
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-01-19 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-581355)
288 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Une partie reçoit pendant la gestation une injection intra-abdominale d’un traceur, les descendants subissant ensuite des prélèvements de sang sous anesthésie et une batterie de tests comportementaux dont le détail n’est pas précisé, jusqu’à douze mois. Le porteur relie ce projet à un précédent et cherche à établir si une carence en vitamines B pendant la gestation aggrave la maladie de Huntington. Il affirme qu’aucun modèle non-animal ne convient à cette approche développementale et comportementale.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Ce protocole in vivo est complémentaire du premier de même type précédemment validé (2020-2023). Le précédent projet a confirmé que la carence en vitamines B pendant la vie adulte était un facteur aggravant de la maladie de Huntington, notamment en terme de précosité des symptômes. Mais, alors qu’il est connu que les carences en vitamines B sont en lien avec des effets à long terme de type « programmation foetale », nous émettons l’hypothèse qu’une carence géstationnelle en vitamines B pourrait avoir une influence sur les mécanismes de développement embryonnaires et post-embryonnaires, sur la survenue et la gravité de la maladie de Huntington, dont les manifestations sont plutôt caractéristiques des âges adultes. Or cette maladie est incurable et cette étude pourrait nous permettre de mieux comprendre les mécanismes liant la carence en vitamines B12/B9 et la mise en place éventuellement précoce de la maladie. L’objectif final serait alors de trouver des potentiels cibles thérapeutiques pour freiner la progression de la maladie.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
La maladie de Huntington est incurable et cette étude pourrait nous permettre de mieux comprendre les mécanismes liant la carence en vitamines B12/B9 et la mise en place éventuellement précoce de la maladie. Et ainsi trouver des potentiels cibles thérapeutiques pour freiner la progression de la maladie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
30 souris seront injectées (cavité abdominale) avec 200 µl d’une solution aqueuse d’un traceur de multiplication cellulaire, une seule fois pendant la gestation, durée de l’intervention moins d’une minute. 240 animaux nés et suivis au cours de leur vie seront prélevés d’une goutte de sang (100µl) sous anesthésie une seuls fois à 3, 6 et 9 mois d’âge; intervention d’une durée d’environ 1 minutes (hors temps d’anesthésie). 240 animaux nés et suivis au cours de leur vie passeront une batterie de tests comportementaux observationnels; chaque test ponctuel ayant une durée relativement courte (5 minutes ou moins).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Le seul effet indésirable prévisible sera l’injection ponctuelle intra-abdominale du traceur de prolifération cellulaire chez les mères et le prélèvement de d’une goutte de sang chez les animaux après la naissance. Une étude du même type précédemment autorisée a montré que parfois certaines souris âgées de plus de 12 mois peuvent présenter des démangeaisons cutanées. Cependant, pour ce projet, nous n’irons pas au delà de 12 mois d’âge.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux sont euthanasiés à la fin de chaque procédure pour effectuer les prélèvements de tissus nécessaires à l’étude.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Il n’est pas possible de faire cette étude sur des modèles non-animaux, en raison de l’approche développementale puis comportementale. L’utilisation du modèle murin de la maladie permet de mimer au mieux la phytopathologie de la maladie de Huntington retrouvé chez l’Homme. Ce modèle nous permet de suivre la mise en place et la sévérité des symptômes moteurs, cognitifs et/ou psychiatriques retrouvés chez l’Homme, au cours d’une temporalité, elle aussi, semblable à celle retrouvée chez l’Homme. Ceci nous permet de mieux comprendre les mécanismes impliqués et d’espérer trouver des nouveaux biomarqueurs et/ou cibles thérapeutiques chez la souris mais transposables à l’Homme.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le nombre d’animaux par groupe est calculé au plus juste avec l’utilisation d’un logiciel statistique et selon (1) l’expérience des porteurs du projet sur les carences vitaminiques et (2) l’analyse des résultats de la précédente étude du même type. D’après notre prospective, 10 individus par groupe sont suffisants, alors qu’auparavant, certaines études comportementales proposaient 12 à 15 individus par groupe.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Un enrichissement des conditions d’hébergement est prévu avec buchettes de bois et du papier absorbant. Lors des procédures d’injection et de prélèvement de sang, les animaux seront anesthésiés à l’aide d’isoflurane (5% air) et ces actes ne dureront que très peu de temps (moins d’une minute hors temps d’anesthésie). Les points limites sont déterminés à l’aide de différents paramètres observables, dont la posture, les comportements quotidiens et l’évolution de la masse corporelle de l’animal (frêle, inactif, peu ou pas de prise de poids, voir perte de poids).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La souris est le seule espèce permettant une étude de la maladie de Huntington selon un modèle génétiquement modifié. L’étude à long terme dite « de programmation foetale » se déroule en 2 temps: 30 souris (gestantes) seront mises à mort pour prélèvement des embryons au jour embryonnaire 12 et au jour embryonnaire 19. Pour la cinétique post-natale, l’étude sera menée dès la naissance, durant la lactation des souris, et après le sevrage à 21 jours et jusqu’à 12 mois d’âge. En effet, durant cette période nous pourrons évaluer les effets de la carence et les symptomes comportementaux de la maladie de Huntington. Plusieurs tests comportementaux s’enchaineront de 5 à 65 jours d’âge, puis à 270 et à 360 jours d’âge. Des prélèvements d’une goutte de sang (100 µl) seront réalisés pour suivre l’aspect carence à 90, 180, 270 jours d’âge.