
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 19/06/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-494273)
92 bovins, vaches et veaux, vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, les vaches replacées dans l’élevage et les veaux vendus pour la croissance selon la pratique commerciale. L’essai teste des variétés de colza et des procédés de fabrication de tourteaux censés réduire le « stress oxydant » autour de la mise bas, avec sept prises de sang sur les vaches et cinq sur les veaux. Le porteur affirme qu’aucun impact négatif de l’alimentation n’est attendu et que la traite reste conforme à la pratique standard. La finalité affichée est de fournir à la filière laitière un tourteau valorisable et un lait enrichi en antioxydants, un objectif commercial autant que sanitaire.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Nous étudions les effets de régimes à base de colza sur le concept d’une seule Santé pour l’animal et pour l’homme. Certaines variétés de colza apporteraient des composés spécifiques permettant de diminuer le stress oxydant des vaches ingérant des tourteaux de ces colzas. Le stress oxydant de souris modèle de l’homme et de veaux ingérant le lait de ces vaches pourrait également être diminué. Cette demande d’autorisation à expérimenter porte spécifiquement sur un essai sur vaches autour de la période de mise bas et sur des veaux recevant le colostrum et le lait de ces vaches. La période autour de la mise bas pour la vache et de la naissance pour son veau sont des périodes où le stress oxydant est important. Les vaches (4 groupes) recevront donc avant la mise bas et en début de lactation 4 régimes alimentaires. Deux régimes contiennent ces variétés de colza spécifiques et un régime n’en contient pas. Un quatrième régime permettra de tester sur une des 2 variétés de colza si le processus de fabrication du tourteau a dégradé l’apport de ces composés spécifiques par une intensité de chauffage du tourteau trop importante à la fabrication. Le lait des mères sera distribué aux 4 groupes de veaux pendant 5 semaines à partir de la naissance.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permettra d’identifier l’effectivité de variétés de colza et de traitements technologiques protecteurs lors de la fabrication de tourteaux pour préserver la vache et son veau du stress oxydant autour de la mise bas. Il pourrait donc fournir des pistes pour la filière bovine laitière pour développer des tourteaux de colza qui seraient bénéfiques à la santé des vaches et des veaux, avec le potentiel de réduire l’usage des traitements médicamenteux en élevage. Ces tourteaux pourraient apporter un atout nutritionnel supplémentaire au lait de consommation, enrichi ainsi en antioxydants. D’un point de vue des connaissances scientifiques, il permettra d’étudier si les molécules d’intérêt contenues dans ces colzas sont métabolisées et présentes dans le sang des vaches alimentées avec ce type de régime, puis dans leur colostrum et le lait, et enfin, s’ils sont transmis au veau in utero puis lorsqu’ils sont nourris avec le colostrum puis le lait. L’objectif est de déterminer le statut oxydant des vaches et de leurs veaux et les relations avec leur statut immunitaire.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Des prises de sang, réalisées sur vaches (7 prélèvements répartis sur 9 semaines) et veaux (5 prélèvements répartis sur 5 semaines), permettront un suivi précis des hormones et métabolites d’intérêt. Ces prises de sang dureront chacune au maximum 5 min.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans cet essai, les apports alimentaires sont conformes aux recommandations préconisées en alimentation pour l’élevage de vaches en fin de gestation et début de lactation ainsi que pour celui des veaux dans les 5 premières semaines de vie. Il ne devrait donc y avoir aucun impact négatif de l’alimentation sur la santé ou le bien-être des animaux. La traite est pratiquée selon la pratique standard en élevage et n’engendre pas de contrainte aux vaches. Les prises de sang, réalisées sur vaches et veaux, peuvent générer un léger stress pour les animaux, mais leurs réalisations rapides (au plus 5 min), par le personnel formé de l’établissement utilisateur, permettront de limiter ce stress.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les 2 procédures expérimentales, l’une sur vaches, l’autre sur veaux, sont légères. Les vaches seront replacées dans l’établissement utilisateur après l’essai, les veaux seront vendus pour continuer leur croissance selon la pratique commerciale standard.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’existe pas d’alternative in vitro pour tester l’effet des composés bioactifs présents dans la ration pour réduire à la fois le stress oxydant qui survient chez la vache laitière au moment de la mise bas et celui de son veau recevant son colostrum (première sécrétion lactée, riche en immunoglobulines) puis son lait.
