
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-08-25 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-023400)
Attirer des campagnols terrestres avec leurs propres odeurs sexuelles pour les diriger vers des dispositifs de capture, 288 individus vont être utilisés pour tester ces phéromones, dans des procédures d’un niveau de souffrance léger. Chacun passe six tests de préférence olfactive de deux heures en animalerie, puis trois essais de capture dans un terrarium de neuf mètres carrés, filmés en l’absence de l’expérimentateur. Tous sont ensuite tués, foie et reins prélevés pour chercher la leptospirose, utérus ou testicules pour mesurer leur activité sexuelle. Le projet vise à mieux lutter contre les pullulations de cette espèce, et le porteur conclut qu’aucune méthode ne peut remplacer l’animal pour étudier une réponse comportementale.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Afin de compléter les outils existant dans la lutte contre les pullulations de Campagnols terrestres (Arvicola terrestris), ce projet propose d’étudier les odeurs de type sexuelles « phéromones ». En effet chez de nombreuses espèces de rongeurs, l’olfaction joue un rôle majeur dans la communication sociale et sexuelle. Les signaux olfactifs utilisés leur permettent notamment de signaler leur territoire, d’informer sur leur état physiologique ou encore d’attirer un partenaire sexuel. Nous avons identifié des composés olfactifs dans les urines, mais aussi dans les glandes latérales qui pourraient servir au marquage olfactif. Le but est donc ici de tester sur le plan comportemental le pouvoir attracteur des composés olfactifs candidats identifiés lors de la première phase de recherche. Pour cela nous allons réaliser des tests de préférences olfactives en condition contrôler (animalerie) et semi-naturelle (terrarium) pour renforcer les conclusions expérimentales en vue d’une utilisation en milieu naturel.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Avoir une meilleure comprehension de la communication olfactive chez le campagnol terrestre et notamment des composés olfactifs qui participent à cette communication. L’évalutation de la réponse comportementale des campagnols à ces composés olfactifs pourrait permettre d’améliorer la lutte contre les pullulations en utilisant leur pouvoir attracteur pour diriger les campagnols vers des dispositifs de contrôle des populations.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
En animalerie, les animaux participeront à 6 tests de comportemens chacun. En terrarium, les animaux participeront à 3 tests d’efficacité de capture à l’aide de dispositif non letaux. Lest tests seront filmés pour être analysés ensuite, l’expérimentateur ne sera donc présent que en début et fin de test. Les tests en animalerie auront une durée de 2h maximum, ceux en terrarium pourront se dérouler sur une demi-journée ou une journée entière.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les manipulation par l’experimentateur peut induire un stress. La capture en terrarium peut induire un stress.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
A la fin des procédures, tous les animaux seront mis à mort afin de réaliser des prélèvements et pouvoir avoir leur statut sanitaire concernant la leptospirose (foie et rein), mais aussi avoir l’information de leur niveau d’activité sexuelle en récupérant (utérus ou les testicules).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Il n’est pas actuellement possible de substituer l’utilisation d’animaux pour étudier une réponse comportementale comme celle évalué dans ce projet.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le nombre d’animaux a été réduit à 12 par sexe et par test afin de pouvoir conserver une bonne mise en évidence statistique vis-à-vis de la variabilité des réponses comportementales.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
En animalerie, les animaux seront hébergés en groupes sociaux et dans des cages placées dans la pénombre pour mimer l’habitat naturel de ces rongeurs et leur permettre une activité normale. Les Campagnols recevront une nourriture variée comprenant des végétaux frais cueillis dans la nature. Les cages comprennent des cachettes et du matériel leur permettant de faire leur nid. Ils sont manipulés avec précaution par un personnel formé à l’élevage d’animaux de la faune sauvage. En terrarium, les animaux sont hébergés en groupes sociaux sur une surface de 9m2, recouverte d’une épaisseur de terre leur permettant d’exprimer Notre projet ne doit pas provoquer de dommages physiques sur les animaux. Cependant, si des animaux tombent malades ou sont blessés accidentellement, ils seront pris en charge, tant que les soins, eux-mêmes, ne génèrent pas un stress trop important chez ces rongeurs qui peut être facilement effrayés par les manipulations. Si le traitement n’est pas possible, nous procéderons à l’euthanasie si la souffrance se maintient.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Les odeurs de types sexuelles, « phéromones », sont espèces-spécifiques avec un haut degré de spécificité dans le couplage entre le stimulus et de la réponse des congénères. Ceci afin d’assurer que même d’autres espèce proche n’ait qu’un faible risque de répondre au stimulus. L’évaluation de l’attractivité des composés olfactifs candidats ne peut donc se faire qu’avec des Campagnols terrestres (Arvicola terrestris) Les animaux doivent être sexuellement mature, nous utiliserons donc des animaux au stade adulte.