
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-03-15 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-264553)
24 lapines vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles reçoivent une administration unique d’un mélange de perturbateurs endocriniens, phtalates et phénols, par voie orale ou intraveineuse, restent quarante-huit heures en cage à métabolisme, subissent trois prélèvements de sang de six millilitres, puis sont tuées pour récupérer leur sang chargé de métabolites. Cette étude toxicocinétique préliminaire vise à fixer les doses reproduisant chez la lapine l’exposition de femmes enceintes, le porteur la qualifiant d' »indispensable ». Il affirme qu’aucune étude in vitro ne peut prédire le devenir de ces molécules dans un organisme.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La population générale, incluant les femmes enceintes, est exposée à de nombreux perturbateurs endocriniens, tels que les phtalates et les phénols synthétiques (PSP). Les objectifs du projet de recherche sont de déterminer si l’exposition maternelle à un mélange de PSP perturbe la fonction placentaire et affecte la santé de la descendance avec des réponses sexe-spécifiques. Pour cela, ce projet s’appuiera sur le modèle biomédical du lapin, pertinent en termes de placentation, de production d’hormones pendant la vie fœtale, de toxicité fœtale et d’effets métaboliques à long terme chez les descendants. Grâce à ce modèle, les effets de l’exposition maternelle, par ingestion, à un mélange de PSP, mimant l’exposition des mères de la cohorte SEPAGES (cohorte mère-enfant, dédiée à la surveillance de l’exposition aux PSP pendant la grossesse et de leurs effets sur la santé des enfants), seront évalués sur le développement et la croissance fœto-placentaire mais aussi sur la santé postnatale, en tenant compte du sexe des individus. Le mélange de PSP sera défini grâce aux données de la cohorte SEPAGES où des concentrations élevées de phénols, de phtalates et de leurs métabolites ont été détectées dans des échantillons issus de prélèvements répétés d’urine chez les femmes enceintes. Une étude est en cours pour définir, à partir de cette cohorte, les composés associés positivement ou négativement à une modification du poids placentaire, de l’efficacité placentaire et/ou du poids de naissance qui définiront le mélange d’exposition. L’objectif de l’étude préliminaire toxicocinétique qui fait l’objet de cette saisine est de déterminer les doses des PSP qui, administrées quotidiennement par voie orale, permettront de reproduire chez le lapin une exposition aux PSP, représentative de l’exposition de la femme enceinte, en termes de concentrations plasmatiques et urinaires.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet aboutira à une meilleure compréhension des effets d’un mélange de PSP sur la santé des mères et de leur progéniture via une exposition par voie orale. Ce projet contribuera à décrypter les mécanismes épigénétiques, et la façon dont ils peuvent induire des effets intergénérationnels comme des troubles cardio-vasculaires, métaboliques ou un dysfonctionnement gonadique. Les résultats obtenus aideront au suivi clinique des enfants SEPAGES après l’âge de 7 ans. De plus, ce projet va générer des informations relatives à la toxicité de l’exposition maternelle aux PSP et aux effets à long terme sur la descendance, ce qui représente un défi pour les autorités publiques telles que l’ANSES/EFSA, en termes de recommandations et d’évaluation des risques, pour les femmes enceintes et les nourrissons. L’étude toxicocinétique est indispensable pour déterminer le protocole d’administration des PSP qui permettra de reproduire chez la lapine l’exposition des femmes enceintes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Dans le cadre de la procédure 1, 24 lapines recevront une administration intraveineuse unique (N=12) ou une administration orale unique (N=12). Les lapines seront hébergées pendant 48h avant ou suivant l’administration dans une cage à métabolisme pour permettre le recueil de la totalité des urines produites à des intervalles de temps définis. Trois prélèvements de sang d’un volume de 6ml seront réalisés par lapine. La durée des administrations intraveineuses varie de 30 secondes à 2 minutes. La durée des prélèvements sanguins varie de 20 à 30 secondes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Risques de stress liés à la manipulation pour l’exposition par voie orale ou à la contention pour les prélèvements de sang (durée : le temps de la contention) – Une douleur peut apparaître au point de prélèvement de sang en raison de l’utilisation d’une aiguille (durée : le temps du prélèvement). Une crème anesthésiante sera appliquée sur la zone de prélèvement pour réduire la douleur associée à la ponction.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les lapines seront mises à mort à l’issue de la procédure afin de collecter un volume important de sang contenant l’ensemble des métabolites des substances administrées, dont les métabolites actifs. Le plasma isolé sera ultérieurement utilisé in vitro pour exposer des cellules placentaires en culture et évaluer les effets de l’ensemble des métabolites sur la fonction placentaire.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour l’ensemble du projet, il n’est pas possible de s’affranchir de l’utilisation d’animaux vivants car le devenir d’une molécule dans un organisme (toxicocinétique) n’est pas prévisible par des études in vitro compte-tenu de la complexité des mécanismes mis en jeu (absorption, destruction par la flore intestinale, métabolisme par le foie, élimination par les reins, …).
