
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/02/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-948237)
15 chiens vont être utilisés, réutilisés dans la suite du projet ou proposés à l’adoption plutôt que tués, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Ils subissent jusqu’à trois prélèvements sanguins et une cytaphérèse de deux à trois heures sous anesthésie générale pour recueillir des globules blancs. Le porteur met au point la production de cellules CAR-T canines en vue de traiter la fibrose de la myopathie de Duchenne chez le chien malade. Il affirme que le prélèvement de lymphocytes T ne peut se faire que chez un individu vivant.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
En cancérologie, l’une des approches thérapeutiques actuellement utilisées est basée sur l’utilisation de cellules CAR-T (lymphocytes T(=sous-population de globule blanc) avec récepteur antigénique chimérique). Les globules blancs du patient sont isolés par cytaphérèse (procédure s’apparentant à celle utilisée lors de dons de plaquettes par exemple), puis modifiés en culture pour cibler un marqueur spécifique de la tumeur à traiter. L’idée d’appliquer cette méthode à d’autres contextes pathologiques dans lesquels un marqueur spécifique d’une cible à détruire est exprimé, a émergé. En particulier, un marqueur spécifique de la fibrose a récemment été identifié et des cellules CAR-T pourraient être utilisées pour attaquer la fibrose qui est présente dans de nombreux contextes pathologiques. Une maladie dans laquelle une fibrose s’installe et entraîne une perte de fonction majeure est la myopathie de Duchenne. Chez le chien modèle de cette maladie, une fibrose s’installe dans les muscles et le coeur, comme chez les patients humains, et il a été démontré que le marqueur de la fibrose est bien présent dans ces tissus. Avant d’entamer une étude thérapeutique chez des chiens malades, il est nécessaire de réaliser une phase de mise au point pour maîtriser la production ex vivo des cellules CAR-T canines. Ce projet a donc pour objectif de prélever des globules blancs circulants chez des chiens afin de les mettre en culture et mettre au point la technique permettant de les manipuler génétiquement pour en faire des cellules CAR-T.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permettra de mettre au point la manipulation ex vivo des globules blancs canins nécessaire à la production de cellules CAR-T dirigées contre la protéine spécifique de la fibrose. Cela permettra de démarrer les études de tolérance et d’efficacité avec une bonne maîtrise et standardisation de ces étapes cruciales.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– Prélèvements sanguins 50 mL (3 maximum par chien de plus de 20 kg, espacés d’au moins 3 semaines), sur chien vigile. Durée totale 10 minutes, 1 minute pour le prélèvement proprement dit. – Prélèvement de globules blancs (1 fois) par cytaphérèse, sur chien placé sous anesthésie générale. Durée 2-3 heures.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Au cours des deux procédures, les animaux pourront subir un stress, lié à la contention et à la ponction sur chien vigile pour la première procédure, et à l’anesthésie générale pour la seconde. Tout sera mis en oeuvre pour réduire ce stress, en travaillant avec douceur, en rassurant les chiens par la voix et les caresses. Les chiens seront manipulés uniquement par des personnes qu’ils connaissent bien. Ils recevront une friandise à la fin du prélèvement réalisé vigile. Par ailleurs, s’agissant dans les deux procédures de ponctions veineuses, la formation d’un hématome pouvant générer une douleur n’est pas exclue. Une vigilance sera portée à la bonne coagulation, mais si un hématome se formait, le chien se verrait prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens durant 3 jours après le prélèvement. Durant la cytaphérèse, le citrate introduit par la machine comme anticoagulant, et réinjecté au chien après passage du sang dans le circuit, peut avoir un effet hypocalcémiant (chute de la quantité de calcium dans le sang). Ce point sera surveillé attentivement par des dosages à intervalles réguliers. Une perfusion de gluconate de calcium sera systématiquement mise en place, et son débit ajusté à la concentration sanguine en calcium.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les chiens pourront être réutilisés dans la suite du projet. Dans le cas contraire, ils seront proposés à l’adoption.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Afin de travailler in vitro sur des lymphocytes T de chiens, il est nécessaire de pouvoir les prélever chez un individu vivant. L’utilisation d’animaux dans ce contexte ne peut donc être évitée.
2. Réduction
Le nombre de chiens prélevés, que ce soit par prélèvement de sang classique ou par cytaphérèse sera réduit le plus possible. Pour ce faire, chaque prélèvement réalisé sera exploité le plus possible in vitro afin de limiter le nombre de prélèvements nécessaires pour la mise au point technique prévue. Il est très probable qu’il ne sera pas nécessaire d’utiliser les 15 animaux prévus dans ce projet.
3. Raffinement
Les prélèvements par cytaphérèse seront réalisés sous anesthésie générale afin de limiter le stress généré par ce prélèvement non douloureux mais long (2-3 heures). Au cours des deux procédures, une attention particulière sera portée à la coagulation correcte après le prélèvement. En cas d’hématome, celui-ci pouvant générer une douleur, une analgésie (anti-inflammatoires non stéroïdiens) sera mise en place après le prélèvement. Au cours des prélèvements par cytaphérèse, l’anticoagulant utilisé pouvant avoir un effet de diminution de la concentration sanguine en calcium, cette concentration (calcémie) sera étroitement surveillée, et le chien sera complémenté par une perfusion continue de calcium, dont le débit sera adapté en fonction de la calcémie. Si un chien avait une valeur de calcémie basse en fin de cytaphérèse, l’anesthésie générale ne serait stoppée qu’après retour à une calcémie normale. Les chiens seront hébergés en petits groupes compatibles, sur litière végétale. Ils auront à leur disposition un lieu de couchage (corbeille + tapis), une plateforme, des jouets. Ils bénéficieront d’intéractions quotidiennes avec leurs soigneurs (caresses, jeux), et d’une sortie quotidienne 7j/7 dans des espaces de jeux intérieur et extérieur.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’étape préclinique de validation de l’efficacité du produit thérapeutique en développement est prévue chez le chien. La mise au point de la production des cellules CAR-T dans ce contexte ne peut donc se faire que dans l’espèce canine. Nous utiliserons des animaux adultes, afin que leur poids corporel soit supérieur à 20 kg, et donc compatible avec un prélèvement sanguin volumineux et une cytaphérèse.