
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-09-10 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-873860)
424 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue pour le prélèvement d’organes, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. 80 d’entre elles reçoivent pendant cinq jours un traitement qui déclenche une dermatite atopique, les 344 autres une injection dans le derme des deux oreilles, geste de six minutes sous anesthésie, avant sept jours d’attente. Une inflammation des oreilles avec démangeaisons et rougeur est attendue. Les résultats obtenus hors de l’animal n’étant pas clairs, le porteur les attribue à des conditions trop simples et conclut qu’il faut retrouver ses cellules dans « un organisme entier ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
La dermatite atopique (DA) est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui affecte jusqu’à 20% des enfants et 10% des adultes dans les pays développés. Elle est caractérisée par du prurit et de l’eczéma, ainsi qu’une inflammation de la peau accompagnée d’infiltration de cellules immunitaires et des niveaux d’anticorps anormaux. L’absence de traitements curatifs et la difficulté de vie des patients rendent nécessaire la recherche de nouvelles stratégies et cibles thérapeutiques. Notre laboratoire a mis en place un modèle murin reproduisant la dermatite atopique observée chez l’humain. A l’aide de ce modèle, nous avons pu mettre en évidence et caractériser une nouvelle sous-population de cellules immunitaires que nous avons démontré comme induisant préférentiellement une réponse anti-inflammatoire. Nous avons également cherché à tester la capacité de ces cellules immunitaires à induire une réponse pro-inflammatoire, mais les résultats préliminaires obtenus ne sont pas clairs, ce que nous supposons être dû à des conditions simples et contrôlées, ne reproduisant pas la complexité d’un organisme entier. Dans ce projet, nous souhaitons donc réaliser et confirmer nos études préliminaires dans un environnement immunitaire plus complet et complexe. Pour cela, nous souhaitons obtenir spécifiquement nos cellules immunitaires et les injecter dans la peau des animaux afin de tester le potentiel de ces cellules à induire une réponse pro- ou anti-inflammatoire au niveau local. Nous serons alors amenés à étudier la réponse immunitaire au niveau de la peau des animaux et dans des organes immunitaires par différentes techniques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
La mise en évidence de la fonction de nos cellules immunitaires dans la modulation des réponses inflammatoires constituerait une nouvelle cible thérapeutique intéressante dans le traitement de pathologies comme la dermatite atopique ou en lien avec le système immunitaire, comme les maladies auto-immunes ou le cancer. En effet, la modulation de la réponse immunitaire permettrait d’atténuer ou de restreindre l’inflammation dans un contexte d’allergie ou de maladie auto-immune, ou de l’amplifier dans un contexte de cancer.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Lors de la première procédure, 80 souris seront anesthésiées par voie gazeuse et traitées pendant une durée de 5 jours (le traitement est d’une durée d’environ 30 secondes) afin d’induire une dermatite atopique. Pour la deuxième et troisième procédure, 344 souris seront anethésiées et injectées par voie intra-dermique avec des cellules immunitaires au niveau des deux oreilles et gardés pendant 7 jours (l’injection est d’une durée de 6 minutes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
D’après l’expérience du laboratoire sur de précédents projets, l’induction de la dermatite atopique pendant un temps de traitement court de 5 jours engendrera uniquement un léger stress de courte durée. L’injection au niveau des oreilles génèrera également un léger stress et une légère douleur de courte durée. Il sera également possible d’observer une inflammation au niveau des oreilles, accompagnée de démangeaisons et d’une rougeur.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Les animaux seront mis à mort à l’issue de chaque procédure afin de prélever les différents organes ou tissus nécessaires à l’étude de la réponse immunitaire.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Les résultats préliminaires ont été obtenus dans des modèles simplifiés et contrôlés qui ne nous permettent pas de reproduire la complexité des réactions immunitaires qui ont lieu dans différents organes ou qui impliquent divers acteurs de l’immunité. La réalisation d’expériences avec des animaux est nécessaire pour mettre en évidence la fonction de nos cellules immunitaires d’intérêts dans un environnement immunitaire complet et complexe et pour confirmer les résultats précédemment obtenus.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le protocole d’induction de la dermatite atopique sera appliqué à un total de 7 lignées murines afin de mettre en place différentes stratégies d’identification et d’obtention des cellules immunitaires d’intérêts ou d’étudier l’implication de différentes molécules dans l’induction des réponses pro- et anti-inflammatoires. Cependant, les cellules immunitaires d’intérêts représentent moins de 1% de la population cellulaire totale des organes immunitaires après induction de la dermatite atopique et, par expérience sur de précédents projets, nous savons qu’il est nécessaire d’avoir environ 10 animaux dans chaque lignée murine pour avoir un nombre de cellules suffisant pour la suite du projet. Seul un groupe traité sera nécessaire dans l’obtention des cellules immunitaires d’intérêts, donc nous n’incluerons pas de groupe non traité comme contrôle. Le protocole d’injection des cellules immunitaires d’intérêts obtenues depuis les animaux ou générées en dehors d’organismes sera réalisée sur un total de 2 lignées afin d’étudier la réponse immunitaire mis en place par les cellules injectées. Dans le cas de l’obtention des cellules immunitaires d’intérêts depuis des animaux, un total de 2 groupes composés de 8 animaux sera mis en place. Dans le cas des cellules immunitaires générées en dehors d’organismes, un total de 3 groupes composés de 8 animaux sera mis en place. Dans les deux cas, ce nombre est justifié par l’obtention de résultats statistiquement interpétrables pour les différents paramètres mesurés. Après analyse, nous effectuerons des tests statistiques permettant de comparer les réponses immunitaires induites par les cellules immunitaires.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux seront hébergés en groupe et auront un accès constant à de l’eau et de la nourriture pendant toute la durée de l’expérience. L’induction de la dermatite atopique et l’injection des cellules immunitaires sont réalisées sous anethésie gazeuse légère. Pendant l’expérience, il pourrait être possible d’observer une inflammation au niveau de l’oreille, accompagné de démangeaisons et d’une rougeur, mais n’impactera pas le comportement des animaux (soin du pelage, posture, activité normale, …). Cependant, si un animal vient à dépasser les points limites fixés par la grille de score de chaque procédure expérimentale, il sera retiré de l’étude et euthanasié.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Un modèle de souris est plus adapté de par son système immunitaire proche de celui de l’humain, avec notamment la présence d’un système immunitaire adaptatif. Les animaux seront utilisés à partir de 8 semaines après leurs naissances afin de mener nos études sur un système immunitaire adulte.