
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-06-12 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-678381)
Jusqu’à 70 microlitres de sang prélevés par incision d’une veine de l’aile, soit près de 10 % du volume sanguin d’un animal de 12 grammes : 480 minioptères de Schreibers vont être capturés au filet ou au piège-harpe, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Chaque chauve-souris est mesurée, pesée, marquée par transpondeur et écouvillonnée dans la bouche, en moins de dix minutes de contention. L’objet est de chercher des traces d’exposition à des lyssavirus, coronavirus et filovirus sur deux sites français, à raison de soixante individus par session et de huit sessions réparties sur deux ans. Toutes les chauves-souris sont gardées vivantes et relâchées, le porteur rappelant que la détention de ces espèces protégées est interdite en France.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les chauves-souris appartiennent au groupe de mammifères le plus diversifié après les rongeurs et sont connues pour héberger une grande diversité de micro-organismes dont des pathogènes. Il semblerait que la diversité de ces derniers soit due au grand nombre d’espèces que présentent ce groupe de mammifères. De plus un nombre de maladies infectieuses négligées ou émergentes et hautement pathogènes chez les humains résultent d’une origine fortement suspectée chez les chauves-souris (ex : virus de la rage, Ebola, Marburg, Nipah, divers coronavirus responsables du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère). Les chauves-souris possèdent des capacités physiologiques uniques comme la capacité de vol, une grande longévité au regard de leur taille, et aussi un système immunitaire puissant qui pourrait expliquer leur capacité à survivre à des infections virales et donc potentiellement à les héberger et en constituer un réservoir. L’objectif de ce projet est de rechercher pour le Minioptère de Schreibers, et à différents moments de son cycle biologique, l’évidence d’expositions et d’infections par des agents pathogènes, en ciblant plus particulièrement 4 genres différents, le genre Lyssavirus, Alphacoronavirus, Betacoronavirus et Cuevavirus (famille des Filovirus). Cette évaluation permettra de mieux appréhender la dynamique de transmission de ces pathogènes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Le projet permettra de mieux appréhender la circulation de 3 groupes de virus encore très peu étudiés chez le Minioptères de Schreibers. Il permettra notamment, pour chaque groupe de virus (LLEBV, WCBV, LLOV, α COV et βCOV) d’estimer si les individus ont été exposés, s’il existe une différence de leurs séroprévalences entre les saisons et entre les jeunes ou adultes. Un des virus étudié (LLOV) est à l’origine de fortes épizooties chez cette espèce (exemple de l’épizootie détectées en Espagne en 2002 et en Hongrie en 2016) et n’a encore jamais été étudié en France alors que des événements de fortes mortalités pouvant faire suspecter la présence du virus ont été observés. Alors que le virus LLOV n’apparait pas zoonotique mais est d’intérêt d’un point de vue conservation de l’espèce, les virus de la famille des Lyssavirus (LLEBV et WCBV) sont potentiellement zoonotiques. Leur étude et donc d’intérêt pour appréhender le risque de transmission à d’autres mammifères. Dans ce projet, il s’agit tout d’abord de détecter la circulation de pathogènes dans l’hôte, avec pour sites d’études, deux sites identifiés, un dans l’Est et un dans l’Ouest de la France, à la limite de répartition de l’espèce.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Biométrie sur animal vigile (avant-bras et poids)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets indésirables induits par la capture, la manutention, la prise de sang et de salive ainsi que le marquage sont le stress et le refroidissement de l’animal si la manutention est maladroite et trop longue. Ces effets ne devraient pas durer au-delà du temps de l’expérimentation. Des système de chauffages ou installation des pochons sous les vetements des manipulateurs seront mis en place en cas de refroidissement (détécté par la baisse d’activité) des individus.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
les chauves-souris sont gardées en vie et relâchées
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude des pathogènes portés par les chauves-souris ne peut être réalisée que sur des matrices provenant de chiroptère sauvages. Les prélèvements salivaires et de sang devant être frais, ils ne peuvent être effectués que sur des animaux capturés vivants.
2. Réduction
Un effectif de 60 individus sera capturé, marqué et prélevé par session de capture. L’effectif nécessaire, par capture, a été estimé en fonction du taux d’individus avec présence d’anticoprs attendue afin de permettre de détecter une difference de l’exposition virale entre la session de printemps et la session d’été. Un total de 8 captures (2 sessions de capture par site et par an, sur une durée de 2 ans), pour un nombre total d’animaux prélevés de 480
3. Raffinement
Les captures sont réalisées par filet japonais ou harp-trap en dehors des périodes critiques pour l’animal qui sont la période de perte de poids en hiver ou la période de mise bas et de croissance des jeunes (Juin /début juillet). Le stress des animaux est réduit au maximum du fait d’une contention/manipulation rapide (< 10 minutes) pour le démaillage, mesures biométriques et écouvillonnage par des personnes compétentes et formées (les chiroptérologues pour l’ensemble des manipulations dont le transpondage et les personnes du laboratoire pour l’écouvillonnage et la prise de sang). Les animaux sont maintenus dans des sacs individuels pour leur acheminement jusqu’à la table de prélèvement. Le maintien dans un sac permet également de limiter le refroidissment de l’animal. Le volume de sang maximum prélevé est de 70µl (maximum 10% du volume total de sang en estimant qu’une chauve-souris, au même titre qu’une souris, possède environ 60ml de sang par kg de poids corporel et que l’espèce Minioptère de Schreibers pèse environ 12g). La prise de sang est réalisée par incision d’une veine du patagium et prélèvement du sang par capillarité via une pipette ou un buvard.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’objectif du projet étant l’étude in natura de la circulation de pathogènes chez l’espèce Miniopterus schreibersii, il n’est pas possible d’utiliser d’autres animaux que ceux capturés dans la nature. De plus, toutes les espèces de chauves-souris présentes sur le territoire français sont protégées et leur détention/élévage est interdit. La capture qui aura lieu en printemps sera effectuée sur des adultes. La capture qui aura lieu en fin d’été sera effectuée sur adultes et juveniles émancipés (donc poids comparable aux adultes).