Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

L’oreille percée par une bague autoperçante et 2 mm de queue coupés le même jour, à trois semaines d’âge : 700 souris vont subir cette double intervention sur cinq ans, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Le projet ne produit aucune connaissance par lui-même, il entretient une lignée transgénique porteuse d’une forme de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, destinée à alimenter deux projets thérapeutiques déjà autorisés. Les souris qui portent la mutation développent vers cinq mois des troubles de la marche, repérés au rotarod et au test de démarche, et celles dont le génotype ou le sexe ne convient pas sont proposées à d’autres équipes avant que la mise à mort ne soit envisagée. Le porteur justifie le choix de la souris en avançant 99 % d’identité génétique avec l’être humain.

NTS-FR-722666v1
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système nerveux ·
Mots-clés
maladie de charcot-marie-tooth, maintient lignée, identification et biopsie
Souris : 700

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

La maladie de Charcot Marie Tooth (CMT) est une maladie génétique touchant le système nerveux périphérique. Les patients souffrant de CMT présentent une faiblesse et atrophie musculaire prédominante aux membres inférieurs, des déformations squelettiques des extrémités, ce qui entraine une difficulté pour se mouvoir et pour les formes de CMT les plus sévères, la nécessité d’un fauteuil roulant. Contrairement à la maladie de Charcot (ou sclérose latérale amyotrophique), la CMT ne réduit pas l’espérance de vie des patients, mais affecte fortement leur qualité de vie. Une des formes les plus fréquente de CMT est la forme CMT2A. Afin de mettre au point des thérapies permettant dans le futur un traitement pour cette maladie incurable, cette pathologie est modélisée chez l’animal par des souris transgéniques surexprimant le gène muté de la CMT2A, qui présentent un phénotype dommageable à caractère léger. En effet les premiers défauts locomoteurs mesurés par leur capacité à se maintenir sur une roue tournante, apparaissent autour de 5 mois et ne s’aggravent pas avec l’âge. Ce projet a pour but d’établir le maintien de cette lignée en animalerie de production à statut sanitaire contrôlé. Cette lignée est ensuite utilisée dans une animalerie expérimentale pour la mise en place de projets de thérapie, précédemment autorisés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

La caractérisation et le maintien de la lignée de souris CMT2A nous permet de mieux comprendre la maladie de Charcot-Marie-Tooth et de mener par la suite des projets à visée thérapeutique pour cette maladie incurable.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront soumis à un processus d’identification par bague qui nécessite de percer l’oreille par des bagues autoperçantes, suivi d’une biopsie via la prélèvement d’un petit morceau (2mm) de l’extémité de la queue, à 3 semaines.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Les nuisances attendues sont liées à la biopsie pour le génotypage et à l’identification par bague qui nécessite respectivement de couper l’extrémité de la queue et à percer l’oreille au moment du sevrage à 3 semaines. Les nuisances sont également liées au développement d’une neuropathie légère qui se manifeste par des défauts locomoteurs, détectés par le test rotarod et le test de démarche gait, autour de 5 mois et qui ne s’aggravent pas avec l’âge.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux n’ayant pas le génotype ou sexe adéquat, seront proposés à d’autres utilisateurs pour reproduction et en dernier recours seront euthanasiés.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Il est difficile d’accéder aux cellules de patients du système nerveux périphériques (neurones moteurs et sensitifs et cellules de Schwann). Les neurones moteurs et sensitifs de patients peuvent être différentiés à partir de cellules pluripotentes humaines induites et constituer ainsi un modèle humain de la pathologie CMT pour les formes axonales. Nos données préliminaires ont déjà montré un effet bénéfique de thérapie génique sur un modèle in vitro de la CMT2A. Néanmoins le passage in vivo via l’étude du modèle souris est une étape indispensable pour établir la preuve de concept et la mise au point de la dose du traitement, sa biodisponibilité, afin d’envisager par la suite un essai thérapeutique chez l’homme.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre d’animaux a été limité au minimum nécessaire (700 sur 5 ans) pour assurer le maintien de la colonie en statut sanitaire contrôlé et générer les souris mâles reproducteurs nécessaires aux deux projets en cours et validés. Dans ce projet, nous génotyperons tous les animaux, à savoir 700 animaux sur 5 ans. Les femelles hétérozygotes et animaux de génotype sauvage, non utilisés dans des accouplements de ce projet, seront mis à disposition d’autres équipes, avant d’envisager la mise à mort des animaux. Les mâles reproducteurs utilisés pour les projets expérimentaux seront ensuite transférés pour les croisements nécessaires aux projets précédemment validés dans une animalerie conventionelle.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Afin d’améliorer le bienêtre animal au cours de notre étude, les besoins physiologiques des animaux seront respectés (nourriture à volonté, enrichissement, stabulation en petit groupe). Les souris seront stabulées par petits groupes de 3 à 5 dans des cages dont l’environnement est enrichi à l’aide de maisonnettes en carton. Nous nous assurerons de diminuer le stress des souris en les manipulant en coupe ou en tunnel. Le maintien de lignée est réalisé dans un établissement utilisateur agrée et les souris seront manipulées et suivies par du personnel compétent. Les animaux seront hébergés dans des salles dont les paramètres d’ambiance sont controlés.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris reste un des modèles les plus aisés à modifier génétiquement et proche de l’homme (99% d’identité génétique). Elle est l’espèce la plus utilisée pour modéliser des maladies neurodégénératives ou neuromusculaires telles que la CMT. Elles développent la plupart du temps des anomalies observées chez l’homme et ont permis de mieux comprendre les mécanismes cellulaires sous-jacents à ces pathologies. Dans notre cas, la lignée utilisée reproduit une partie des anomalies histologiques et comportementales observés chez ces patients telles qu’une dénervation musculaire, et des défauts locomoteurs tardifs. Pour les accouplements, les animaux seront utilisés entre 8 et 16 semaines afin d’optimiser les conditions de reproductions favorables. Les souriceaux seront sevrés et biopser à 3 semaines.