
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-01-19 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-499586)
180 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles subissent une chirurgie provoquant un accident vasculaire cérébral, reçoivent un inhibiteur en injection quotidienne, puis sont tuées 24 heures après pour analyse des lésions. Le porteur décrit une paralysie latérale, une perte de sociabilité et de vitalité, qu’il présente comme non douloureuse par transposition de l’observation humaine. Il affirme que le recours au modèle murin est « irremplaçable » en raison de la complexité des mécanismes de l’AVC.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les accidents vasculaires ischémiques cérébraux (AVC) sont la deuxième cause de mortalité dans le monde. Ils sont causés par l’obstruction d’une artère cérébrale par un caillot sanguin. La restauration de la circulation sanguine le plus rapidement possible dans l’artère occluse est le seul traitement des infarctus cérébraux. Toutefois, dans environ 30% des cas, cette restauration du flux sanguin dans l’artère cérébrale occluse, bien qu’indispensable, entraine l’apparition de nouvelles lésions appelées « lésions de reperfusion ». Les mécanismes sont complexes et impliquent un dysfonctionnement du vaisseau et une réponse inflammatoire importante conduisant à une perméabilité vasculaire et à la mort neuronale. Notre équipe étudie le rôle d’une famille de protéines dans différents contextes physiopathologiques. Alors que les souris exprimant une forme inactive de cette protéine sont normales, nous venons de mettre en évidence son rôle dans le contexte pathologique de l’AVC. Ces souris sont protégées de la perméabilité vasculaire, de l’œdème, et présentent des lésions cérébrales réduites. Ces résultats identifient la protéine d’intérêt comme une cible thérapeutique intéressante dans le contexte de l’AVC. Nous avons établi un partenariat pour générer un inhibiteur (bloqueur) de cette protéine que nous allons tester sur le modèle murin d’AVC. A terme, ce projet a pour but d’améliorer la prise en charge des patients en protégeant le vaisseau au moment de la reperfusion de l’artère bouchée, afin de diminuer les lésions cérébrales post-AVC et donc les séquelles chez les patients.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet permettra de valider l’efficacité de molécules candidates les plus prometteuses sur la protection des lésions post-AVC.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les animaux seront soumis à 1 injection/jour d’un inhibiteur pour induire l’inhibition de la protéine d’intérêt. Une procédure chirurgicale sera réalisée pour induire un AVC (intervention qui dure environ 15 min sous anesthésie et analgésie). Les animaux seront ensuite euthanasiés (24h après la chirurgie) pour être analysés. Pour l’évaluation de la perméabilité des vaisseaux sanguin : 1 seule injection (veine de la queue) de colorant sera réalisée (animal anesthésié) suivie de l’euthanasie de la souris 30min apres l’injection pour analyse.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les souris seront soumises une chirurgie pour induire un AVC (chirurgie réalisée sous anesthésie générale en présence d’analgésique en prè-opératoire et post-opératoire). Les souris seront euthanasiées 24h après la chirurgie et l’ischémie cérébrale sera analysée. L’ischémie cérébrale entraine une paralysie latérale (patte avant rétractée, œil fermé, animal tourne sur lui-même toujours dans le même sens ou dans certains cas vrille sur lui-même), une perte de sociabilité et de vitalité. Chez l’Homme, cette paralysie latérale due à l’ischémie, bien qu’impressionnante, n’est pas douloureuse. Nous pouvons donc penser qu’il en est de même chez l’animal. Les animaux ne seront pas impliqués dans plusieurs procédures.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Les animaux seront euthanasiés afin d’analyser les lésions d’ischémie cérébrale.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Le recours au modèle murin est irremplaçable pour le déroulement de ce projet pour deux raisons majeures : (i) la complexité des mécanismes mis en jeu dans un contexte physiopathologique intégré non modélisable par des approches in vitro et (ii) le test d’inhibiteurs sélectifs pour la protéine d’intérêt que nous souhaitons valider in vivo.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Les doses d’inhibiteurs à injecter ainsi que la voie d’administration (intraveineuse ou orale) seront déterminés en fonction des tests ADME (Absorption, Distribution, Métabolisme, et Excrétion) et de pharmacocinétiques (concentration maximale, demi-vie, volume de distribution, clairance et biodisponibilité) qui sont en cours de réalisation par notre collaborateur. Le nombre de souris sera diminué en fonction des résultats obtenus au cours de la procédure. Nous obtiendrons dans un premier temps des résultats préliminaires sur 1 lot de 6 animaux nous permettant de définir s’il peut exister des différences statistiquement quantifiables entre les différents groupes (traité / non traité). Si ces différences existent, elles seront statistiquement affinées avec des groupes de 10 souris si besoin. Le traitement « antiplaquettaire + inhibiteur » sera réalisé uniquement si des résultats concluants sont obtenus avec l’inhibiteur seul.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les souris ont un accès illimité à la nourriture et boisson. Si besoin de l’aliment hydraté sera mis à disposition dans la cage. Du papier, du carton et/ou des cubes de bois seront rajoutés dans la cage. Une observation quotidienne (plusieurs fois par jour) des souris sera réalisée par les zootechniciens et les expérimentateurs. Expérimentation réalisée sur souris anesthésiées et analgésiées. L’injection de l’analgésique sera également réalisée en post-opératoire (6 à 8h après la chirurgie puis après 8 à 12h). Un anesthésique local en injection intradermique sera également administré avant l’incision (chirurgie). La procédure sera réalisée sur plaque chauffante à 37°C pour le confort de l’animal au réveil. Expérience en manipulation des animaux et en chirurgie des expérimentateurs (formation en chirurgie validée). Le suivi des souris sera réalisé 3 fois par jour par les zootechniciens (matin) et l’expérimentateur (midi et soir) tout au long de la procédure. La vitalité et les expressions faciales seront évaluées (ouverture des yeux, nez et joues « froncées », position des oreilles et des moustaches). Les points limites seront basés sur la perte de poids (maximum 20% du poids initial) et sur l’examen visuel des signes suivant : léthargie, inconscience.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Ce projet a pour but de tester l’impact d’inhibiteurs nouvellement synthétisés spécifiques de la protéine d’intérêt (aucun inhibiteur n’est actuellement disponible sur le marché) dans la progression des lésions cérébrale post-AVC afin de voir si nous reproduisons l’effet protecteur obtenu avec des souris exprimant une forme inactive de la protéine d’intérêt. A terme, cette étude a pour but d’améliorer la prise en charge des patients en protégeant l’endothélium au moment de la reperfusion. Les effets pléïotropes dans ce contexte font intervenir des fonctions cellules multiples dans l’organisme non modélisables par des approches in vitro. Le recours à l’expérimentation animale est donc l’unique approche permettant de tester ces molécules dans ce contexte physiopathologique de l’AVC. Nous utiliserons des souris de 10 à 12 semaines (âge adulte).