
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 27/04/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-936863)
50 cochons et 25 chiens vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Ils subissent des prélèvements sanguins hebdomadaires, des prélèvements de moelle osseuse et l’implantation chirurgicale sous anesthésie de dispositifs oculaires, opérations pouvant durer plusieurs heures, pour évaluer jusqu’à une dizaine de prototypes censés restaurer la vision. À la fin, tous sont euthanasiés pour prélever et analyser les tissus, le porteur invoquant une obligation règlementaire. Sur le remplacement, il affirme que l’expérimentation sur l' »organisme entier » est « incontournable » et le recours à des mammifères de grande taille « nécessaire » pour reproduire l’anatomie humaine.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les pathologies oculaires entrainent des lésions qui peuvent affecter gravement la vision de manière irréversible. Ces pathologies sont multiples et peuvent atteindre les différents segments de l’œil : dégénérescence maculaire liée à l’âge, hyperpigmentation focale, rétinopathie chronique, décollement de rétine, néovascularisation, cataracte, glaucome, greffe de la cornée… Plusieurs pathologies de cécité résultent de la perte des photorécepteurs ou des cellules ganglionnaires de la rétine qui communiquent l’information visuelle au cerveau via le nerf optique. Différentes stratégies thérapeutiques sont à l’étude pour ralentir la dégénérescence des cellules par des approches pharmacologiques ou de thérapie génique. Les prothèses rétiniennes permettent de proposer une solution pour les patients ayant perdu la vision en réactivant les cellules rétiniennes résiduelles par stimulations électriques via un dispositif électronique. Ce projet de recherche s’intéresse aux nouvelles approches thérapeutiques dans le traitement des pathologies oculaires. L’objectif est de conduire des études permettant d’évaluer de nouveaux dispositifs médicaux implantables et de nouvelles approches chirurgicales visant à restaurer la vision et les fonctions altérées de l’œil. On entend par dispositif implantable tout dispositif destiné à être implanté de façon invasive en totalité dans le corps humain ou à remplacer une surface épithéliale grâce à une intervention chirurgicale et à demeurer en place après l’intervention. Jusqu’à une dizaine de dispositifs pourront être évalués dans ce projet Les différentes itérations de prototypes des dispositifs doivent être confrontées au modèle animal de grande taille qui permet de respecter les contraintes anatomiques trouvées chez l’homme en reproduisant fidèlement le contexte clinique, fonctionnel, anatomique et tissulaire visé pour les futures applications humaines. Les objectifs du projet sont doubles : raffiner les prototypes pour en geler les versions jugées efficaces (efficacité) et sécuritaires (innocuité) dans la phase initiale du projet, puis ces versions entreront alors dans la phase règlementaire du projet pour valider les dispositifs/méthodes/techniques selon la règlementation en vigueur (ISO 10993, BPL OCDE, GLP FDA 21 CFR part 58).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les avantages escomptés du projet sont : – Une amélioration de la sécurité et/ou de l’efficacité des implants, dispositifs et techniques évalués. – Une amélioration de la durabilité des implants (permettant par exemple d’éviter le rejet de ceux-ci et les ré opérations parfois multiples des patients), la réduction de l’invasivité du geste chirurgical et des temps opératoires (permettant par exemple la réduction du traumatisme tissulaire et du risque infectieux secondaires, corollaires de ces interventions) sont d’autres bénéfices attendus du projet. – Un autre avantage important des techniques mini-invasives est de permettre une récupération plus rapide des patients, une amélioration des capacités diagnostiques de la pathologie visée peut également être obtenue
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis aux interventions suivantes : – Des prélèvements sanguins sur animaux vigiles ou légèrement sédatés dont la fréquence pourra être couramment d’un prélèvement sanguin par semaine et d’une durée de moins de cinq minutes, – Des prélèvements tissulaires ou de moelle osseuse pourront être réalisés sous anesthésie générale, durant la phase d’implantation chirurgicale. – Des préparations à l’anesthésie pour les examens d’imagerie et d’implantation chirurgicale qui consistent en la pose d’un cathéter et en l’injection des produits utilisés pour la prémédication et l’anesthésie. Durée de moins de dix minutes. Comme pour les interventions chez l’Homme, les interventions chirurgicales et les examens d’imagerie sont toujours réalisés sous anesthésie générale (évitant tous stress et douleur pour les animaux) et pourront durer jusqu’à plusieurs heures en cas d’intervention chirurgicale complexe pour tous les animaux du projet.