2. Réduction
Une réduction très importante du nombre d’animaux sera permise par l’administration des PSP en mélange. En effet, l’administration simultanée de 10 PSP permettra d’évaluer sur les mêmes animaux le devenir des 10 PSP et de réduire d’un facteur 10 le nombre d’animaux. La méthode d’analyse utilisée ne s’appuie pas sur des tests statistiques mais sur des modélisations spécifiques qui permettront d’estimer avec précision quel est le devenir dans l’organisme des substances étudiées en optimisant le nombre d’animaux utilisés.
3. Raffinement
La méthode d’analyse des données qui sera mise en oeuvre permettra de réduire à trois le nombre de prélèvements par animal. En effet, contrairement aux méthodes classiques d’analyse qui nécessitent d’obtenir un grand nombre de données sur le même animal, cette approche permettra d’analyser simultanément toutes les données obtenues avec des animaux différents. Pour l’enrichissement, les cages contiennent une chaînette, des mobiles suspendus, une plateforme et des blocs de foin compressé à ronger. Pour le confort de l’animal, les cages disposent de repose-pattes. Les animaux sont en cage individuelle mais positionnées les unes à côté des autres afin que les animaux soient en contact visuel et olfactif. Les salles d’hébergement disposent de blocs de phéromones maternelles (secure rabbit), qui diminuent les sources de stress et apaisent des animaux -L’état de santé des animaux sera surveillé tous les jours (niveau d’activité, comportement, posture au repos, pelage, alimentation, mouvements à la sollicitation). Si un animal présentait une altération de ces critères, une évaluation de la douleur serait réalisée avec la grille dédiée à l’établissement d’un score. Selon le score, une analgésie serait mise en place. Si la douleur persistait, l’euthanasie pourrait être envisagée en concertation avec le vétérinaire. Avant la procédure, les lapines seront habituées à être placées dans une boîte de contention. Une crème anesthésiante sera appliquée sur la zone d’injection afin de limiter la douleur. Un produit sera utilisé sur la zone de prélèvement de sang pour induire la dilatation des vaisseaux sanguins et faciliter la cathétérisation. Les animaux seront habitués au contact avec les expérimentateurs et une surveillance accrue des lapins par ces mêmes expérimentateurs sera réalisée lors de l’hébergement des lapins dans les cages à métabolisme. Pendant la période d’acclimatation, les animaux seront également habitués à séjourner dans une cage à métabolisme afin de les entrainer à coopérer lors des manipulations. Pour cela, ils seront placés dans les cages métaboliques pendant une durée croissante, soit successivement 1h, 2h, 4h et 8h par jour. Le contact visuel et olfactif ainsi que l’enrichissement seront maintenus lors de l’hébegement dans les cages métaboliques.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’espèce lapin a été choisie pour plusieurs raisons: i/ type de placentation plus proche de celle de l’humain que celle des rongeurs ii/ taille qui permet de réaliser un suivi de la gestation par échographie iv/ espèce pertinente pour étudier la toxicité sur le développement du fœtus et évaluer les effets à long terme v/ espèce plus appropriée à des fins de toxicocinétiques car, chez le lapin comme chez l’humain l’élimination urinaire prédomine pour les polluants organiques, contrairement à d’autres espèces, comme le rat et le chien, qui sont plutôt des excréteurs biliaires vi/ espèce pertinente car la production de stéroïdes gonadiques pendant la vie fœtale est similaire à celle de l’humain L’étude sera réalisé chez des lapines adultes car elle a pour objectif de définir les doses des composés mimant l’exposition des femmes en âge de procréer qui seront utilisées ultérieurement chez des lapines adultes pour évaluer les effets de cette exposition sur la santé néonatale.