
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 06/11/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-376723)
Vingt-quatre seiches opérées pour insérer des électrodes dans la rétine et 200 autres tuées pour analyse du cerveau: sur les 860 seiches communes de ce projet, 224 sont mises à mort, dans des procédures déclarées légères ou menées sous anesthésie sans réveil. Les 636 restantes doivent passer à d’autres expériences du laboratoire ou être relâchées en mer, à condition d’avoir moins de dix jours et d’obtenir l’accord du capacitaire et de la préfecture. Les tests comportementaux exposent des seiches nouveau-nées à des stimuli visuels virtuels, pour identifier les signaux de mouvement qui leur servent à repérer proies et prédateurs, sans stimulus nocif selon le porteur. Il retient la seiche parce qu’elle éclot en conditions contrôlées et survit sans soins parentaux, et parce que sa distance phylogénétique avec les vertébrés terrestres offre un angle évolutif inédit.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le but principal de ce projet est de comprendre quels types de signaux visuels la seiche commune, Sepia officinalis, utilise pour repérer les espèces vivantes qui l’entourent dans son environnement. Cette aptitude est cruciale pour la survie des jeunes seiches, qui, ne recevant pas de soins parentaux, doivent rapidement être capables de détecter et reconnaître leurs proies et prédateurs. Plus précisément, nous cherchons à caractériser les informations visuelles spécifiques liées aux mouvements des êtres vivants (mouvements biologiques) que les seiches nouveau-nées utilisent pour détecter et reconnaître leurs proies et prédateurs. En parallèle, nous visons à identifier les processus cérébraux liés à cette perception essentielle à la survie des seiches nouveau-nées.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
À court terme, ce projet établira les méthodes visuelles optimales pour diffuser des stimuli virtuels en laboratoire, créant une base solide pour les futurs protocoles expérimentaux chez les céphalopodes. Ces données seront cruciales pour les laboratoires internationaux qui se tournent vers ces modèles animaux. De plus, la collecte de données empiriques sur les signaux visuels utilisés par les seiches pour reconnaître leurs proies et prédateurs enrichira notre compréhension de leurs capacités cogntives permettant leur survie. De plus, cette étude offrira une perspective unique sur l’évolution de la perception des mouvements biologiques plus largement étudiés chez les vertébrés terrestres. En définitive, ce projet contribuera de manière significative à la recherche fondamentale en ethologie et en écologie marine.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Dans ce projet, les seiches seront soumises à une intervention majeure. 24 seiches subiront une chirurgie afin de réaliser un électrorétinogramme. Cette procédure chirurgicale se fera sous anaglésie et anesthésie par balnéation et sera relativement courte (30 minutes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans ce projet, les nuisances attendues sur les seiches sont liées à une intervention chirurgicale. Les seiches subiront un électrorétinogramme d’une durée de 30 minutes incluant des insertions d’électrodes au niveau de la rétine réalisées sous analgésie et anesthésie. Ces insertions seront réalisées avec la plus grande précaution. L’analgésie et l’anesthésie seront administrées selon des protocoles établis pour minimiser l’inconfort et les individus seront mis à mort en fin de procédure. Cette procédure est cruciale pour déterminer les paramètres optimaux de stimulation visuelle et sera limitée à un nombre restreint d’individus.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Parmi les 860 seiches nécessaires à la réalisation de ce projet, 636 seiches continueront à être utilisées par les autres membres du laboratoire ou bien seront relâchées dans leur milieu naturel en fonction de l’âge auquel les individus auront été testés. Les 224 seiches restantes seront mises à mort. Cette mise à mort est justifiée par la nécessité de mener des analyses physiologiques et neurobiologiques afin d’approfondir notre compréhension des mécanismes visuels permettant aux seiches de détecter proies et prédateurs, des mécanismes essentiels à leur survie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le but principal de ce projet est d’identifier les signaux visuels permettant aux seiches de détecter leurs proies et prédateurs. Pour ce faire, l’observation du comportement d’animaux vivants et conscients est nécessaire. La substitution d’animaux dans ce projet n’est donc pas envisageable. Afin de répondre à nos objectifs, la seiche est l’espèce idéale. Elle s’adapte très bien aux conditions de laboratoire où elle peut éclore en conditions contrôlées et survivre sans soins parentaux grâce à des capacités visuelles bien développées. De surcroît, la seiche se distingue nettement d’autres taxons où la perception du mouvement biologique a été explorée et nous offre ainsi une plongée unique dans l’histoire évolutive de la perception des mouvements biologiques.