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances ou effets indésirables attendus sur les animaux sont exactement les mêmes que ceux attendus sur un futur patient humain : – la mise à jeun (12 heures) de l’animal préalablement à l’anesthésie, – la contention/manipulation/pose de cathéter au moment de la préparation de l’anesthésie, – les suites postopératoires (inflammation, douleur : jusqu’à plusieurs jours en fonction de l’invasivité de la technique), pour cela des mesures de raffinement sont mises systématiquement en place pour minimiser ces effets (comme par exemple la protection des plaies, l’usage de traitements anti-inflammatoires et anti-douleur).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Pour toutes les procédures du projet, la nécessité de collecter des données scientifiques se fera au niveau clinique, au niveau biologique (hématologie et biochimie par exemple), au niveau fonctionnel (données issues des scanners, IRM par exemple) et enfin au niveau tissulaire par la réalisation d’une évaluation nécropsique et d’une évaluation histopathologique après euthanasie des animaux qui déterminera la tolérance locale et générale ainsi que l’altération du dispositif (durabilité). La bonne réalisation de ce suivi règlementaire garantit donc une évaluation complète et des dispositifs testés dans le projet.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La validation des dispositifs médicaux implantables dans ce projet requiert la vérification de la sécurité et de l’efficacité des implants. En effet leur utilisation in fine chez les patients représente des procédures à haut risque létal et il est donc indispensable d’avoir recours à l’expérimentation animale au préalable afin de vérifier le bon fonctionnement des dispositifs et des méthodes d’implantation, leur innocuité et leur durabilité. L’expérimentation sur l’organisme entier, et donc sur animal vivant est incontournable, c’est une obligation règlementaire dans le cadre de l’évaluation des dispositifs médicaux implantables.
2. Réduction
Le nombre d’animaux a été évalué prospectivement et réduit au minimum nécessaire pour répondre aux besoins et objectifs scientifiques. Pour réduire le nombre d’animaux, des sélections par méthodes d’imagerie peu invasives sont mises en place (Imagerie par Résonnance Magnétique, Scanner, Echographie, Rayons X …), permettant par exemple une reconstruction 3D des structures d’intérêt. Un bilan intermédiaire en cours de projet sera effectué pour s’assurer de la pertinence de cette estimation.
3. Raffinement
Les modèles animaux suivront exactement le cheminement d’un futur patient avec les mêmes exigences et techniques médicales mises en œuvre pour la réalisation des interventions (personnel hautement qualifié, plateau technique opératoire et d’imagerie de pointe). L’ensemble des procédures est conçu pour réduire au maximum le stress, l’angoisse et les contraintes sur les animaux comme le recours systématique à l’anesthésie générale durant les interventions d’imagerie et les procédures chirurgicales. La localisation de la plateforme d’imagerie sur le site même des animaleries permet de réaliser ces examens sur place, réduisant ainsi le recours aux transports pour les animaux et le stress associé. Les paramètres vitaux sont enregistrés et contrôlés par des techniciens spécialisés en anesthésie afin d’adapter les perfusions, l’assistance respiratoire et les dosages d’anesthésiques et d’antalgiques. Les protocoles de réanimation sont standardisés et réalisés par des vétérinaires chirurgiens spécialisés. Pendant et après ces procédures, des protocoles de prises en charge de la douleur sont systématiquement appliqués (Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens et/ou opioïdes). Les animaux sont hébergés systématiquement en groupe sociaux ou individuellement pour les besoins de l’étude, ils ont accès à un enrichissement environnemental multimodal (social, alimentaire, manipulatoire et physique) et dans des conditions environnementales d’hébergement contrôlées et maîtrisées (température et ventilation). Un bilan intermédiaire en cours de projet sera effectué pour évaluer les dommages réellement subis par les animaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les dispositifs ophtalmiques testés dans ce projet doivent l’être sur une anatomie qui ressemble à celle de l’Homme avec les mêmes dimensions pour mimer l’anatomie de patients humains qui vont de l’enfant à l’adulte. Pour tester l’implantation de dispositifs conçus pour s’adapter à l’œil humain, le recours à des mammifères de grande taille est donc nécessaire. L’anatomie et la physiologie des yeux des ruminants étant trop éloignées de celle de l’homme (champ de vision élargi, netteté diminuée, temps d’adaptation lumière …), les différences interspécifiques de la nature tissulaire et de la forme et taille anatomique et aussi de fonction requiert l’emploi de plusieurs espèces différentes pour optimiser l’expérimentation et l’évaluation des dispositifs de ce projet, le projet prévoit le recours à des modèles porcins et canins justifiés par une taille et une fonction oculaires proche de ceux de l’Homme. Les animaux utilisés pourront être des juvéniles ou adultes. L’objectif scientifique est d’avoir une anatomie de taille ou une situation clinique comparable à celle observée chez l’Homme.