
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 17/01/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-001243)
1800 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance allant de modéré à sévère. Elles sont enfermées quatre heures dans un réacteur, privées d’eau et de nourriture, et exposées à des gaz industriels jusqu’à des concentrations où la moitié des souris meurent, pour déterminer la concentration létale 50. Le porteur indique que l’exposition peut provoquer perte de poids, détresse respiratoire, tremblements, convulsions ou paralysie, les survivantes étant tuées 48 heures ou 14 jours après pour prélever poumons et moelle osseuse. Il justifie l’essai par la protection de l’environnement et des personnes exposées accidentellement à ces gaz destinés à remplacer le SF6.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les gaz fluorés sont largement utilisés comme réfrigérants dans les équipements électriques de moyenne et haute tension ; et en particulier le gaz SF6 (hexafluorure de soufre). La réglementation liée à ces gaz tend à évoluer afin de les interdire de façon définitive car ce sont de puissants gaz à effet de serre et donc particulièrement nocifs pour l’environnement. Ce projet a pour objectif d’étudier la toxicité éventuelle de gaz susceptibles de remplacer le SF6 afin de protéger les personnes susceptibles d’y être exposées accidentellement. Pour ce faire, la toxicité aiguë et la génotoxicité de gaz seront évaluées chez la souris. Premièrement, nous évaluerons la toxicité aiguë de gaz après une inhalation unique chez la souris afin de déterminer la concentration létale 50 (CL50) qui correspond à la concentration à laquelle 50% des animaux décèdent suite à l’expérience. Ce paramètre permet de comparer les gaz entre eux quant à leur potentiel toxique. Pour cela, des souris seront exposées à 6 concentrations maximum du gaz à tester. Ensuite, nous évaluerons la génotoxicité de ces gaz afin de déterminer leur capacité à induire un dysfonctionnement ou une altération du génome en endommageant l’ADN. Pour cela, des souris seront exposées à 3 concentrations du gaz à tester (DMT, DMT/2 et DMT/4). La DMT correspond à la dose maximale tolérée, c’est-à-dire la dose la plus élevée qui sera tolérée sans faire apparaitre de signe clinique de toxicité important. Les animaux seront euthanasiés 48 heures après l’exposition et la moelle osseuse sera analysée pour évaluer l’impact du gaz sur le génome.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet a pour objectif d’étudier la toxicité éventuelle de gaz susceptibles d’être utilisés dans des équipements électriques à moyenne et haute tension afin de remplacer le SF6. En effet, le SF6 est un gaz à effet de serre important et d’ici quelques années son usage sera interdit en raison de son impact négatif sur l’environnement. Le premier bénéfice attendu est la protection de l’environnement. La toxicité des gaz susceptibles de remplacer le SF6 doit être testée chez l’animal afin de protéger les personnes susceptibles d’y être exposées accidentellement. Le second bénéfice attendu est la protection de la santé humaine.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Lors des 2 procédures, les animaux sont exposés pendant 4h au gaz. Par la suite les animaux sont quotidiennement observés jusqu’à leur euthanasie 14 jours après l’exposition ou 48 heures après l’exposition. Pendant cette période, auncun prélèvement et aucune procédure n’est réalisée.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux étant enfermés durant 4 heures dans le réacteur permettant leur exposition au gaz, ils subissent un stress important. De plus, durant ces 4 heures, ils sont privés d’eau et de nourriture. Cette exposition peut provoquer une perte de poids significative dans les jours suivants. Les souris peuvent avoir une apparence générale modifiée (dos vouté, piloérection, irritation cutanée, irritation oculaire, irritation des muqueuses cutanées et respiratoires, comportement hypertonique ou hypotonique, vocalises anormales). Le système respiratoire peut également être atteint (hypo/hyper ventilation, râles, dyspnée). L’exposition au gaz peut aussi avoir un impact sur le système nerveux central (tremblements, inclinaison de la tête, convulsions, paralysie).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de chaque procédure, les animaux sont euthanasiés. Un examen macroscopique des organes est réalisé et un prélèvement des poumons ou des 2 fémurs (pour prélèvement de moelle osseuse) sont effectués.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Nous évaluons la toxicité de gaz chez la souris après une exposition par voie inhalée. En effet, ces gaz utilisés dans les transformateurs électriques sont susceptibles d’être toxiques chez l’Homme lorsqu’ils sont inhalés de façon chronique ou accidentelle. Ainsi, il est important d’évaluer la toxicité chez la souris en testant la même voie d’exposition et ses répercutions au niveau des organes notamment au niveau pulmonaire. Aucune méthode alternative ne le permet.
2. Réduction
Afin de réduire le nombre d’animaux utilisés pour l’étude de toxicité aigüe, des analyses approfondies de la composition chimique d’un nouveau gaz à tester sont réalisées et sont comparées à celles de gaz d’ores et déjà testés lors d’études antérieures. Les données obtenues nous permettent de mieux cibler et diminuer le nombre de concentrations à tester (et ainsi de réduire le nombre de souris). Par exemple, pour un gaz, tester la toxicité de 5 niveaux de concentrations au lieu de 6 permet de réduire de 10 animaux. Pour l’étude de la génotoxicité, 5 souris mâles et 5 souris femelles sont nécessaires par niveau de concentration. Afin d’avoir une relation dose/réponse, 3 concentrations sont testées (dose maximale tolérée (DMT), DMT/2 et DMT/4). Les concentrations sont choisies en fonction des résultats des études de toxicité aiguë. Afin de réduire de moitié le nombre de souris, si l’évaluation de la toxicité aiguë ne montre pas de différence entre les mâles et les femelles, alors l’étude de génotoxicité sera réalisée seulement chez les souris mâles.
3. Raffinement
Tout d’abord, les animaux ne sont pas manipulés pendant au minimum 5 jours après réception pour ne pas les stresser et leur laisser le temps de s’habituer à leur nouvel environnement. Tout au long des expériences, les animaux sont hébergés par groupe pour favoriser la socialisation avec leur congénère. Les cages contiennent de l’enrichissement (igloos, tunnels, bois à ronger) afin de réduire le stress et pour favoriser le comportement d’espèce. Suite à l’exposition au gaz, les animaux sont surveillés quotidiennement avec attention : le poids est évalué tous les jours et un examen clinique est effectué au minimum une fois par jour pour permettre de détecter tout signe de douleur ou de souffrance. En fonction de l’état des animaux, une évaluation des points limites spécifiques à cette étude est réalisée. De plus, si un animal souffre et a du mal à s’alimenter ou à boire, de la nourriture gélifiée est disposée dans la cage. Dans le cas où un animal présente des signes de détresse, plusieurs visites sont effectuées dans la journée pour le surveiller.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Lors d’études de la toxicité aiguë par inhalation et de la génotoxicité, la réglementation oriente vers l’utilisation de jeunes rongeurs en bonne santé, c’est pourquoi notre choix se porte sur l’utilisation de souris jeunes adultes ayant un âge compris entre 8 et 12 semaines.