
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/01/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-913484)
L’administration périnerveuse de toxine botulique est déjà en essai clinique chez des patients, et c’est son mécanisme d’action, resté inconnu, que ce projet cherche à établir chez la souris. 1 456 souris vont être utilisées, toutes tuées pour des analyses immunohistochimiques, 1 376 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré et 80 sous anesthésie sans réveil. Une chirurgie de dix minutes leur lèse un nerf, puis elles subissent jusqu’à vingt-trois tests d’évaluation de la douleur de dix minutes chacun, espacés de vingt-quatre heures. Le porteur écrit que chez certaines la douleur « ne peut être soulagée car c’est l’objet de l’étude », et présente les tests nociceptifs comme des épreuves sur lesquelles les souris « gardent le contrôle » en retirant la patte.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La douleur neuropathique est définie par comme « une douleur consécutive à une lésion ou une maladie affectant le système somatosensoriel ». En France, la prévalence de la douleur chronique est de 31,7 %, dont 6,9 % avec des caractéristiques neuropathiques. Elles restent sous diagnostiquées en général, affectant considérablement la qualité de vie des patients et engendrant des problèmes socio-économiques importants. Les recommandations françaises actuelles préconisent l’utilisation de traitements antidépresseur ou anticonvulsivant en première intention, avec cependant des réponses thérapeutiques souvent faibles et des effets indésirables notables. D’autres alternatives thérapeutiques semblent émerger et notamment la toxine botulique de type A (TBA). Récemment une nouvelle voie d’administration émergeante, l’administration périnerveuse de TBA autour du nerf impliqué dans la douleur neuropathique est aujourd’hui en essai clinique. Cependant, le mécanisme d’action de la TBA lorsqu’elle est administrée en périnerveux reste non élucidé. La TBA est normalement recaptée par des terminaisons nerveuses. Ainsi, l’objectif de ce projet vise à comprendre comment la TBA administrée au niveau du nerf est captée pour ensuite permettre une action dans les neurones, cela permettra de comprendre son mécanisme d’action dans cette application locale nouvelle. Nous évaluerons également dans notre modèle animal si l’administration de TBA en périnerveux permet de prévenir l’installation d’une douleur neuropathique ou permet son soulagement une fois cette dernière installée et quel est son mécanisme dans la cadre pathologie. Cela permettra de proposer un mécanisme et une validité afin de développer cette voie application nouvelle en clinique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nous postulons que la TBA administrée en périnerveux pourrait non seulement avoir un potentiel thérapeutique dans le soulagement de la douleur neuropathique installée, mais pourrait également être bénéfique dans la prévention de son initiation et de son maintien. Cela laisse entrevoir une possibilité thérapeutique supplémentaire chez des patients douloureux chroniques dont l’arsenal thérapeutique actuel reste modeste. Cela pourrait apporter des preuves de concepts supplémentaires pour généraliser l’utilisation de la TBA en administration périnerveuse. De plus l’élucidation du mécanisme d’action de la TBA administrée en périnerveux pourrait également permettre révéler de nouvelles cibles thérapeutiques, mais aussi d’en comprendre davantage sur la physiopathologie de la douleur neuropathique
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Chirurgie d’une durée de 10 minutes sur animal anesthésié et une injection sous anesthésie d’une durée de 5 minutes. Les animaux subiront au maximum 23 tests d’évaluation de la douleur d’une durée de 10 minutes avec un délai de 24h entre chacun. Tous les animaux subiront une chirurgie pour prélèvement terminal d’une durée de 10 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Chez certains animaux, il y a présence de douleur qui ne peut être soulagée car c’est l’objet de l’étude. Suite à la chirurgie, une difficulté dans les déplacements des animaux est attendue mais disparaît dans les 48-72h après la chirurgie. Les chirurgies vont induire une réponse inflammatoire classique et attendue qui permet la mise en place de ces modèles. Certains animaux subiront des tests comportementaux nociceptifs sur lesquels ils gardent le contrôle (retrait de la patte). Un effet antidouleur de la toxine botulique A est attendu.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issu de chaque procédure les animaux seront mis à mort pour réaliser des analyses immunohistochimiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Au vu de notre thématique d’étude, il nous est malheureusement impossible de remplacer notre modèle in vivo par un modèle in vitro ou in sillico. En effet, l’analyse de l’action de la toxine botulique administrée en périnerveux dans un modèle de douleur neuropathique nécessite une observation comportementale, uniquement possible chez l’animal vivant et vigile. De plus, il n’existe pas d’études in vivo montrant la présence de nervi nervorum, les rares études décrivant cette structure étant faites par immunohistochimie sur tissus humain ou murin.
2. Réduction
Les expériences seront réalisées avec la volonté de réduire autant que faire se peut le nombre d’animaux par condition expérimentale, mais toujours dans l’optique d’obtenir le maximum d’information scientifique par test. Les groupes expérimentaux concernant les expériences comportementales seront constitués au maximum de 14 souris mâles et 14 souris femelles. Pour les groupes expérimentaux concernant les analyses immunohistochimiques ils seront constitués au minimum de 4 animaux par groupe et au maximum de 10 selon les mises au point techniques nécessaires. Un calcul statistique a également été réalisé pour s’assurer que les résultats obtenus sont valides au plan statistique.
3. Raffinement
Les animaux sont hébergés en cohorte de 4 ou 5 individus pour respecter leurs besoins sociaux. Des carrés de coton seront placés dans la cage pour favoriser la nidation, et des barreaux de bois à ronger pour limiter les comportements d’agressivité. Les animaux seront observés tous les jours et leur comportement sera suivi afin de déceler tout signe d’inconfort ou de stress. Durant les chirurgies des méthodes d’anesthésie et d’analgésie sont systématiquement utilisées. Un suivi post-chirurgical rapproché sera réalisé.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les similarités entre la neurobiologie humaine et celle de la souris, ainsi que l’expérience du laboratoire dans l’évaluation comportementale des rongeurs, font de la souris un modèle pertinent. Etant donné que l’étude de comportements nécessite des systèmes neurobiologiques matures, des animaux adultes seront utilisés (habituation des animaux aux locaux à 8 semaines lorsqu’ils sont jeunes adultes puis début des procédures à partir de 10 semaines).