comprend la mise à mort lorsque les nuisances sont importantes.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nos questions biologiques nécessitent d’induire des modifications génétiques. De nombreux outils de manipulation génétique sont disponibles chez la souris, ce qui en fait un modèle animal de choix pour notre projet. De plus, l’organisation du cerveau de souris présente des similarités avec le cerveau humain, ce qui en fait un bon modèle pour étudier le développement du cerveau. Des travaux ont notamment démontré que la souris est un modèle d’étude valide pour étudier les défauts de développement du cervelet. Dans ce projet, nous utiliserons des souris WT et des souris transgéniques permettant de : – Cibler les cellules progénitrices granulaires du cervelet et leurs progénitures. – Cibler toutes les cellules d’origine neuronale. – Suivre les neurones grâce à un marquage fluorescent. – Stimuler l’activité des neurones. Le développement postnatal du cervelet se fait entre les jours postnataux 0 à 21. Au jour postnatal 0, la majorité des cellules progénitrices sont en prolifération, le nombre de cellules progénitrices arrêtant de se diviser augmente progressivement jusqu’à être presque totale au jour postnatal 14. Au jour postnatal 21 ces cellules ont toutes fini de migrer vers leur position finale. Pour les expériences d’électroporation nous devons donc cibler les cellules progénitrices le plus tôt possible (entre le jour postnatal 0 et 5). La mise à mort des animaux qui serviront à identifier la présence des nanotubes et à caractériser leurs fonctions se fera au jours postnatal 7, une période où les cellules progénitrices prolifèrent encore intensivement et où on peut également observer les cellules qui effectuent leur migration, mais aussi au jour postnatal 14, lorsque le développement du cervelet est presque terminé. Des animaux adultes seront également utilisés pour générer les animaux entrant dans les différentes procédures.