2. Réduction
Le nombre d’animaux par groupe a été déterminé sur la base de tests statistiques (tests de puissance) basé sur des études publiées utilisant des méthodologies similaires. À l’exception des individus nécessaires pour les électrorétinogrammes (n=24 maximum) et les analyses cérébrales (n=200), les animaux impliqués dans les études comportementales (n=636) pourront être réutilisés dans d’autres expériences menées au sein du laboratoire après avis du capacitaire céphalopodes de l’établissement utilisateur, ou remis en liberté (pour les individus âgés de 10 jours maximum) avec accord du capacitaire et autorisation de la préfecture. Ces approches permettent une utilisation optimale des ressources tout en minimisant le nombre d’animaux requis pour atteindre les objectifs de recherche.
3. Raffinement
Dans le cadre du projet, des mesures de raffinement sont mises en place pour assurer le bien-être des animaux utilisés. Afin de limiter toute souffrance, les seiches utilisées lors de procédure chirurgicale (n=24) seront anesthésiées/analgésiées avec un mélange de chlorure de magnésium (MgCl2 17,5 g/L) et d’éthanol (1 à 2 %), récemment démontré comme étant un anesthésique et analgésique efficace chez les céphalopodes. Pour les procédures comportementales, aucun stimulus nocif ne sera utilisé. De plus, les seiches seront testées directement dans leurs bacs, réduisant ainsi leurs déplacements et limitant le stress induit. Tout au long du projet, l’état de santé des individus sera surveillé quotidiennement par du personnel qualifié et expérimenté, conformément aux règles éthiques et réglementaires (Directive 2010/63/UE, arrêté du 1/2/2013). Cette vigilance permettra de détecter tout comportement anormal, conformément à la grille de score mise en place. Si nécessaire, les individus seront isolés dans un bac de quarantaine et un vétérinaire sera consulté. La durée d’isolement sera déterminée par le vétérinaire en fonction des problèmes identifiés. N’étant pas une espèce sociale, le maintien en groupe des seiches n’est pas obligatoire. Cette période d’isolement de quelques jours n’aura pas d’impact sur le bien-être de l’animal et permettra d’appliquer les traitements recommandés sans affecter le bien-être des autres individus. Seule l’atteinte d’un point limite justifiera l’euthanasie des animaux, conformément aux recommandations en vigueur. Les animaux utilisés pour les analyses des corrélats neuronaux seront euthanasiés par une personne habilitée selon la procédure recommandée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
En raison de leur développement autonome dès l’éclosion les seiches sont particulièrement adaptées à notre étude. Cette indépendance précoce nous permet d’étudier en détail les mécanismes innés de détection de proies et de prédateurs, mécanismes cruciaux pour la survie des seiches en milieux naturels. De plus, étant phylogénétiquement éloignées des vertébrés terrestres habituellement étudiés, les seiches offrent une perspective unique pour explorer les mécanismes de perception visuelle sous un angle évolutif différent. Certaines de nos expériences impliquent l’utilisation de seiches à différents stades de vie, allant des juvéniles aux individus en fin de vie (2 ans). Cette approche vise à définir les conditions idéales pour présenter des stimuli virtuels aux seiches à différents stades de leur vie. Elle permettra ainsi d’adapter les futurs protocoles expérimentaux utilisant la seiche comme modèle animal. Quant aux autres expériences , elles seront menées au cours du premier mois suivant l’éclosion des animaux, période comprenant les étapes cruciales du développement cérébral, comportemental et cognitif de la seiche.