
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/08/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-254439)
4 000 poulets de chair vont être utilisés, tous envoyés à l’abattoir ou vendus au personnel à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Le protocole vise à provoquer volontairement des boiteries douloureuses, par nécrose des têtes fémorales, au moyen d’un sol modifié pendant les quarante-deux jours d’élevage. L’objectif est de tester une trentaine de solutions alternatives aux antibiotiques et de réduire une pathologie fréquente en élevage industriel. Le porteur qualifie les nuisances de légères tout en euthanasiant les animaux dès qu’une boiterie atteint un stade modéré, et décrit l’espèce visée comme le seul modèle possible.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Depuis plusieurs années, les boiteries avec composante bactérienne (nécroses des têtes fémorales) constituent un problème majeur en élevages de poulets de chair. Les germes associés à cette pathologie sont multiples (Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Enterococcus caecorum etc.) et conduisent à des utilisations d’antibiotiques qui peuvent être importantes. En effet, une émergence de maladies avicoles liées au germe Escherichia coli, avec davantage de problèmes locomoteurs a été observée depuis les années 2000, passant de 0.3% en 2006 à 8% en 2017 et 7% en 2018. L’infection et la nécrose des cellules du cartilage de l’os sont douloureuses pour l’animal, qui réduit ses déplacements, donc sa fréquentation des abreuvoirs et des mangeoires, ce qui peut conduire à la mort par déshydratation et/ou arrêt de la prise alimentaire. Il s’agit donc à la fois d’un problème de bien-être animal, d’un problème sociétal lié à l’utilisation d’antibiotiques et d’un problème économique, les pertes (mortalité, morbidité, baisses de croissance) pouvant être conséquentes. La compréhension de ce phénomène fait l’objet de quelques travaux dans la littérature mais la recherche de solutions est complexe, notamment car nous ne disposons pas à ce jour d’un modèle expérimental reproductible et représentatif du problème terrain en station expérimentale. Un tel modèle permettrait de comparer rapidement et avec une intensité de symptômes contrôlée un grand nombre de solutions alternatives aux antibiotiques potentielles.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce modèle présente plusieurs avantages : – il est représentatif du problème observé sur le terrain. Il assure que les solutions mises en évidence pour leur efficacité en station le soient également dans le futur dans les élevages. – il est mis en œuvre dans une station avec des conditions d’élevage standardisées et homogènes. Il permet ainsi de comparer en un minimum de temps un maximum de solutions potentielles, sans biais lié à l’environnement de travail. Les 5 essais réalisés permettront de tester 30 solutions différentes (avec dans chaque essai un témoin négatif et un témoin positif pour en valider le bon déroulement), et pourraient conduire en 5 ans à l’élaboration d’une solution permettant de réduire notablement les problèmes de boiteries sur le terrain. Il faut également noter que la mise en évidence d’une solution efficace à travers ces tests sur 4000 poulets permettra à terme de réduire une pathologie qui concerne plusieurs milliers d’animaux sur le terrain.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à des conditions spécifiques d’hébergement (strucuture du sol modifié) pendant 42 jours (durée d’élevage des animaux). Aucune autre intervention ne sera réalisée sur les animaux hormis des relevés de poids par parquet 8, 21, 35 et 42 jours après le début de l’essai (environ 5 minutes par parquet).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le modèle a pour but de favoriser l’apparition de troubles locomoteurs chez le poulet de chair. Les nuisances ou effets indésirables attendus sur les animaux sont donc des douleurs/lésions/maladies au niveau des pattes des poulets, douleurs liées à un environnement non adapté (qualité de la litière). Ces nuisances seront de classe légère. Un animal qui présentera une de ces nuisances à un niveau de classe modérée sera retiré de l’étude (euthanasie).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
L’élevage des poulets jusqu’à 42 jours en station conduit à un poids vif équivalent aux poulets lourds engraissés jusqu’à 49 jours sur le terrain. Les animaux sont donc envoyés en abattoir dans des conditions identiques à celles des poulets élevés sur le terrain ou vendus au personnel de la station.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les nécroses des têtes fémorales sont une pathologie complexe, d’origine multifactorielle, et dont les causes ne sont pas encore clairement établies. De ce fait, il n’est pas possible à ce jour de développer un système prédictif des boiteries ou un modèle mathématique (qui supposerait d’ailleurs que nous connaissions les solutions efficaces pour réduire cette pathologie, alors qu’il s’agit justement de l’objectif du projet). De même, il n’existe pas de modèle in vitro validé sur ce sujet. Pour le moment, seul un modèle in vivo peut permettre d’évaluer des solutions transposables sur le terrain, c’est-à-dire qui seront aussi efficaces en élevages qu’en essai.
2. Réduction
Lors de leur mise en place, les poussins sont placés à raison de 50 individus par parquet. Cela permet de tenir compte du taux de mortalité « naturelle » avant 14 jours (poussins porteurs de pathologies ou de défauts non décelées au couvoir), mais aussi d’éliminer les animaux présentant des symptômes de pathologies non liées au modèle expérimental, qui pourraient fausser les résultats. Le dispositif permet de tester 8 traitements, à raison de 2 parquets par traitement, ce qui constitue un compromis entre tester plusieurs solutions simultanément et avoir au moins 2 répétitions pour assurer la fiabilité des données.
3. Raffinement
La capacité de déplacement des animaux est régulièrement évaluée sur une échelle de 0 (déplacement normal) à 3 (incapacité à se déplacer). A minima 2 fois par semaine, les poulets présentant un score de boiteries supérieur ou égale à 2 (défaut évident qui affecte la capacité de déplacement) sont euthanasiés selon la méthode décrite au point 3.3.3. Ainsi, aucun animal présentant une boiterie affectant visiblement sa capacité à accéder à l’eau ou à l’aliment n’est laissé en souffrance. Afin de réduire le stress des animaux dans les conditions particulières de cet essai : – L’eau et l’aliment sont laissés en accès libre et les niveaux nutritionnels couvrent les besoins d’entretien et de croissance des animaux. – Les manipulations d’animaux vivants sont réduites au minimum et le modèle n’est pas invasif : pesée collective à la mise en lot, trois fois pendant l’essai (J8, J21, J35) et une fois à la fin de l’essai (J42).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Il s’agit de l’espèce cible. Par ailleurs, la méconnaissance des processus métaboliques à l’origine des nécroses des têtes fémorales chez l’oiseau ne permet pas d’établir un parallèle avec une autre espèce. Enfin, le cycle d’élevage court de la volaille permet de limiter la durée des dommages dans les conditions de la procédure expérimentale. Il est communément admis que les nécroses des têtes fémorales trouvent leur origine dès la phase de démarrage de l’élevage des poulets, ce qui nécessite de commencer l’essai dès 1 jour d’âge. L’expression maximale des boiteries s’observe en fin d’élevage, et elles sont plus marquées sur des poulets dits « lourds », élevés jusqu’à 49 jours sur le terrain. Les conditions sanitaires préservées de la station permettent néanmoins d’obtenir un poids vif proche du poids final du terrain dès 42 jours. De ce fait, la durée de l’essai sera de 1 jour d’âge jusqu’à 42 jours d’âge, afin de permettre l’expression des boiteries jusqu’au poids vif représentatif du terrain.