Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

450 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chacune reçoit cinq injections de protéine SSA avec adjuvant complet de Freund pour déclencher une maladie auto-immune, sept prélèvements de sang à la joue sous anesthésie générale, et cinq recueils de salive provoqués par la pilocarpine, au rythme d’une série par mois. Le traitement testé, un anticorps bispécifique censé détruire les seuls lymphocytes B auto-immuns, est injecté jusqu’à trois fois par semaine pendant quatre semaines. Le porteur justifie la mise à mort de toutes les souris par l’analyse histologique de leurs glandes salivaires, et ajoute que les exposer à vie à la sécheresse buccale provoquerait des pathologies dentaires rendant leur adoption inenvisageable.

NTS-FR-169691v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles immunitaires · Troubles musculosquelettiques ·
Mots-clés
Sjögren, Bispecifique, Immunologie
Souris : 450

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Le syndrome de Sjögren (SS) est une maladie auto-immune chronique caractérisée par une inflammation des glandes salivaires et lacrymales, entraînant une sécheresse de la bouche et des yeux. Cette pathologie se complique de manifestation graves comme des atteintes d’organes sévères (poumon, muscle, nerfs). La maladie de Sjögren augmente de 20 fois le risque de faire un lymphome lié à la maladie. Il n’existe à ce jour aucun traitement approuvé pour cette maladie. Cette pathologie est caractérisée par la présence d’auto-anticorps dirigés contre la protéine SSA aussi appelée Ro60 qui sont produits par des lymphocytes B spécifiques. Les modèles murins utilisant la vaccination contre la protéine SSA reproduisent les caractéristiques de la pathologie humaine. Notre objectif est de développer un nouveau traitement de cette pathologie avec un anticorps bispécifique qui détruit spécifiquement les cellules B auto-immunes qui sont à l’origine des auto-anticorps anti-SSA. Cet anticorps bispécifique portera sur un bras l’antigène SSA et sur l’autre un anti-CD3 qui dirigera une réponse des lymphocytes T qui détruiront spécifiquement les cellules B autoimmunes dirigées contre SSA sans détruire les autres lymphocytes B qui sont utiles pour portéger des infections. Pour cela nous avons besoin du modèle animal préclinique de vaccination anti-SSA pour tester l’efficacité du traitement.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

La maladie de Sjögren est due à une petite fraction de globules blancs( les lymphocytes B) qui détruisent les glandes produisant de la salive. Cependant les traitements actuellement disponibles pour détruire les lymphocytes B les détruisent en totalité. La destruction de tous les lymphocytes B entraine un risque important d’infection. L’objectif est d’aboutir à une guérison des patients grâce a une destruction ciblée des lymphocytes B qui détruisent les glandes salivaires. Ceci ne peut être obtenu qu’après démonstration de l’efficacité de cet anticorps bispécifique dans un modèle murin de la maladie. Après d’autres études chez l’animal le traitement pourra faire l’objet d’essais cliniques chez l’homme.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

-Injection : 5 fois. durée

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

1)Douleur liées aux injections de vaccination, de médicaments: légère de courte durée 2)Douleur et stress de courte durée liée aux prélèvements sanguins sur la joue 3) Stress lié à la contention pour le recueil de salive limitation par l’anesthésie générale. 4) L’adjuvant complet de Freund sera injecté en sous-cutané pour limiter les lésions cutanées au point d’injection. En cas de lésions nous appliquons un antiseptique et un antibiotique en crème si besoin.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront euthanasiés car pour démontrer à la fois l’existence de la maladie de Sjögren et l’efficacité des traitements il est nécessaire de réaliser des analyses histologiques des tissus cibles de la maladie comme les glandes salivaires qui sont le siège de la maladie. Par ailleurs exposer tout le reste de leur vie de les animaux à la sècheresse buccale peut entrainer à long terme des pathologies dentaires qui pourraient entrainer des difficultés d’alimentation des animaux. Il n’est donc pas envisageable d’adopter ses animaux.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Le développement d’un nouveau médicament utilisant un système immunitaire complet et des organes cibles comme les glandes salivaires et reproduisant la pathologie ne peuvent être effectués que sur un modèle animal. En effet la réalisation sur des cellules humaines humains est rendu impossible par le fait qu’il nous faudrait reproduire plusieurs organes (rate, glandes salivaires, ganglions) reliées entre eux par des vaisseaux dans lesquels circulerait des cellules immunitaires. Ceci n’est pas réalisable à ce jour par les outils à notre disposition.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le calcul du nombre d’animaux par groupe a été calculé précisément à l’aide d’outils statistiques qui permettent d’être surs que le nombre d’animaux par groups (ici 15) est suffisant pour être sur de voir une différence significative d’augmentation du flux salivaire si le traitement fonctionne. Pour cela nous avons analysé les données disponibles de variations de la production de salive entre différentes souris malades et non malades.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les souris bénéficieront d’un milieu enrichi avec du coton, des rouleaux de carton et des bâtonnets en bois. Ces animaux ne seront jamais hébergés seuls dans des cages séparées et feront l’objet d’une période d’adaptation d’une semaine après leur arrivée avant de débuter une procédure. Les animaux seront suivis quotidiennement et des points limites sont prévus pour veiller à ce bien-être . Les injections et les prelèvements seront faits sous anesthésie génrale et/ou locale.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Nous utilisons la souris car nous avons besoin d’un organisme entier avec un système immunitaire proche de celui de l’homme. Par ailleurs le modèle de maladie de Sjögren avec immunisation avec le peptide SSA a été developpé par une équipe américaine sur la souris il est donc logique pour le reproduire d’utiliser la même espèce. Nous utiliserons des animaux adultes entre 10 à 12 semaines ce qui est l’âge habituel auquel les protocoles d’immunisation commencent dans les protocoles de vaccination.