
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-04-08 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-124639)
Greffées d’une tumeur sous la peau, soumises à une à trente-cinq administrations du produit testé et à dix micro-prélèvements de sang à la queue, 1 320 souris vont être utilisées pour trier vingt-cinq candidats-médicaments anticancéreux sur cinq ans. 1 120 d’entre elles relèvent d’un niveau de souffrance sévère, 200 d’un niveau modéré. Les souris chez qui la tumeur ne prend pas pourront être réutilisées dans des séances de formation d’ingénieurs, dans la limite de 200 sur cinq ans, et seront tuées si aucune formation n’en a l’usage, comme toutes les autres à la fin des études. Le porteur décrit des fausses routes possibles au gavage avec détresse respiratoire aiguë, des œdèmes, une nécrose de la queue voire une automutilation, et écrit dans le même document qu’aucun « scoring » de la douleur n’est envisagé parce qu’il faudrait maintenir la souffrance de l’animal pour en suivre l’évolution.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Le cancer est la deuxième cause de décès dans les pays développés après les maladies cardiovasculaires. Les traitements conventionnels de nombreux cancers telles que la radiothérapie, la chimiothérapie et la chirurgie ont démontrés des limites d’efficacité nécessitant un besoin urgent de nouvelles stratégies thérapeutiques. Dans ce projet, nous souhaitons utiliser des modèles de tumeurs implantées en sous-cutanées chez la souris afin d’évaluer l’activité des candidats-médicaments. Ces candidats auront été préalablement développés et sélectionnés pour leur activité anti-tumorale sur des modèles cellulaires alternatifs. Cette étape reste indispensable car c’est la seule qui permet de s’assurer de la capacité d’un candidat médicament à être distribué jusqu’à la tumeur puis d’atteindre sa cible biologique dans un contexte bien différent et bien plus complexe que les modèles préliminaires. Cette phase permet à la fois de valider l’activité du candidat-médicament et sa posologie, ainsi que l’implication de la cible choisie dans la survie et le développement de la tumeur. Pour les candidats-médicaments dont l’activité aura été validé, ils pourront être testés en association avec des médicaments connus pour leur activité anti-tumorale. Cette étape supplémentaire a pour but de déterminer si les 2 thérapies peuvent être synergiques et en mesure de lutter plus efficacement contre les tumeurs. Un intérêt certain pour le traitement des cancers en clinique humaine qui peut permettre de réduire les doses de chacune des thérapies et limiter ainsi les effets secondaires.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
La mesure de l’activité anti-tumorale des candidats-médicaments permettra de sélectionner les candidats-médicaments les plus actifs afin de poursuivre leur développement pour le traitement des cancers en clinique humaine.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les animaux seront soumis à une injection pour l’implanter des cellules tumorales. Lorsque les tumeurs seront suffisamment développées, les candidat-médicaments et médicaments étudiés seront administrés 1 à 35 fois. Des anesthésies gazeuses de quelques minutes chacune seront nécessaires pour l’administration sous-cutanée des cellules tumorales et les administrations intra-tumorales. Afin de suivre la concentration sanguine du candidat médicament ou la formule sanguine (NFS) au cours du temps, 10 micro-prélèvements de sang pourront être réalisés à l’extrémité de la queue, chacun espacé d’un minium de 24h.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
La préhension et la contention peuvent provoquer un stress ponctuel pour l’animal. Les administrations et les prélèvements sanguins provoquent un inconfort transitoire et un stress modéré des animaux. Lors des administrations orales, une fausse route est possible entrainant un étouffement avec reflux induisant une détresse respiratoire aiguë. Les injections intraveineuses peuvent conduire à la formation d’œdème en cas de rupture de la veine caudale. Les injections intrapéritonéales et sous cutanées peuvent entrainer la formation d’œdèmes et/ou un endurcissement de la zone d’injection. L’implantation des cellules tumorale conduit au développement d’une tumeur qui peut affaiblir les animaux et entrainer une nécrose. Les prélèvements de sang ou une blessure trop profonde et invasive peut conduire à une nécrose ou une infection (notamment chez les animaux immunodéficients) de la queue ou à une automutilation de l’animal.