2. Réduction
Nous avons réduit le nombre de vaches et de veaux à utiliser dans ces 2 procédures en nous référant à des essais similaires publiés sur l’effet d’autres types de composés (comme les vitamines) sur le stress oxydant des vaches à la mise bas et sur celui des veaux à la naissance et dans les premières semaines de vie. Le nombre de vaches (52) a été raisonné pour avoir 4 lots de 12 vaches en début d’essai (48 vaches) qui recevront 4 traitements alimentaires. De plus, 4 vaches nourrices recevant chacune un des 4 régimes alimentaires fourniront du lait en début de lactation aux premiers veaux à naitre. Le nombre de veaux retenu pour réaliser l’essai est de 40 veaux mâles (4 lots de 10 veaux qui recevront 4 traitements alimentaires). Dans les 2 essais, le schéma expérimental sera continu. Les analyses statistiques pratiquées seront des analyses de variance.
3. Raffinement
Hormis les prises de sang, le protocole ne modifie pas les conditions d’élevage des vaches et des veaux nouveaux nés. En effet, les apports énergétiques et protéiques des rations seront ajustés dans la gamme des apports recommandés pour les vaches et leurs veaux, visant à ne pas engendrer de perturbation par rapport à une conduite d’élevage classique non expérimentale. La traite des vaches est pratiquée selon la pratique standard en élevage et n’engendre pas de contrainte aux vaches. Pour réaliser les prises de sang, les vaches seront placées devant leur auge et bloquées au cornadis comme au moment de l’alimentation. Elles ne subiront donc aucun stress lié à ce blocage car elles y sont habituées (pratique quotidienne). La durée maximale pour le prélèvement de sang est limitée à 5 min chez la vache comme chez le veau afin de limiter le stress induit. Lors de la réalisation des prises de sang, le temps de contention manuel pratiqué sur les jeunes veaux sera minimisé à 5 min afin de limiter le stress induit. De plus, le personnel des installations est formé à la réalisation de ce geste ce qui contribue à minimiser le stress induit. Ce personnel est de plus formé en expérimentation animale et est sensibilisé à la douleur animale.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La problématique de l’étude, assez spécifique aux vaches laitières et à leurs veaux, nécessitera de travailler avec cette espèce. Les vaches seront de race Prim’Holstein. Il s’agit de la race de vache laitière la plus répandue dans le monde. Les veaux sont des veaux mâles croisés Prim’Holstein et Blanc Bleu Belge qui est une race à viande. Les résultats de ce projet ont vocation à être diffusés au niveau international. Il nous faut des vaches laitières adultes pour étudier l’effet des molécules d’intérêt présentes dans le lait apporté aux veaux. Dans cet essai, nous utiliserons des vaches multipares ayant déjà mis bas au moins une fois et ayant réalisé au moins une lactation. Le stress oxydant chez les vaches laitières se produit au moment de la mise bas ; c’est pourquoi nous étudierons la phase autour de la mise bas (4 semaines avant la mise bas et 5 semaines après). Le stress oxydant chez les veaux est maximum au cours des premières semaines de vie et l’immunité propre s’acquiert lors de cette période. Le veau dispose d’abord d’une immunité transmise via le colostrum de sa mère, qui diminue pour être minimale à l’âge de 3 semaines de vie, avant de développer sa propre immunité. C’est pourquoi, nous avons choisi d’étudier l’effet de ces apports de molécules par le lait, de la naissance à l’âge de 5 semaines chez le veau.