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Les animaux exclus des études car les tumeurs ne se sont pas développées pourront être utilisés dans le cadre de la formation continue et/ou initiale de nos ingenieurs en s’appuyant sur un projet dédié et en accord avec le responsable de la SBEA (structure en charge du bien-être animal). Nous prévoyons la réutilisation d’un maximum de 200 animaux sur 5 ans. Dans le cas où aucune formation n’est nécessaire, ces animaux seront mis à mort. Tous les animaux inclus dans les études seront mis a mort pour atteinte des points limites ou à la fin des études pour le prélèvement des tissues pour les analyses.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Les candidats-médicaments auront été sélectionnés préalablement pour leur activité et leur innocuité sur les modèles cellulaires, ainsi que pour leur caractéristiques pharmacochimiques (solubilité, stabilité plasmatique et microsomale…) et pharmacocinétiques. Cependant, tous les essais réalisés ne peuvent prédire avec exactitude l’activité d’un composé car aucun modèle alternatif (bio-informatique, moléculaire et/ou cellulaire) n’est suffisamment intégré et complexe pour reproduire l’ensemble des phénomènes biologiques impliqués dans la distribution et l’activité des médicaments. Pour ces raisons, une approche chez l’animale reste indispensable pour sélectionner les candidats-médicaments les plus prometteurs avant de poursuivre leur développement.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
La réalisation des procédures par un technicien rompu à ces manipulations garantit une bonne reproductibilité et permet de limiter le nombre d’animaux à engager dans les protocoles. Du fait de la variabilité de la prise tumorale, proche de 85%, une partie des animaux ne developerons pas de tumeur et servirons d’animaux temoins. Des tests statistiques seront utilisés sur les données obtenues tel que les volumes tumoraux. Il est prévu de mesurer l’activité anti-tumorale de 25 candidats-médicaments sur une période de 5 ans, soit un maximum de 1320 souris.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La procédure expérimentale est conçue pour garantir le bien-être de l’animal et réduire au maximum l’inconfort, le stress et la souffrance de l’animal. La souris étant un animal social, les souris seront maintenues en groupes sociaux, dans des cages enrichies d’un tube de change et de matériaux de « nidification ». Le bien-être des animaux sera pris en compte tout au long de l’étude, avec un suivi journalier de l’état des animaux par l’expérimentateur. Les souris seront anesthésiées pour permettre une implantation des cellules tumorales parfaitement répétables. Les souris seront placées sur un tapis chauffant afin de prévenir une hypothermie durant l’anesthésie. La douleur liée aux injections est une douleur ponctuelle réversible qui fera l’objet d’une surveillance de l’animal. Malgré les précautions prises en amont, les animaux seront particulièrement surveillés après l’administration des candidats-médicaments pour mettre en évidence tous signes de toxicité imprévue. Tout trouble comportemental, temporaire ou non, (comportement différent d’un animal témoin et signes habituels de douleur et/ou de mal-être) ne pourra être suivi de mesure corrective et implique l’exclusion immédiate de l’animal de l’analyse finale et du protocole expérimental. De fait, aucun animal ne sera maintenu en vie s’il présente des signes de douleur ou d’inconfort. Pour cette même raison, aucun « scoring » n’est envisagé, car il nécessite de maintenir la souffrance de l’animal pour en évaluer l’évolution. Il arrive cependant qu’aucun signe extérieur de douleur ne puisse être observé, et que seule une perte ou absence de prise de poids soit mise en évidence. Dans ce cas, les animaux seront mis à mort dès la mise en évidence d’une différence significative (généralement dès 2 à 5% d’écart). Les micro-prélèvements de sang sont indolores et réalisés sur les animaux vigiles et non contraints (sans boite ou tube de contention), à même de signifier librement tout manquement à leur bien-être.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La souris est un modèle de référence en oncologie, avec de multiple modèles expérimentaux disponibles chez des souris immunodéficientes ou immunocompétentes. De nombreux outils permettant de caractériser les réponses immunitaires et le développement tumoral sont disponibles dans cette espèce Les souris seront âgées d’au minimum 6 semaines (sub-adultes, en phase de croissance) afin que les cellules tumorales bénéficient d’un environnement riche en facteurs de croissance. L’évolution pondérale des animaux étant reportée à la croissance d’individus témoins et non à son poids initial au début de l’étude, débuter l’étude chez des animaux sub-adultes n’est pas ici un moyen détourné de s’octroyer une perte de poids supplémentaire et ne présente donc aucun risque pour le bien-être de nos animaux.